2012_03_28_l_illustre_n13_suisseMarilyn Monroe est en couverture du magazine Suisse L'illustré n°13, paru le 28 mars 2012, qui lui consacre aussi un article (hebdomadaire, paraît tous les mercredis).

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ICÔNE
MARILYN FOR EVER
 en ligne sur illustre.ch  

IllustrationPrincipale
 Marilyn Monroe en août 1950 dans le Griffith Park de Los Angeles.
Peu connue à l’époque, cette jeune actrice de 24 ans éclate de glamour et de naturel devant l’objectif du photographe Ed Clark.
Ces clichés resteront dans des tiroirs durant plus de cinquante ans.

Cinquante ans après sa mort, le 5 août 1962, Marilyn Monroe n’en finit pas de vivre dans notre imaginaire. A côté de la blonde sexy, icône inégalée du glamour, il y a la femme intelligente et sensible que l’on redécouvre enfin.
Par Laurent Favre - Mis en ligne le 28.03.2012

«MARILYN, C’EST LA JOCONDE CONTEMPORAINE»
L’écrivain et éditeur jurassien Bernard Comment travaille à réhabiliter la mémoire de l’actrice.

Deux ans après le succès éditorial et commercial de Fragments, un bouleversant recueil de poèmes et d’écrits intimes de Marilyn Monroe, Bernard Comment poursuit son travail de réhabilitation de la star hollywoodienne décédée le 5 août 1962. En marge du cinquantenaire de sa mort, l’écrivain jurassien, directeur de collection au Seuil, publie deux nouveaux ouvrages issus des archives personnelles de Marilyn. Girl waiting, qui sortira le 10 mai, présentera des dessins et esquisses inédits. En octobre, une sélection d’archives personnelles réalisée et commentée par Bernard Comment achèvera une trilogie conçue pour donner une autre image de Marilyn Monroe, bien loin du cliché de la blonde sexy.

Pourquoi parle-t-on encore de Marilyn Monroe cinquante ans après sa mort?
C’est une vraie énigme. Pourquoi cette femme, qui a tout de même une filmographie modeste, est-elle encore là, cinquante ans après, et je dirai même: de plus en plus là? Antonio Tabucchi, dans sa préface à Fragments, évoque la Joconde. Marilyn, c’est la Joconde contemporaine. Ce qui est très frappant, c’est que tout le monde l’aime. Il y a toujours, toutes générations confondues, une tendresse, une compréhension, un attachement à son égard. Pourquoi?

Avez-vous un élément de réponse?
Elle reste parce qu’elle donne tout. Elle ne compte pas. Elle est en quête d’absolu, ce qu’elle traduit par un don absolu. Un don au sens de faire cadeau de soi. Il y a un côté – je sais que la comparaison est forte – Arthur Rimbaud. Elle veut toujours mieux, toujours plus intense. A un moment, elle tombe parce qu’elle s’est approchée trop près du soleil. Et, de la même façon qu’Arthur Rimbaud continue de hanter les consciences, Marilyn nous hante parce qu’elle a donné plus et autre chose que tout le monde.

Pourquoi publier aujourd’hui ses dessins?
Ce petit livre, Girl waiting, vient à la suite de Fragments, qui regroupait ses écrits, textes et poèmes. Le dessin est une pratique fragile chez elle, c’est pour cela qu’ils sont présentés à part. En décembre 1954, Marilyn quitte Hollywood pour s’installer à New York. Elle suit les cours de l’Actors Studio et, dans cette espèce d’effervescence intellectuelle et artistique de l’East Coast, elle va commencer à s’intéresser à beaucoup de choses, à écrire, à dessiner. Alors elle n’est pas artiste pour autant, mais ce qui est intéressant, c’est de voir qu’elle a la même intensité dans le dessin que dans ses écrits. C’est toujours une façon de saisir un instant et de le restituer.

Que dessinait-elle?
Lors de sa première session, elle se représente au crayon noir en fillette pauvre, triste. Elle intitule ce dessin Alone. Elle a 29 ans, c’est une star, et le premier truc qui lui vient, c’est ça: la solitude de l’enfance. Le même jour, elle se dessine en femme joyeuse avec un titre du genre «On n’a qu’une vie, profitons-en». On retrouve bien là la bipolarité de Marilyn, à la fois mélancolique et irradiante.

Il y a ensuite une deuxième série de dessins à la gouache mauve – ce sont chaque fois des dessins très rapides, presque esquissés –, dont un intitulé Girl waiting. Une fille assise sur un banc, pas impatiente, dans une position d’attente sereine. Avec Anna Strasberg, nous avons retenu ce titre parce que Girl waiting, c’est la fille qui attend et qui sait que son heure va arriver, mais en même temps celle à qui il manquera toujours quelque chose parce qu’elle est en quête d’absolu.

