13 juillet 2012

Le Nouvel Observateur 12/07/2012

lenouvelobs_12juillet_num2488Le magazine français Le Nouvel Observateur n°2488, paru le 12 juillet 2012 consacre un article de 5 pages à Marilyn Monroe (chapitre 1, par François Forestier).
 prix: 3,50  

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Chapitre 1 : Une bimbo nommée désir 
Par François Forestier
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Avec « Quand la ville dort », de John Huston (1950), Marilyn Monroe, dont on célèbre le 50e anniversaire de la mort, faisait ses vrais débuts au cinéma…

Marilyn, lovée sur un canapé, se déplie, se déploie, se lève, s'étire voluptueusement et s'avance, dans un clair-obscur suggestif. Féline et innocente, gamine et dangereuse, elle demande : « C'est quoi, l'idée, de me regarder comme ça, oncle Lon ? » L'idée ? Elle est évidente sur le visage du bon tonton, nettement plus âgé que sa pensionnaire. Il l'embrasse, lui souhaite bonne nuit, et elle s'en va, ondulante, ravie et lasse d'être une fille entretenue. Elle sort du salon, du cadre, et, bientôt, de la vie de l'oncle Lon. Elle entre dans la légende. La scène dure soixante-quinze secondes.

Dans « Quand la ville dort », justement, personne ne dort. Les truands complotent, la police patauge, la cité bouillonne, les filles allument les clients et Marilyn danse devant un juke-box, tandis qu'un homme va mourir dans un pré en regardant un cheval bai. Le film est inoubliable. John Huston, le réalisateur, s'en souvenait avec malice, trente-quatre ans plus tard : « Je n'étais pas convaincu par Marilyn, au début… Elle me paraissait… trop… trop… » Evidemment : elle était venue pour le casting en robe décolletée, moulante, vêtue comme une houri, persuadée d'arracher le rôle par sa seule sensualité.

Las ! C'était mal connaître Huston, ex-boxeur, bagarreur, buveur, joueur, dur à cuire, tombeur, grande gueule, amateur de chevaux et de cigares. Les effets de hanches lui déplaisaient. Les vues plongeantes sur la « gorge de la vallée » le laissaient indifférent. Il aimait les Irlandaises, les filles avec du répondant, pas les vahinés. Il regarda la bimbo, et chercha ailleurs. L'un des financiers du studio, plus sensible au charme des blondes, le convainquit de prendre Marilyn, faute de quoi il ferait saisir les pur-sang de Huston, pour dettes impayées. Deux minutes plus tard, le cinéaste acceptait Marilyn. « Je ne l'ai pas regretté », disait-il, une tequila ananas à la main, dans sa maison de Mismaloya, non loin de Puerto Vallarta, au Mexique, en regardant la mer. « C'était une présence exceptionnelle… brillante sur l'écran. » Puis, en agitant les glaçons dans son verre : « Mais c'était une pauvre fille, oui, une pauvre fille. »

Pauvre fille, certes. Née dans une famille folle, élevée dans des foyers d'accueil, tripotée par des pères de substitution, violée par les mêmes, Norma Jeane Mortenson se souvenait d'une enfance passée à fuir les mains des hommes, et d'une photo de Clark Gable, son papa de rêve, son idole lointaine. Elle avait traversé une partie de la guerre à travailler dans une usine de parachutes, vêtue d'une salopette dont la seule qualité était d'« agir comme une cape rouge devant le taureau ». Traduisez : la salopette mettait le feu aux joues des ouvriers de l'usine Radioplane Munitions. Elle aurait pu mettre le feu aux poudres.

C'est Ben Lyon, l'acteur de « Hell's Angels », le film de Howard Hughes, qui la repéra, lui trouva un nom, et lui présenta le milliardaire cinglé. Celui-ci, passionné par le volume mammaire de ses protégées - il fut l'inventeur du soutien-gorge de Jane Russell, qui n'en avait nul besoin - prit la petite blonde en belle amitié. Puis l'oublia très vite. Pour trouver son indépendance, Marilyn, en chemin, s'était mariée. Avec simplicité, elle était devenue l'épouse du fils d'une voisine, Jim Dougherty, lequel ne tarda guère à partir en mer, pour se battre contre les Japonais. Seule - pas pour longtemps -, Marilyn passa des soirées à écouter les chansons de Frank Sinatra : « For Me and My Gal », « Black Magic », « Night and Day ». Son père avait pris la poudre d'escampette. Sa mère était internée, après de multiples tentatives de suicide. Norma Jeane ne savait rien faire, sinon créer le désir des hommes. Elle devint Marilyn, qui, elle, sut prendre la lumière comme personne.

