18 août 2012

Quand Marilyn s'appelait Norma Jean

   lefigaro Quand Marilyn s'appelait Norma Jean
publié le 27 juillet 2012
par Daphné Thiery
en ligne sur lefigaro.fr

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 Sous la pureté du lys et le charme de la rose, Marilyn entame une ascension foudroyante, au propre comme au figuré.
Crédits photo : Earl Theisen/Getty Images

Il y a cinquante ans, le 5 août 1962, s'éteignait le plus grand mythe du cinéma américain. Pour commémorer cette disparition, Le Figaro Magazine vous offre des photos inédites de Marilyn Monroe dans la fraîcheur de sa jeunesse. Elles ont été prises par Earl Theisen entre 1947 et 1952, avant que Norma Jean ne devienne une star.

Une poupée d'opérette, les cheveux d'un blond vénitien, se tient dans un jardin par un jour de grand beau. Elle sourit, les dents et le nez au vent. Elle est affublée d'une kitschissime robe longue de mousseline bleu ciel, brodée d'opulentes fleurs roses, et d'un long foulard assorti. Qui est cette tendre figure? Une Sissi en technicolor? Une Heidi des temps modernes? Non, cette ingénue - qui pourrait le croire? - n'est autre que Marilyn Monroe.

lefig_theisen2< Il n'y avait que Marilyn pour compléter ainsi des mots croisés.
Crédits photo : Earl Theisen/Getty Images 


The Marilyn, sex-symbol s'il en est, reine du music-hall, show girl de rêve... Les superlatifs ne manquent pas pour qualifier Norma Jean Baker, c'est son nom d'état civil, qui allait être la femme la plus photographiée au monde. Et voilà que, aujourd'hui, une série de quatre-vingts images inédites vient alimenter le mythe Marilyn, cinquante ans après sa mort. Elles ont été prises entre 1947 et 1952 par Earl Theisen, l'un des photographes de Look, fameux magazine américain à gros tirages. Jamais ces clichés n'avaient été dévoilés.

Ils appartiennent à la fille du photographe, qui Illes a longtemps conservés comme de précieux souvenirs, parmi les archives de son père (mort en 1973). Elle dit être un jour «retombée dessus», et s'est décidée à les donner à l'agence Getty Images.

lefig_theisen3< Cliché de 1951, dans les studios de la Fox.
Crédits photo : Earl Theisen/Getty Images


C'est en 1947 que Theisen photographie la star pour la première fois, dans cet accoutrement praline et chichiteux. Elle a 21 ans et vient tout juste de signer son premier film à la 20th Century Fox. Sur les photos de Theisen, elle semble encore vierge de tout. L'image de l'innocence. Elle s'amuse d'un rien, elle éclate de légèreté, et son rouge à lèvres vermillon explose comme deux pétales de joie sur son visage intense. Theisen s'enthousiasma: «Photographier Marilyn, c'était comme regarder une fleur éclore ; dès que l'objectif était tourné dans sa direction, elle s'ouvrait

Sous l'oeil de Theisen, Marilyn se révèle, en effet, candide et rayonnante. Pas de voyeurisme, pas de racolage. On est bien loin ici de l'image sulfureuse de celle qu'on appellera la Mmmmm girl, lorsqu'elle commença dans les années 40 à poser pour des magazines de pin-up. Comme on est bien loin de la fameuse série de Bert Stern, prise en juin 1962, dans une suite d'hôtel, où Marilyn pose nue quelques jours avant sa mort. N'en déplaise à Hitchcock, qui disait d'elle qu'elle avait «le sexe affiché partout sur sa figure»: Earl Theisen saisit tout le contraire chez la jeune femme. C'est la fraîcheur de Marilyn qui capte son attention, «le scintillement de ses yeux bleus», éblouissants.

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 Marilyn au début des années 1950.
Crédits photo : Earl Theisen/Getty Images

Mais cette image va peu à peu évoluer. Sur des photos ultérieures de cette série, la rising star exhibe les formes plantureuses de ses 25 ans. On est en 1951, elle porte un bikini couleur crème ou un maillot lamé aux reflets de sirène. Elle prend la pose, mais avec un instinct qui déjoue la vulgarité. Aguicheuse, certes, mais avec naturel, si l'on peut dire. Le photographe parvient à la surprendre à chaque instant dans sa pure beauté: même quand son brushing n'est pas parfait, même quand son ventre n'est pas tenu, quand elle est tout simplement, et non pas quand elle veut paraître. Comme si Theisen sentait déjà planer la menace du star-système qui pesait sur elle et effacerait un jour sa sincérité. Est-ce pour la protéger qu'il ne voulut jamais publier cette série de photos? Un lien solide semblait unir le photographe et sa muse.

Theisen était réputé pour sa gentillesse. Les stars l'adoraient (on raconte qu'il allait chasser l'ours avec Gary Cooper et qu'il voyageait en Afrique avec Hemingway). Il fut le confident et le conseiller de Marilyn, ainsi que le montrent ces tirages de 1951 où Theisen n'hésite pas à prendre la pose pour expliquer à la star peroxydée comment imiter les postures charmeuses de Jean Harlow !

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 < En 1953, sur le tournage de Comment épouser un millionaire.
Crédits photo : Earl Theisen/Getty Images


En avril 1952, c'est l'éclosion. Elle est la nouvelle coqueluche d'Hollywood. Marilyn devient Marilyn. Elle prend de l'assurance, éclaircit ses cheveux, apprend à sourire glamour et façonne son personnage iconique. Son regard est plus ambigu, plus fabriqué, plus langoureux. Cela n'échappe pas à Theisen. Il va la photographier avec plus de discrétion, de distance. Ainsi, dans cette chambre d'hôtel, où Marilyn, studieuse, travaille sur un script. Ou encore dans cette salle de bains, où on la voit, nue, une serviette enroulée pudiquement autour d'elle. L'image est prise de loin, comme si le photographe voulait préserver la pudeur de son modèle. C'est l'une des dernières photos de la série. Elle est touchante, énigmatique, et témoigne déjà de l'isolement qui va emprisonner Norma Jean. Theisen semble nous confier la vérité de Marilyn, dont il fut sans doute jamais l'un des seuls à la fois à traduire l'innocence et à pressentir le destin: la petite fille derrière la femme, la femme derrière l'héroïne adulée, l'être vulnérable derrière l'objet sexuel, la réalité derrière la légende.

Posté par ginieland à 18:20 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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