Un troisième livre est prévu à l’automne.
Le dévoilement des archives de Marilyn Monroe s’achèvera fin octobre avec le troisième volume de cette minicollection, une sélection de l’ensemble des archives, que je suis le premier à avoir pu consulter. Nous n’avons pas encore de titre définitif.

«Elle reste dans les mémoires parce qu’elle donne tout»
Bernard Comment

Les archives privées de Marilyn Monroe, cela représente quoi concrètement?
Des milliers de documents. Il faut s’imaginer qu’il y avait une équipe autour d’elle – gouvernante, assistante, secrétaire – à Los Angeles et une autre équipe à New York. Ces gens gardaient tout! J’ai dû consulter 10 000 documents. La plupart n’ont pas d’intérêt, j’ai échantillonné l’ensemble et sélectionné 500 documents, ceux qui me semblaient les plus familiers, les plus originaux, en évitant le fétichisme.

Après ça?
C’est terminé. Le travail sur les archives est fait. Ce sera la fin de l’aventure Marilyn pour moi.

Quel bilan en tirez-vous?
J’ai toujours eu beaucoup de respect pour Marilyn Monroe, que j’imaginais plus complexe que son image de blonde sexy. C’était une intuition, je n’avais pas de passion pour elle ni lu aucun livre sur elle. Avec ce travail, je me suis plongé dedans, j’ai lu une centaine de livres, consulté à peu près tout ce qui existe comme fonds photos et ça a été une vertigineuse aventure en même temps qu’une grande responsabilité intellectuelle. Ces livres, je les ai faits avec énormément de scrupules, parce que je construisais pour longtemps l’autre image de la blonde sexy de Hollywood.

Etes-vous devenu son exécuteur testamentaire?
Intellectuellement, oui.

Avez-vous l’impression que l’on sait tout sur elle?
Non. On sait beaucoup, mais il reste toujours une part d’énigme autour de sa mort. Il existe beaucoup de témoignages contradictoires sur les derniers jours. Moi, je crois à l’accident pharmaceutique. Comme tous les gens fragiles psychologiquement, elle multipliait les consultations médicales et se faisait prescrire des médicaments par chaque médecin, ce qui fait qu’elle avait un arsenal chez elle et qu’un jour elle a fait le mélange fatal. Je ne crois pas à la théorie du complot, d’un assassinat téléguidé par la famille Kennedy.

Certains documents secrets vont être déclassifiés. Peut-on attendre des révélations cinquante ans après sa mort?
Par définition, on ne sait pas ce qui a été classé secret-défense. Qu’il y ait eu un nettoyage de sa maison de Brentwood est très vraisemblable. Et je dirai même logique. Marilyn a été proche, un moment, du président des Etats-Unis ainsi que de l’attorney général, c’est-à-dire le ministre de la Justice; il est légitime que le FBI passe et fasse un nettoyage de routine. Ont-ils trouvé des choses? J’en doute. On verra.

Fragments va être adapté au cinéma. Une dizaine d’actrices se partageront le rôle de Marilyn, un procédé déjà utilisé pour un projet semblable sur Bob Dylan. Qu’en pensez-vous?
Je trouve qu’un biopic ou une docufiction n’ont pas de sens, parce que Marilyn, c’est l’incarnation. Et on ne peut pas incarner l’incarnation. Même les meilleures comédiennes vont s’essouffler parce que c’est négliger ce qui fait la spécificité incomparable de Marilyn: son irradiation. Je n’ai pas vu le film Une semaine avec Marilyn. Peutêtre est-il intéressant, mais on voit bien le point où ça achoppe: Marilyn n’est pas là. Ils ont beau la grimer, lui mettre une perruque, la bouche n’est pas la bouche, la voix n’est pas la voix, le regard n’est pas le regard.

N’y a-t-il pas un risque à apparaître aujourd’hui comme l’un des spécialistes mondiaux de Marilyn Monroe?
Ce qui m’a protégé, c’est de mettre Marilyn en position d’auteur. C’est elle qui était sur le devant, pas moi. Votre question est juste: beaucoup de personnes qui s’intéressent à Marilyn tombent dans le piège de l’appropriation. Marilyn n’a jamais appartenu à quiconque de son vivant et encore moins après sa mort.


Girl waiting, dessins, esquisses de Marilyn Monroe, édités par Anna Strasberg et Bernard Comment. Seuil, 64 pages. Sortie le 10 mai 2012.

ET ENCORE...
L’année Marilyn

AVRIL Sortie le 4 de My Week With Marilyn, film de Simon Curtis avec Michelle Williams.

MAI Parution le 10 de Girl waiting (Seuil), recueil de dessins inédits de Marilyn Monroe. Le 16, ouverture du 65e Festival de Cannes qui rend hommage à Marilyn sur son affiche officielle.

AOÛT Sortie cinéma de Fragments, documentaire de Liz Garbus inspiré par le livre de Bernard Comment.

OCTOBRE Parution d’une sélection de 500 archives personnelles de Marilyn choisies et commentées par Bernard Comment (Seuil).