La rivière sans retour

Secrets de tournage ...
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 ... et anecdotes

Genèse d'un film non désiré
   C'est le producteur Stanley Rubin qui lança le projet de "Rivière sans retour". Il voulait s'inspirer du classique italien néoréaliste "Le voleur de bicyclette" (réalisé en 1948 par Vittorio De Sica) et en faire une version américaine, transposant l'intrigue au far-west et remplacant la bicyclette volée par les chevaux et les armes des personnages. Parce qu'il avait travaillé sur des films westerns avec certains réalisateurs, Stanley Rubin portait son choix au départ sur William Wellman, Raoul Walsh, ou Henry King; et il n'était pas très emballé par Otto Preminger qui, pour lui, était excellent pour filmer des films noirs melodramatiques, mais pas un film western d'aventures. Mais c'est Darryl F. Zanuck, producteur de la 20th Century Fox, qui imposa Otto Preminger à la réalisation.
Le film disposait d'un budget colossal: 3 800 000 de dollars.
   Le monteur Dann Cahn avait recommandé Marilyn Monroe, avec qui il sortait, pour la série "Your Show Time" en 1949. Le producteur Stanley Rubin l'avait auditionnée mais pas selectionnée, à cause de son manque d'expérience. Stanley Rubin tenta alors de rattraper son erreur et appuya le nom de Marilyn Monroe pour qu'elle fasse partie du casting de "La rivière sans retour".
ronr_mm   Le projet de "Rivière sans retour" ne semblait pas trop enthousiasmer Marilyn Monroe. Le film sera d'ailleurs l'unique western de sa carrière où elle tient l'exclusif rôle féminin (bien que l'on peut relever la comédie "A Ticket to Tomahawk" tourné en 1950 dans lequel elle tient un rôle secondaire). Mais en dépit des succès de "Niagara" et de "Les hommes préfèrent les blondes", l'actrice n'était pas en position de discuter son contrat avec la Fox, et elle devait se plier aux volontés du producteur Darryl Zanuck. Néanmoins, elle pouvait porter un droit de regard sur le scénario et elle restait tout de même emballée à l'idée de travailler avec Robert Mitchum qui, avant de devenir acteur, avait été un collègue de son premier mari Jim Dougherty chez Lockheed Aircraft. D'ailleurs, on raconte que c'est Marilyn qui aurait imposé Mitchum, alors que celui-ci était engagé auprès de la RKO. Elle était en revanche moins ravie d'être dirigée par Otto Preminger, qui avait déjà la mauvaise réputation d'un réalisateur très exigeant et misogyne.
  D'ailleurs, quant à Otto Preminger, il venait de goûter aux joies de la liberté en produisant lui-même son film "The Moon is blue" ("La lune était bleue"). Et il s'est vu contraint, comme Marilyn, de tourner "Rivière sans retour" pour honorer son contrat avec la 20th Century Fox, à qui il "devait" un nouveau film. C'est donc sans grande ambition qu'il s'engage dans un tournage qui va d'ailleurs s'avérer infernal. Cependant, Preminger aurait tout de même porté un intérêt au film seulement après avoir lu le scénario et il approuva le choix du casting avec Robert Mitchum et Marilyn Monroe dans les rôles principaux. Darryl Zanuck lui avait fait miroiter la technologie du nouveau Cinémascope, et certains critiques noteront que Preminger avait plus envie de filmer le paysage spectaculaire que d'arracher une interprétation dramatique à ses acteurs.
   Le tournage ne sera pas de tout repos: malentendus, retards, mauvaises conditions climatiques (il pleuvait sans cesse), ainsi que plusieurs incidents et accidents qui émailleront le tournage au Canada. Pour ces raisons, le film va prendre beaucoup de retard. D'ailleurs, l'ambiance suscitée par ces affrontements est si catastrophique, et les retards qui en découlent si importants, que Mitchum finira par rebaptiser le projet "Picture of no return" ("Le film sans retour"). 