Regardez les photos : cet éclat, cette peau, ce visage… Le malheur caché qu'on lit dans les yeux, le sourire mélancolique qui dit : « Aimez-moi », le nez mutin, le corps fabriqué pour le plaisir… Jamais, dans l'histoire du cinéma, il n'y eut ce mélange explosif, à haute combustion : l'innocence et la volupté, la promesse de la débauche et l'assurance de la pureté. Chaque homme, devant Marilyn, se sent obligé de la protéger. Chaque femme, face à elle, se sent contrainte de la dorloter. Quand Marilyn bat des cils, le coeur des durs s'agrandit. Quand elle se penche pour rattacher un bas, ce n'est plus le coeur qui est en extrasystole. Elle est un rêve d'érotisme, une promesse de douceur. Il y a de la magie chez cette femme, une sorte de rayonnement que seule la caméra capte. Dans la vie, elle est simplement jolie. A l'écran ou en photo, elle est sublime. Toute l'image est aspirée par elle, chaque pixel est contaminé par l'effet Marilyn. Elle éclipse ses partenaires, éteint la statue de la Liberté, mange la pellicule. Elle suscite le désir et la pitié, cocktail fissile. Marilyn, c'est la blonde atomique du cinéma.

L'année qui a précédé le tournage de « Quand la ville dort », elle a posé nue pour le photographe Tom Kelley accessoirement membre du jury de Miss Univers. Pour 50 dollars, elle a offert son corps, allongée de trois quarts, et fait rêver tous les camionneurs. Puis elle a joué dans un film mou des Marx Brothers, « La Pêche au trésor », titre qui décrit exactement l'ambition de sa vie. Ben Lyon, le recruteur de Howard Hughes, l'a envoyée rencontrer les patrons des studios : il lui a fait une lettre de recommandation. Un peu étonnée, Marilyn a vu les producers lire le petit mot, contourner le bureau, défaire leur braguette. Sans discuter, elle a joué un air de flûte enchantée, à chaque fois. Plus tard, on apprendra que la lettre était succinte : « Cette fille fait des pipes du tonnerre. » Abusée, comme d'habitude. Hollywood, a-t-elle compris, est une machine à broyer. Puis elle a été prise en main par un petit imprésario, Johnny Hyde. Celui-ci fut son ange gardien, son directeur de conscience, son gentil organisateur. Il était minuscule, marié, père de famille, et malade du coeur. De son vrai nom Ivan Haidabura, ce mini-Russe avait trente et un ans de plus qu'elle ; elle avait vingt centimètres de plus que lui.

Il lui fit refaire le nez, le menton, les seins, les dents et insista pour qu'elle lise Proust. Il voulut l'épouser. Elle refusa. Johnny Hyde lui obtint le rôle de Miss Caswell, une intrigante, dans « Eve », beau film de Mankiewicz. Le réalisateur utilisa Marilyn, ne vit en elle qu'une lorette écervelée, et, l'apercevant sur le plateau avec « Lettres à un jeune poète » de Rilke, il se borna à sourire, un peu apitoyé. Comme le dit avec une pointe de sarcasme George Sanders, l'acteur principal d'« Eve » : « En la présence de Marilyn, il était difficile de se concentrer. » Puis, plus tard, il constata qu'« elle n'était pas une solitaire. Elle était juste « seule" ». Mankiewicz la qualifia de « diplômée de l'école de théâtre de Copacabana », quelque chose comme « licenciée de l'université de Pigalle », disons. Ce n'était pas mal trouvé. Ses amis du cours de théâtre (le vrai) admiraient son port du blue-jean. Marilyn, en attendant des rôles plus consistants, s'installa chez sa répétitrice, Natasha Lytess, une grande asperge autoritaire. Elle vint, accompagnée de son chihuahua qui s'oubliait partout. Les visiteurs marchaient dans les merdes. Marilyn n'y voyait aucun inconvénient. On était à Hollywood.

