les_echos_5mai2010Le journal Les Echos du 5 mai 2010 contient un article "Terminus Nevada" sur le film The Misfits.

Terminus Nevada
[ 05/05/10  ]
"Les désaxés"
avec Marilyn Monroe, Clark Gable, Montgomery Clift, Eli Walach. 1960. 2 h 05. Sortie le 12 mai.          

Un soir, John Huston emmena Marilyn dans un casino de Reno. En lui glissant une paire de dés dans la main, il murmura : « Ne réfléchis pas petite, lance-les. C'est l'histoire de ta vie : n'y pense pas, fais-le. » Ils tournaient alors « Les Désaxés », un film où chacun jouait sa dernière partie.

Roselyn (Marilyn) est une actrice de seconde zone. De passage dans le Nevada, elle tombe amoureuse d'un vieux macho plein de charme nommé Gay (Clark Gable). Avec un pilote d'avion (Eli Walach) et un as du rodéo (Montgomery Clift), ils partent dans le désert capturer des chevaux sauvages. Roselyn s'aperçoit vite que ces bêtes magnifiques sont destinées aux rayons nourriture pour chien des supermarchés. Révoltée, elle décide de rendre aux chevaux leur liberté.

Fin de partie

Ce fut donc la dernière partie pour Marilyn Monroe et Arthur Miller. Ce scénario, il l'avait écrit pour elle, pour ressouder un mariage qui s'effritait. Il était déjà trop tard. Elle demanda le divorce à la fin du film, le dernier qu'elle eut la force d'achever. Elle mourut deux ans plus tard. Seule avec ses médicaments. Ce fut la dernière partie pour Clark Gable. La légende des studios était fatiguée et gravement malade. Les prises de vue en plein cagnard, dans la poussière du désert Pyramid Lake, lui furent fatales. Le séducteur buriné s'éteignit une dizaine de jours après la fin du tournage. Il ne vit jamais le film.

La poésie des « Désaxés » vient précisément de cette atmosphère de terminus que Huston capte si bien dans le paysage dénudé. Chasseurs et proies auront le même destin. Gay et ses potes disparaîtront avec les mustangs sauvages. Brisé par un accident, mal recousu par la chirurgie plastique, le visage de Monty Clift ressemble déjà à un masque mortuaire. Chaque plan traduit la détresse de Clark Gable et le désespoir de Marilyn Monroe. Mythes à bout de souffle, ils incarnent les ultimes spasmes de l'âge d'or des studios. Les « désaxés » sont les rebuts de l'Ouest sauvage. Le noir et blanc en fait des spectres. Sans doute sentent-ils que les années 1960 ne voudront jamais d'eux. « Où irons-nous ? », demande Marilyn à Gable à la fin du film. « On va suivre cette étoile, répond le vieux cow-boy, là juste au-dessus de nos têtes. Elle mène tout droit chez nous ».