Un réalisateur exigeant et tyrannique
 ronr_preminger  Otto Preminger était célèbre pour ses tournages très minutés. Faire ce film fut une épreuve pour toutes les personnes qui y furent impliqués. Paul Helmick, l'assistant à la mise en scène, raconta à Lee Server, le biographe de Robert Mitchum, que: "Otto Preminger était quelqu'un de très pénible. Méchant, impatient, il était très grossier, surtout avec les femmes." Durant le tournage, lui et Marilyn Monroe ne se parlèrent pratiquement jamais: "Pas un mot. C'était le tandem le plus mal assorti qui fût. Ils se détestaient littérallement." Et l'hostilité régna sur le plateau lorsque le réalisateur Otto Preminger et Marilyn entamèrent une guerre d'usure.
   Otto Preminger déclara à propos de Marilyn: "D'abord, le studio la choya -elle était gâtée quand nous avons fait 'Rivière sans retour'- au point qu'elle avait perdue de vue ce qu'elle pouvait et ne pouvait pas faire, et lorsqu'il apparut qu'elle n'avait pas le pouvoir attractif qu'elle exerçait habituellement, ils attendirent d'elle qu'elle se comporte comme une actrice ordinaire." Il ira même jusqu'à déclarer: "La diriger équivalait à diriger Lassie. Il fallait faire 14 prises pour en avoir une bonne." bien qu'il nia par la suite d'avoir tenu de tels propos. Preminger pouvait se montrer très méchant envers Marilyn: il la tourmenta sur le fait qu'elle n'était pas capable d'apprendre son texte; il lui fit effectuer ses propres cascades; et le comble, il émit des doutes sur sa vertu. Marilyn ne pouvait se défendre qu'avec les seules armes dont elle disposait: elle fut régulièrement en retard et suscita des difficultés. Par ailleurs, Otto Preminger entra aussi en conflit avec Natasha Lytess, la coach de Marilyn, à qui l'actrice prêtait bien plus d'attention, comme il le racontera plus tard: "Je suppliais Marilyn de se détendre et de parler naturellement, mais elle n'y prêtait aucune attention. Elle n'écoutait que Natasha (...) et répétait son texte en ar-ti-cu-lant avec tant de sérieux et des mouvements de lèvres si brutaux qu'il était impossible de la filmer."
Otto Preminger parlera toujours de Marilyn en des termes peu élogieux dans de nombreuses interviews. Ce n'est qu'en janvier 1980, lors d'une entrevue pour le New York Daily News, qu'il concédera: «Elle a essayé très dur, et quand les gens essaient dur, vous ne pouvez pas être en colère contre eux."  
  
Quant à Marilyn, elle qualifia par la suite Preminger de "pompeux imbécile." 