Marilyn se mit en quête d'un rôle. Johnny Hyde vint à mourir, désolé de ne rien léguer à cette fille si gentille, si… tentante. Son coeur russe céda, c'était dans la logique des choses. Il lui avait dit : « Si je meurs, tiens-moi danstesbras, et je revivrai. » Elle le fit, une demi-heure durant. Mais Johnny Hyde était bien parti, il ne revint pas. Les témoins de cet enlacement avec un cadavre pensèrent que la fille était folle. La famille mit une interdiction absolue à la présence de Marilyn aux funérailles. Celle-ci s'acheta une petite robe noire, et avala des pilules roses, blanches, bleues. Natasha Lytess consola la jeune actrice 24 ans - et corrigea son articulation. « La moindre remarque, c'était comme un coup de couteau, pour elle. Elle avait l'impression qu'on lui faisait des reproches terribles. »

Marilyn passa dans des films sans importance, et fit une publicité pour Royal Triton Gasoline, la pompe à essence en main. Un acteur débutant, joli garçon, fils d'une fausse lady folle à lier - laquelle avait été inséminée par son docteur avec une cuillère à confiture - et d'un gentleman anglais qui s'était suicidé, écrasé par la harpie, la séduisit. Il se nommait Peter Lawford, il était courtois et drôle, un peu fade, mais tellement charmant ! Marilyn l'invita dans sa chambre, Lawford posa le pied dans une crotte de chien et tourna les talons. Il allait devenir le beau-frère de John Fitzgerald Kennedy, et servir de rabatteur au président des Etats-Unis. Pour Marilyn, ce fut un rôle grandiose : favorite du roi.

Un peu déboussolée au début des années 1950, Marilyn rencontra Pat De Cicco, avocat véreux, maquereau, ami de Howard Hughes et mafieux probable. Il la casa dans l'écurie de Joseph Schenck, producteur au visage sévère d'empereur romain, né en Russie, beau-frère de Buster Keaton. Schenck était en business avec les gangsters de Hollywood et avait été condamné à un an de prison pour avoir détourné de l'argent et soudoyé un syndicat. Président des Artistes Associés, il était véreux, oui, mais qui ne l'était pas ? Il intégra Marilyn dans son harem tarifé. Elle servait des boissons fraîches aux invités, leur tenait compagnie quand ils jouaient aux cartes, et les accompagnait dans leur lit. Elia Kazan, de passage, en profita, puis la plaignit. C'était bien dans sa manière de faux-cul.

Il partit tourner « Viva Zapata ! », son récit quasiment autobiographique. Kazan se voyait comme le personnage de la fin, entouré d'ennemis, incompris, tiré à vue - il ne tarda pas à se couler dans le rôle de victime hautaine, en se transformant en abjecte balance devant la Commission des Activités anti-américaines. En attendant, dès que sa femme fut partie du plateau, il fit venir Marilyn, son petit « dessert ». Elle resta au bord du Rio Grande quelques jours, coucha avec Marlon Brando, et repartit. Kazan travaillait alors sur un sujet noir, la corruption sur les quais. Son scénariste, Arthur Miller, remarqua Marilyn. Il écrivit plus tard : « Il émanait d'elle quelque chose comme de la douleur. » Sur le moment, il l'évita, redoutant sa « voracité infantile ». Elle illuminait, dit-il, « une vaste plaine de ténèbres ». Il allait l'épouser, bien plus tard.

« Quand la ville dort » sortit sur les écrans, et « Eve » aussi. La 20th Century Fox, dirigée par l'arrogant Darryl Zanuck, prit Marilyn sous contrat. Zanuck la testa dans son bureau. Juste avant, Marilyn tenta de voir celui qu'elle croyait être son vrai père, devenu fermier. Marié, père de famille, il refusa de la voir. Marilyn se mit à exister sous les projecteurs, redevenant Norma Jeane le soir. Belle le jour, souillon la nuit. Maquillée devant les photographes, malpropre chez elle. Actrice en attente d'un emploi, girl à vendre chez Joe Schenck. Trois ans après « Quand la ville dort », elle allait devenir star, et monter au firmament. Ce fut son bonheur et sa damnation. Marilyn, si belle, si fragile, si… Seule, absolument.


Marilyn : « Merci de m'aider à sauver ma vie »
le 16/07/2012
Par Bernard Comment
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Chaque semaine, l'éditeur des écrits et dessins de la star - mandaté par la famille Strasberg - nous offre des documents rares. Aujourd'hui, un poème sur les ponts.

En janvier 2009, lorsque je me rends à New York pour le premier rendez-vous avec les ayants droit de Marilyn Monroe, je m'attends à des bureaux ultramodernes, dans un building de la Skyline. Au lieu de quoi je me retrouve dans un bel appartement ancien de l'Upper West Side, tapissé de livres, photos et affiches, avec une magnifique vue sur Central Park. C'est ici qu'a vécu Lee Strasberg, le mythique fondateur de l'Actors Studio, et Marilyn y passa de nombreuses nuits, à essayer d'écraser ses angoisses, comme des mégots, dans un verre de champagne ou d'eau. Je suis en retard de vingt minutes, le trafic pour venir de Greenwich Village, et un peu de désinvolture française sans doute. Stanley Buchthal, qui a fixé la rencontre, est furieux sous son masque aimable. Anna Strasberg, elle, m'accueille avec beaucoup de chaleur.

