27 décembre 2010

1958 Some Like It Hot par Richard Avedon 1

Certains l'aiment chaud
Photos Studio

Clichés publicitaires pour le film Some like it hot
Portraits de Marilyn Monroe
Photographies de Richard Avedon

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Les hommes préfèrent les blondes vu par il était une fois le cinéma

logoCritique de Les hommes préfèrent les blondes

Article publié par Jean-Baptiste Viaud
en ligne
sur iletaitunefoislecinema.com

Les Hommes préfèrent les blondes - (Gentlemen prefers Blondes, Howard Hawks, 1953)

iletaitunefois_1Lorelei Lee. Sans doute son rôle le plus célèbre ; celui aussi qui la fit rentrer définitivement dans les bonnes grâces d’Hollywood. Avec "Les hommes préfèrent les blondes", Marilyn devient une actrice, une vraie.

À l’origine, il y a un « non ». Le « non » que Marilyn Monroe opposa d’abord à la Fox à la lecture du scénario du film de Howard Hawks, clamant qu’elle ne savait « ni chanter ni danser ». Une comédie musicale, en cette année 1953 morose d’un point de vue personnel (elle se serait récemment faite avorter), non vraiment, sans façon. C’est pourtant pile à ce moment-là que Marilyn décolle, et qu’un numéro de claquettes serait le bienvenu. Car, adoubée quelques mois auparavant par une frange de la critique pour son rôle sexy-vénéneux dans le Niagara de Henry Hathaway, elle commence à être reconnue pour ce qu’elle est – une actrice - et les studios parient qu’il y aurait fort à gagner d’un musical mettant en scène la blonde plantureuse. Après de longues semaines de pourparlers avec la Fox et la quasi assurance de booster sa carrière (un film sous la direction de Howard Hawks et avec Jane Russell, tout de même), elle accepte. Les hommes préfèrent les blondes se hisse au sommet du box-office et devient rapidement l’un des plus grands succès de la star.

Le film, tout le monde le connaît. Dorothy Shaw (Jane Russell) et Lorelei Lee (Marilyn, donc), deux amies chanteuses de cabaret, entreprennent une grande croisière de l’Atlantique pour rejoindre Paris, aux frais de Gus, le futur mari de Lorelei. Filées par un détective privé engagé par Gus, Dorothy et Lorelei vont faire tourner la tête des hommes le temps d’une traversée riche en rebondissements. Mais quelque quarante ans plus tard, ce qui reste du film, c’est surtout l’incroyable aisance avec laquelle Marilyn use des ressorts comiques et dramatiques pour installer son statut d’actrice blonde qui compte.
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« Je peux être intelligente quand il faut, mais la plupart des hommes n’aiment pas ça »

Cette savoureuse réplique viendrait directement de la bouche de Marilyn Monroe, qui l’aurait soufflée au scénariste des Hommes préfèrent les blondes, Charles Lederer. Il y a certes une part de légende autour du bon mot, mais la phrase détient certainement ce qu’il faut de vérité à la lumière des Fragments qui viennent de paraître. Ce personnage de blonde crucruche, Marilyn en joue tout au long du film, l’opposant à merveille à celui de Jane Russell, la brune flamboyante et plus intéressée par les corps huilés des athlètes olympiques présents à bord du paquebot que par l’or de richissimes magnats du pétrole. Marilyn/Lorelei, elle, préfère, les diamants. Et alors ? C’est l’une des grandes forces du film que d’oser affirmer (de manière presque amorale) la prévalence de l’argent sur celle de l’amour. Car, comme le relève fort justement son personnage, reste-t-il de la place pour l’amour lorsqu’il y a à s’inquiéter perpétuellement du manque d’argent ?