Clash entre Natasha Lytess vs Otto Preminger
ronr_lytess   Toujours en proie aux doutes, Marilyn Monroe est à l'époque sous la coupe de Natasha Lytess, sa coach personnelle, que Marilyn fait embaucher par les studios pour qu'elle puisse l'accompagner sur les tournages. La coach cherche à faire adopter à Marilyn un jeu plus cérébral, la poussant notamment à articuler exagérement ses répliques -il fallait que Marilyn prononce ses répliques, selon ses propres mots, "en ar-ti-cu-lant a-vec gra-vi-té"- au grand dam du réalisateur Otto Preminger, qui lui demande exactement l'inverse ! Preminger est d'autant plus irrité que Marilyn ne faisait qu'écouter exclusivement les conseils de Natasha Lytess, comme elle en avait l'habitude sur ses précédents tournage, ce qui d'ailleurs agaça la plupart des réalisateurs qui ont dirigé Marilyn. Robert Mitchum, le partenaire masculin de Marilyn dans le film, tente lui aussi d'inciter l'actrice à plus de naturel dans son interprétation, sans parvenir lui non plus à entamer le pouvoir de Natasha. Robert Mitchum est cependant plus tolérant, il déclara que: "Marilyn se disait qu'elle avait besoin de quelqu'un d'autre que le metteur en scène, et de préférence une femme, pour lui dire quand ce qu'elle faisait était bien."
Et en plus de ne pas aimer la manière dont elle enseignait à Marilyn à surarticuler les mots, Preminger détestait sa personnalité et ce, dès le début du tournage. Ne la supportant plus, Preminger explosa et la renvoya du plateau, comme d'ailleurs ont fait d'autres réalisateurs qui avaient précédemment travaillés avec Marilyn. Otto Preminger téléphona à Stanley Rubin qui était resté à Los Angeles, afin de bannir Lytess du plateau. Evidemment, cela ne dura pas car Marilyn ne pouvait poursuivre son travail sans la présence rassurante de sa coach. Aussitôt que Rubin accéda à la demande du réalisateur, Marilyn appela son agent Charles Feldman pour régler au plus vite la situation; celui-ci contacta le patron de la Fox Darryl Zanuck, qui donna l'ordre à Preminger de laisser Natasha revenir, ayant trop peur que Marilyn mette à exécution sa menace de quitter le tournage. Après tout, Marilyn était la valeur qui montait et qui "rapportait gros"; la coach indésirable fut réintroduite sur le plateau et promit de ne plus parler exclusivement qu'à sa protégée durant le tournage. Irrité par cette décision, Otto Preminger dirigera alors sa colère sur Marilyn Monroe durant tout le reste du tournage. La coach continuant de prodiguer les mêmes conseils à Marilyn (l'articulation excessive entraînait des déformations du visage de l'actrice qui devenait alors impossible à filmer), c'est Robert Mitchum qui parvint à trouver un compromis: aux répétitions, il laissait Marilyn faire son jeu exagéré, mais au moment de tourner, soit il lui donnait une grande tape dans le dos, soit une grande claque sur les fesses en disant: "Bon, maintenant, cessons de faire les imbéciles et comportons-nous comme des humains !   
   L'ambitieuses coach entreprend même de se mêler du jeu de petit acteur de dix ans, Tommy Rettig, qui interprète le fils de Mitchum. Le réalisateur Otto Preminger relata l'incident: "Il connaissait son texte et parfois, nous devions faire 18 prises ou plus, mais il était bon à chaque fois, sans que la qualité de son jeu en pâtisse. Un jour, je fis une scène avec Marilyn et lui, mais il n'arrivait pas à se rappeler son texte et se mit à pleurer. 'Que se passe-t-il ?' lui demandai-je. Sa mère me dit que Miss Lytess avait parlé à Tommy et lui avait dit qu'à l'âge de 14 ans, tous les enfats acteurs perdaient leur talent, à moins de suivre des cours et d'apprendre à se servir de leur instrument."
A partir de ce moment, Natasha Lytess va se mettre toute l'équipe à dos: sa présence les insupportait tous; et ils finirent alors par se rallier au réalisateur, en soutenant son travail, ses efforts et ses remarques

Un tournage éprouvant
ronr_jasper   Les prises de vues en extérieur eurent lieu au Canada, dans les parcs nationaux de Banff et de Jasper, ansi qu'à Lake Louise, à Alberta et dans les Rocheuses canadiennes. Otto Preminger et Stanley Rubin étaient venus en repérage dans la région bien avant de commencer le tournage; durant cette période, Stanley Rubin se rendit compte que Preminger portait un grand intérêt pour sa future réalisation. Stanley Rubin prévu douze semaines de pré-production, au cours de laquelle Marilyn Monroe répétait et enregistrait les numéros musicaux, et 45 jours pour le tournage. Les acteurs et l'équipe sont partis de Calgary à la fin de juin 1953, d'où ils prirent un train pour se rendre au Banff Spring Hotel, un grand complexe hôtelier où toute l'équipe logea pendant la durée du tournage.
Pendant que Marilyn tournait, Joe DiMaggio l’attendait dans leur bungalow à Jasper (dans l'Alberta; un de ces Becker’s Bungalows où toute l’équipe du film avait trouvé à se loger selon le lieu de tournage) ou au Mount Royal Hotel à Banff lorsque la production émigra vers un nouveau décor.