La conversation démarre et bientôt elle raconte une anecdote en me regardant droit dans les yeux : quand Marilyn avait demandé à Lee Strasberg de pouvoir travailler avec lui, en cours privés, il lui avait d'abord répondu négativement, sous le prétexte qu'elle était toujours en retard, et comme elle lui avouait son incapacité absolue à être à l'heure, il lui donna le simple conseil d'arriver… en avance. A bon entendeur.

Au deuxième rendez-vous, je suis donc arrivé vingt minutes trop tôt pour déposer en signe annonciateur un grand bouquet de pivoines - qui allaient se révéler être les fleurs préférées d'Anna Strasberg. La confiance était établie.

Lors de la rencontre initiale, je n'avais vu, rapidement, que quatre ou cinq documents, extraits de chemises en plastique contenues dans un épais classeur. Et le premier texte que j'ai eu sous les yeux, c'était le poème sur les ponts. A vrai dire, je me disais qu'on allait me montrer des écrits sans intérêt, ou sans autre intérêt que celui d'être de la main de Marilyn. Mais devant ce petit poème en prose, avec ses ratures, avec sa profondeur et son balancement, j'ai tout de suite eu la conviction qu'il s'agissait de tout autre chose, et que j'allais découvrir un véritable trésor : une exploration des gouffres, une tension extrême vers la vérité et la sincérité, un enregistrement « en direct » des secousses d'une âme.

Le pont est un thème important dans la littérature américaine, comme un emblème de la capacité à relier les deux rives d'un fleuve, ou peut-être, fantasmatiquement, les deux côtes d'un continent. Quelques uns sont mythiques, dont le Brooklyn Bridge, que Marilyn emprunta souvent dans les premiers temps de sa nouvelle vie à Manhattan, pour aller dans les hauteurs de Brooklyn où vivait notamment Norman Rosten, un poète talentueux devenu bien vite un ami proche et qui allait beaucoup l'encourager dans l'écriture (elle lui avait soumis quelques feuillets), et où elle allait ensuite développer son idylle avec Arthur Miller.

Il y a ici d'emblée une aspiration à la mort, au suicide, et la tentation d'aller sur un grand pont majestueux pour escalader le parapet et se jeter à l'eau. Mais précisément, la beauté du célèbre pont l'arrête dans son élan, et réflexion faite elle se rend compte que chaque pont est beau à sa façon, peut-être dans cette capacité de liaison et d'union qui toute sa vie fit tant défaut à Marilyn.

Peut-être est-ce l'effet de la découverte, de la primeur, mais ce texte a toujours eu ma préférence entre tous ceux écrits par Marilyn. Il esquisse en quelques lignes tout un drame intérieur, des mouvements contradictoires, l'appel de la mort et le triomphe de l'instinct vital. On y retrouve Marilyn Monroe telle qu'en elle-même, à la fois radieuse et désespérée, impulsive et réfléchie, doutant de soi jusqu'à l'anéantissement et habitée par un formidable appétit de vie.

Le poème de Marilyn :

« Oh comme j'aimerais être morte… »

Oh comme j'aimerais être morte - absolument non existante partie loin d'ici - de partout mais comment le ferais-je Il y a toujours des ponts - le pont de Brooklyn Mais j'aime ce pont (de là tout est si beau et l'air est si pur) lorsqu'on y marche cela semble paisible même avec toutes ces voitures qui vont comme des folles en dessous. Donc il faudrait que ce soit un autre pont un pont moche et sans vue sauf que j'aime chaque pont en particulier - il y a quelque chose en eux et d'ailleurs je n'ai jamais vu un pont moche

(traduction de Tiphaine Samoyault)

Les collections de l'Histoire Juillet 2012

2012_07_l_histoire_les_collections_franceLe magazine L'Histoire - Les collections , n°56, paru le 11 juillet 2012, s'intéresse à "L'Empire américain" avec Marilyn Monroe en couverture. (prix: 6,90). 

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Les cahiers de l'Express Juillet 2012

mag_lescahiersdelexpressLe magazine Les Cahiers de l'Express , n°13, paru le 4 juillet 2012, consacre son numéro aux Années 1960, et publie un article de 2 pages sur Marilyn Monroe.
(prix: 5,90).

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