Pas si idiote, la blonde platine. Les studios voient en elle le symbole de la poule écervelée ? Peu importe : Marilyn en joue et en surjoue, face caméra et en dehors des plateaux (ses caprices sur le tournage ont failli avoir raison du film). On lui dit qu’elle n’est pas la star du film, elle rétorque « But I’m still the blonde » (mais c’est moi la blonde). Il fallait cette conscience de son attrait physique pour accepter camper une Lorelei à 1500 dollars par semaine, alors que sa partenaire Jane Russell obtiendrait un cachet de plus de 100 000 dollars. Sans doute le prix à payer pour faire valoir son statut d’artiste. Car Marilyn la blonde veut être parfaite, faille-t-il reprendre jusquà plus soif la fameuse scène de Diamonds are a girl’s best friend, ou se laisser aller à la panique des heures durant dans sa loge, soudain sûre de n’être pas à la hauteur. La romancière américaine Joyce Carol Oates, dans son roman-fleuve Blonde, sublime biographie rêvée de Marilyn, décrit avec minutie le perfectionnisme et les craintes de la star :

« Quarante minutes qu’elle était assise là, parfaitement coiffée, parfaitement maquillée, les yeux fixes dans sa superbe robe en soie d’un rose ardent, gantée jusqu’aux coudes, le haut de ses remarquables seins dénudé, et des bijoux fantaisie scintillants vissés à ses oreilles et autour de son cou ravissant. Et sa bouche-con, une perfection. Temps d’interpréter Diamonds are a girl’s best friend. » 
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« Mais la blonde, c’est moi »

Et elle l’interprétera, Diamonds are a girl’s best friend, après l’avoir répétée toute la nuit avec Jack Cole, tournée onze fois et enregistrée directement avec orchestre à sa propre demande. Même que la chanson deviendra la plus célèbre du film. Et même que la scène sera celle choisie par les télés du monde entier pour rendre hommage à Marilyn le jour de sa mort, le 3 août 1962.

Cette force de caractère se retrouve dans les personnages des Hommes préfèrent les blondes qui, sous des couverts de comédie musicale légère, prend peu à peu (à dessein ?) des teintes de gentil pamphlet féministe. Car ici, ce sont les femmes, brunes ou blondes, qui tirent les ficelles. Les hommes, sans cesse ridiculisés, sont relégués à leur simple statut de mâle sexué, et remplissent des fonctions primaires : athlétiques, à baiser ; riches, à dépouiller. Dorothy recherche la beauté plastique pour un plaisir immédiat ; quant à Lorelei, peu importe l’homme, pourvu qu’il soit bien né. Une manière peut-être de « dénoncer » le machisme ambiant de l’époque, dans des scènes qui tranchent audacieusement avec les trames scénaristiques d’autres films sur le même thème. Il était déjà surprenant de voir Howard Hawks aux manettes d’un musical (le seul de sa filmographie), plus habitué qu’il était aux films « virils » tels que Scarface, Rio Bravo ou Le grand sommeil ; on le voyait mal céder aux sirènes hollywoodiennes du pur film d’entertainment. Pourtant, Les hommes préfèrent les blondes faillit avoir raison de sa patience. Interrogé par les studios sur la manière d’accélérer le tournage du film, ralenti par le perfectionnisme capricieux d’une de ses actrices principales, il répondit : « Trois merveilleuses idées : remplacer Marilyn Monroe, réécrire le scénario et changer de réalisateur. » On sait aujourd’hui que ses recommandations ne furent pas prises à la lettre, et que Marilyn et Hawks remplirent leurs fonctions jusqu’au bout. 
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A l’heure où la Cinémathèque juge opportun, à raison, d’interroger dans une exposition le rapport brune/blonde au cinéma, le film de Hawks agit comme véritable révélateur d’une scission entre les deux personnages, fusse-t-elle uniquement capillaire. Aujourd’hui, force est de constater que c’est de Marilyn dont on se souvient. Marilyn dans ses longues robes-fourreau de sequin rouge chantant « we’re just two girls from Little Rock », Marilyn battant des cils à n’en plus finir, Marilyn s’extasiant d’un diadème qui irait si bien dans sa crinière dorée.
Joyce Carol Oates écrit bien le don qu’elle avait de s’emparer de son personnage :

« Monroe était impeccable. Une vraie professionnelle. Une fois qu’elle avait appris chaque mot, chaque syllabe, chaque note et chaque mesure, tout marchait comme sur des roulettes. Elle n’était pas un « personnage »… « un rôle ». Elle devait avoir la capacité de se voir déjà sur pellicule, comme une animation. Une animation qu’elle contrôlait de l’intérieur. Elle contrôlait la façon dont l’animation serait perçue par des inconnus, dans une salle obscure. Voilà tout ce qu’était Marilyn Monroe, sur pellicule : l’image animée que des inconnus verraient et adoreraient un jour. »