ronr_eau   Grand film d'aventures, 'La rivière sans retour' comprend un certain nombre de morceaux de bravoures, pour lesquels le réalisateur Otto Preminger exigeait que ses deux stars (Marilyn et Mitchum) jouent sans doublure les scènes où ils luttent contre la rivière en furie, afin de donner plus de véracités aux héros du film; bien qu'il est important de souligner que les cascades les plus complexes furent effectuées par des professionnels (Roy Jenson, Helen Thurston et Harry Monty). Habituée à être entourée d'une équipe aux petits soins, ce fut un rôle très exigeant pour Marilyn, qui doit se soumettre à toute une série de prises de vues particulièrement pénibles, où on l'asperge de trombes d'eau tandis qu'elle tente de garder son équilibre sur le radeau; ou encore on la trempe avec des seaux d'eau pour les raccordsMais Marilyn supporte assez bien ces désagréments physiques, tel que le déclara Paul Wurtzel, responsable des effets spéciaux à la Fox, qui témoigna de son implication: "On lui en a fait voir de belles dans ce film, et elle ne s'est jamais plainte. Elle savait ce qu'exigeait le film, et dès qu'on lui faisait signe de tourner, c'était un pro. Toute l'équipe l'adorait."  
Les acteurs devant effectuer eux-mêmes les cascades, il en résultera plusieurs accidents, certains réels, et d'autres simulés:

  • Un jour, Marilyn glissa dans l'eau, alors qu'elle portait des bottes de pêche montant jusqu'en haut de ses cuisses; ses bottes remplies d'eau l'entraînant vers le fond, il fallut plusieurs hommes, dont Robert Mitchum, pour l'arracher au cours impétueux de la rivière. Marilyn fut alors repêchée de justesse. Aussitôt, gros titres dans la presse: "Marilyn Monroe manque de se noyer !" 
  • Une autre fois, le radeau de Marilyn et de son partenaire Robert Mitchum, bloqué dans les rapides, manqua de se renverser et il fallut les secourirNorman Bishop raconta que "le radeau sur lequel étaient Marilyn et Mitchum donna sur un rocher et resta bloqué. Si vous aviez vu comme ça bougeait ! D'une seconde à l'autre, le radeau pouvait se renverser." Bishop et un collègue bondirent dans un canot de sauvetage et la catastrophe fut de nouveau évitée. 
  • Enfin, le 20 août, un troisième accident fit la une de nombreux journaux: "Miss Monroe blessée à la jambe au Canada", bien que les articles de presse ne donnaient pas de détails, car il n'y avait eu en réalité aucun accident. Ce n'était qu'un moyen habile de la part de Marilyn, de se venger de Preminger. La supercherie ne fut révélée que bien des décennies plus tard par l'actrice Shelley Winters.
    ronr_mitch_shelleyShelley Winters, qui se trouvait aussi dans les environs de Jasper pour le tournage d'un film, était venue rendre visite à Marilyn, avec qui elle avait partagé un appartement, au temps où elles n'étaient encore que des starlettes. Un jour, elle assista au tournage d'une scène où Marilyn se tenait debout sur le radeau amarré à la rive dans l'Athabasca. Shelley Winters raconta: "Marilyn ne savait plus où elle en était et, comme chaque fois dans ces cas-là, ouvrait la bouche et souriait à tout ce qui se présentait. Preminger se mit à proférer des paroles épouvantables et insinua qu'avec le talent qu'elle avait, elle aurait mieux fait de ne jamais abandonner son premier 'métier'. (...) Marilyn garda les yeux baissés; son sourire n'en devint que plus figé." Quand ce fut fini, Shelley Winters rejoigna Marilyn pour l'aider à remonter sur la rive; et, voyant que Marilyn n'avait pas le pas très assuré, lui dit: "Attention à ne pas glisser. Tu pourrais te casser la jambe." Ces paroles vont alors fortement inspirer Marilyn car lorsque leur voiture s'arrêta devant l'hôtel, elle déclara: "Je ne peux pas sortir, je me suis cassée la jambe." On la monta dans sa chambre, on demanda des médecins, Winters lui donne un analgésique (du Percodan) et une double vodka, et Marilyn appella Darryl Zanuck en présence de Shelley. Elle tenait à rassurer le grand patron des studios en lui déclarant qu'elle ferait tout son possible pour terminer le film en dépit de "douleurs terribles".
    Dans la soirée, Marilyn, Mitchum et Winters allèrent dîner dans un restaurant pour y manger des homards arrosés de champagne. Le lendemain, une horde de médecins amenés de Los Angeles par avion privé, débarquèrent à l'hôtel. Les radios ne révèlèrent aucune lésion et les médecins des studios ne virent là rien de sérieux sans écarter la possibilité d'une éventuelle foulure. Et Marilyn réussit à les persurader de lui mettre un plâtre et de lui donner des béquilles. Arrêtée pendant quelques jours, elle en profita pour poser devant la presse, plâtre au pied et béquilles aux coudes. Cette feinte de Marilyn ne fut qu'une occasion de se venger d'Otto Preminger, mais certains prétendent qu'elle s'était surtout comportée ainsi afin d'attirer la bienveillance du metteur en scène.
    ronr_piedplatreLorsque Marilyn reprit le tournage -il ne restait que deux semaines- elle portait toujours son plâtre et ses béquilles, mais le studio avait pris un retard très onéreux.
    Shelley Winters racontera: "Marilyn n'était pas une nigaude, mais elle rusée comme un renard ! Un soir, nous allâmes dans une boîte. A un moment, je la vois esquisser une rumba avec Mitch.
    -'Rassieds-toi pour l'amour du ciel! lui dis-je. Tu n'es même pas encore capable de marcher.
    -Oh, c'est vrai, j'avais oublié...'
    Et elle s'assit en ricanant sur les genoux de Mitch
    ."

Joe DiMaggio à la rescousse
ronr_joeL'incident de la cheville foulée fit venir Joe DiMaggio. Selon Maurice Zolotow, qui interviewa Marilyn environ un an plus tard, Joe DiMaggio l'appella le soir même de "l'accident". Comme elle pleurait, Joe arriva dès le lendemain, accompagné d'un médecin et de son copain new-yorkais Georges Solotaire. Joe semblait totalement dans son élement dans ce coin reculé et sauvage du Canada. Sur le plateau de tournage, il prenait des photos de Marilyn et donnait des coups de mains aux techniciens. Parfois, pendant que Marilyn tournait, il allait seul à la pêche. Mais il arrivait aussi que, hors tournage, Marilyn l'accompagnait au golf et à la pêche, où ils emmenaient avec eux Tommy Rettig, le petit acteur de dix ans.
Pendant le séjour de DiMaggio, le couple avait disparu tout un week-end. La presse évoqua alors rapidement un prochain mariage.
 

Tommy Rettig et Marilyn 
ronr_tommy   Tommy Rettig, l'acteur de dix ans qui interprétait le fils de Robert Mitchum, fut l'un des rares enfants dont Marilyn eut du mal à se faire un ami. Comme le racontera le photographe Bruno Bernard dans son journal intime: "Le visage de Marilyn s'illuminait chaque fois qu'elle se trouvait en compagnie d'enfants, et on sentait qu'elle réagissait envers eux de manière émotionnelle. Elle était profondément heureuse de les aider et de leur donner un peu d'amour." Mais le jeune Tommy Rettig se montrait distant avec Marilyn, l'évitant soigneusement. Et Marilyn raconta l'incident à Bruno Bernard: "Alors que Tommy devait tourner une scène avec moi, il s'est brusquement précipité vers sa mère sans dire un mot. J'en ai été très peinée. Le troisième jour, sa mère n'étant pas là, je me suis approchée de lui et je lui ai demandé: 'Tommy, puis-je te parler une minute ? Tu m'as évitée pendant trois jours. Comme nous ne nous sommes jamais rencontrés avant ce film, je n'ai rien pu faire qui t'ai blessé. Qu'est-ce qu'il y a ?' Il m'a regardée d'un air vraiment effrayé, puis m'a avoué: 'C'est mon curé qui m'a dit que je ne devrais pas parler à une femme telle que vous en dehors du tournage.'". Sur le moment, Marilyn en fut très blessée et offensée, mais les rapports entre eux ne vont s'améliorer qu'après l'arrivée de Joe DiMaggio: "La semaine suivante, lorsque Joe est venu me voir sur le plateau, Tommy s'est dit que, comme lui était génial, moi aussi je devais être OK." Et Marilyn et Joe emmenèrent plusieurs fois le petit Tommy à la pêche.

Anecdotes diverses
   A cette période, Marilyn Monroe semblait malheureuse et ne voulait pas aller tourner dans un lieu aussi perdu et loin de Hollywood. Le journaliste James Bacon l'interviewa à Los Angeles, juste avant son départ pour le Canada: "Elle semblait ne plus s'être peignée depuis plusieurs jours. Elle s'était barbouillée tout le visage de crème, même ses sourcils, qui étaient tout poisseux. En elle-même, elle restait certainement la Marilyn de toujours, mais au physique, c'était la fille de Dracula; et je pris congé le plus vite possible." Et durant son séjour au Canada, elle continuait de se cacher sous ce masque de crème grasse, même quand elle faisait un saut dans la bourgade voisine. Whitey Snyder, son maquilleur, finira par lui dire: "Enlève cette saloperie de ta figure : tu fais fuir les gens!"
ronr_mitch   En dehors du tournage, Robert Mitchum menait joyeuse vie, trinquant, chahutant; il faisait d'ailleurs preuve d'une consommation excessive d'alcool, réclamant aux assistants de lui amener des verres de vodka, ce qui engendrait, là aussi, des conflits avec le réalisateur Otto Preminger. Mais c'est Mitchum qui parvint à faire sortir Marilyn de sa coquille. Un jour, Mitchum la trouva plongée dans un dictionnaire de psychanalyse, qui ne devait guère satisfaire sa curiosité puisqu'elle lui demanda ce que signifiait "érostisme anal" et ouvrit de grand yeux quand il entreprit de lui expliquer. 
Une autre fois, toujours selon Mitchum, la doublure de celui-ci s'approcha d'elle pour lui proposer, en termes choisis, une partouze avec l'un de ses copains.
-"Tous les deux en même temps?" demanda-t-elle.
-"Et pourquoi pas?"
-"Vous voulez me tuer!"
-"Personne n'est jamais mort de ça que je sache."
-"Oh si. Sauf que ce n'est pas ce qu'on dit officiellement; on appelle ça mort naturelle..."
Mitchum rapporta cette anecdote au biographe Anthony Summers en 1982, précisant que Marilyn plaisantait; quant à sa doublure, il en était moins sûr.
   Robert Mitchum était un homme plutôt simple: un jour, lors d'une scène en tournage à Jasper, un résident local Wilbur Stanley et un de ses amis, regardaient le travail des acteurs. Ils discutèrent avec Robert Mitchum devant leur voiture, où ils ont bu une bière. Après leur discussion, lorsque Mitchum repartit, il déclara, en s'éloignant de la voiture et en jetant la bouteille au sol: "C'est le meilleur petit déjeuner que j'ai jamais eu!"
   On retrouve, non créditée au générique, l'actrice Barbara Nichols, dans l'un de ses premiers rôles sur grand écran. Elle joue le rôle d'une danseuse. La comédienne, au cheveux blond platine, fera ensuite partie avec d'autres actrices, comme Jayne Mansfield ou Sheree North, d'un groupe de femmes au physiques assez proches de celui de Marilyn Monroe; et sera d'ailleurs engagée par les studios pour concurrencer Marilyn.
   Les trois paires de blue jeans que porte Marilyn Monroe dans le film ont été achetées par le créateur Tommy Hilfiger, aux enchères de Christies pour la somme de 42 550 Dollars.

Une rivière au goût amer
   De retour à Los Angeles pour travailler les dernières scènes en studio, Marilyn mit à profit toutes ses ruses pour gagner du temps, refusant souvent de sortir de sa loge des heures entières. David Conover (qui fut le photographe qui a "découvert" Marilyn) écrit que Marilyn voulut gâcher le film par vengeance, pour que Preminger ne retravaille plus jamais pour la Fox. Elle y est si bien parvenue, que c'est l'un des films les moins populaires.
    Bernard of Hollywood, raconta dans son journal intime que Marilyn se montrait alors désormais plus critique de son jeu que la plupart de ses censeurs et de ses fans. Un après-midi où elle assistait à la projection de rushes du film, elle fut physiquement malade de découvrir sa version d'une blonde sensuelle et sauvage. Elle était si angoissée qu'elle se rendit au bureau de Darryl Zanuck pour le consulter, mais on lui aurait répondu: "Pas de rendez-vous." Avec Natasha Lytess, elles parvinrent à rencontrer Spyros Skouras, le président de la Fox, qui lui aurait simplement répondu: "Baby, oublie les sentimentalités, tu fais de l'argent uniquement avec tes seins et ton cul... Ton talent se situe au niveau du corsage et en-dessous du nombril." Marilyn en fut terrassée et avait fini par comprendre avec horreur que, pour les studios, elle n'était qu'un produit.  
   Marilyn était mécontente de ce film, qu'elle considérait comme "le pire" de sa carrière, et en imputa la responsabilité à la 20th Century Fox; d'ailleurs, elle craint d'avoir l'air dans certaines scènes d'un "rat en train de se noyer"; deux ans après avoir tourné le film, Marilyn Monroe affirmera: "Aujourd'hui, je n'accepterais plus "La rivière sans retour". Je pense que je mérite mieux qu'un film de cow-boys de série Z, dans lequel l'interprétation passe après la mise en scène et le procédé Cinémascope. Les studios ont misé sur les paysages plutôt que sur les acteurs." 

   Et en 1960, on demanda à Otto Preminger s'il envisageait de retravailler un jour avec Marilyn, ce à quoi il répondit: "Pas pour un million de dollars !".
   
Le producteur Stanley Rubin reconnut plus tard que: "Preminger était un homme de talent. Mais ce n'était pas le bon réalisateur pour ce film." D'ailleurs, déjà à l'époque, dès la fin du tournage et avant la sortie du film en salles, la presse confirma que Stanley Rubin se posait des questions sur le choix de Preminger. Il pressentit que le réalisateur n'avait pas su retranscrire l'aura d'un western, qu'il avait ignoré des éléments clés de l'intrigue, qu'il avait dirigé certaines séquences d'action de manière statique et que dans plusieurs scènes, les raccords entre celles tournées en studio et celles tournées au Canada, ne correspondaient pas. D'ailleurs Preminger va finir par jeter l'éponge: il quitte la post-production et se rend en Europe, laissant l'éditeur Louis R. Loeffler et le producteur Stanley Rubin aux commandes pour finaliser le film. Le réalisateur Jean Negulesco a même été appelé en urgence pour refilmer certaines scènes. Otto Preminger avait en fait une rancoeur de devoir travailler au service des studios de la Fox, et il préféra vendre sa villa hollywoodienne, pour payer 150.000 dollars à la Fox pour l'annulation du reste de son contrat, qui pourtant, se terminait six mois plus tard.

Une scène à part
ronr_caverne  Il s'agit d'une séquence toute simple dans laquelle Kay (Marilyn Monroe), réfugiée dans la grotte et trempée jusqu'aux os, tremble de froid; Matt (Robert Mitchum) lui ordonne de se déshabiller et de s'enrouler dans une couverture. Puis il la masse vigoureusement. Dans cette scène, Kay découvre que Matt n'est pas ll'ours mal lêché qu'elle aurait cru. Leur relation se colore d'une charge érotique, même si Matt -pour des raisons de censure sévère du code Hayes en vigueur- s'en tient à des gestes sans ambiguité. Il n'en reste pas moins que Marilyn est nue sous la couverture, tandis que Mitchum lui masse les pieds... Cette scène n'a pas été tournée par Otto Preminger. Déçu par certains passages du film, Darryl Zanuck avait en effet demandé à Jean Negulesco, qui avait récemment dirigé Marilyn dans 'Comment épouser un millionnaire?', et que la comédienne appréciait, de faire des retakes de certaines séquences. 
 

Chansons
i_m_gonna_file_my_claim_RCAMarilyn Monroe interprète quatre chansons dans le film -toutes écrites par Ken Darby et composées par Lionel Newman-:
"One silver Dollar",
"I'm gonna file my claim",
la comptine "Down in the meadow"
et la chanson phare "River of no return".
Répétant inlassablement sous la direction de Ken Darby, jusqu'à approcher la perfection, Marilyn prit beaucoup de plaisir à travailler ces chansons. Le titre "I'm gonna file my claim" fera l'objet d'un disque (ci-contre), et l'été suivant la sortie du film, RCA en vendit plus de 75 000 exemplaires.
Elle sera néanmoins doublée partiellement par la chanteuse Gloria Wood
Pour la danse, c'est le chorégraphe Jack Cole qui enseigna à Marilyn, tel qu'il l'avait fait pour "Gentlemen Prefer Blonds" ("Les hommes préfèrent les blondes").
Quant au public, il fut ravi par les scènes dans lesquelles Marilyn chante et danse.

Chronologie du film
-le 11 avril, les 6 et 8 juin 1953: essayages de costumes du film pour Marilyn.
-fin juin 1953: départ de l'équipe de tournage pour Calgary, avec voyage en train jusque Banff.
-le 25 juillet 1953: départ de Seattle, avec escale à Vancouver et arrivée à Jasper de Marilyn, Robert Mitchum et Rory Calhoun.
-août 1953: début du tournage.
-20 août 1953: Marilyn se blesse à la cheville.
-21 aout 1953: on plâtre le pied de Marilyn; Joe DiMaggio arrive au Canada.
-fin août: fin du tournage des scènes extérieures au Canada.
-1er septembre: Marilyn, Joe DiMaggio et Mitchum quittent le Canada, ils font une escale à Seattle d'où ils prennent un autre avion pour rejoindre Los Angeles.
-Septembre 1953: tournage de scènes dans les studios de Los Angeles. Otto Preminger quitte la post-production, et Jean Negulesco tourne la scène dans la grotte.
-29 septembre 1953: fin du tournage.
-30 avril 1954: Sortie américaine de "Rivière sans retour".


La presse 
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> sources:
Livre Marilyn Monroe et les caméras
Livre Marilyn, Une vie d'Hollywood, d'Ann Lloyd.
Livre Marilyn Monroe, d'Adam Victor.
Livre Les trésors de Marilyn Monroe, de Jenna Glatzer.
Livre Bernard of Hollywood's Marilyn par Susan Bernard. 
Livre Les vies secrètes de Marilyn Monroe par Anthony Summers.
Revue Les légendes d'Hollywood
, La rivière sans retour.
Le film sur wikipedia 
La fiche du film et des anecdotes sur imdb 
Les anecdotes sur allocine