31 août 2015

Le tableau de chasse de Marilyn Monroe

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 Le tableau de chasse de Marilyn Monroe
Publié le 05/04/2012,
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Profession : Actrice et chanteuse.

Pourquoi elle plaît ? Marilyn c'est Marilyn. Un mythe, une icône, l'idole des hommes, qui n'arrivaient jamais à lui résister. Sa bouche charnue et ses yeux bleu azur en ont séduit plus d'un. Ses formes généreuses et sa poitrine pulpeuse sont aujourd'hui encore objet de fantasme. Mais ce qui plaisait aussi chez Marilyn c'était son image de jeune femme avec une âme en perdition. Fragile, bouleversée, rongée par la détresse, Monroe aurait pu être sauvée par bon nombre d'hommes... Tous devenus fous face au caractère presque bipolaire de l'actrice.

Son style de proie ? Les hommes de pouvoir, les acteurs célèbres comme Paul Newman ou Marlon Brando. Mais aussi les écrivains, comme son troisième époux Arthur Miller ou les sportifs version italien : Joe Dimaggio. Marilyn Monroe aimait plaire aux hommes et voulait toujours être sensuelle, sexy et désirable à leurs yeux. Née sans connaitre son père, elle a longtemps chercher a retrouver celui-ci au travers des hommes qu'elle séduisait.

Ses conquêtes ? Beaucoup. Trop nombreuses, avec également bon nombres de rumeurs, on en a ici sélectionné 29. Et c'est déjà pas mal ! Des hommes comme Yves Montand ou Eddie Fisher en passant par des femmes, des belles. On pense surtout à Brigitte Bardot ou Joan Crawford.

Avec qui elle aurait pu roucouler ? Si le mythe Marilyn Monroe ne s'était pas terminé trop tôt, on aurait bien imaginé celle-ci flirter avec des hommes plus jeunes. Une sorte de cougar version icône glamour. L'actrice aurait dû avoir 86 ans cette année, elle aurait donc pu flirter avec un beau gosse d'une cinquantaine d'années, connu pour son image de Don Juan. George Clooney m'entends-tu ?

Le tableau de chasse de Marilyn Monroe :

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Paul Newman / Robert Wagner / Peter Lawford

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Porfirio Rubirosa /  Dean Martin / Mickey Rooney

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Jeanne Carmen / Eddie Fisher / Jim Dougherty

De 1941 à 1946, Marilyn Monroe est mariée à James Dougherty, surnommé "James le veinard" suite à son mariage avec cette dernière. Mais Marilyn ayant beaucoup souffert de l'abandon plus jeune ne supporta pas quand son époux parti s'engager dans la Marine. Elle expliqua plus tard que "son mariage n'était ni heureux ni malheureux" et cette première séparation officielle ne fut qu'une simple formalité.

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Darryl F Zanuck (1946) / George Jessel (1948) / Joseph Schenck (1948) 

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Milton Berle (1948) / Natasha Lytess (1949) / Tony Curtis (1949-1950)

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Milton Greene (1949) / Paul Sanders (1950) / Elia Kazan (1951)

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Joe DiMaggio (1952-1954) / Robert Mitchum (1954) / Joan Crawford (1954)

Joe DiMaggio est le deuxième mari de Marilyn Monroe. Le couple se rencontre en 1953 et ils se marièrent en janvier 1954. Ce joueur de baseball professionnel a divorcer pour se mettre avec Marilyn... Un mariage qui finalement ne durera que 9 mois. Malgré un divorce à l'amiable, le tribunal accuse officiellement Monroe de "cruauté mentale".

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Arthur Miller / Marlon Brando (1955-1962) / Yul Brynner (1957)

De 1955 à 1961 Marilyn Monroe est avec son troisième et dernier mari: Arthur Miller. Une relation tumultueuse née alors, entre amour et infidélités. Finalement, l'écrivain dit les pires horreurs au sujet de sa femme: "C'est un monstre narcissique et méchant qui a pris mon énergie et m'a vidé de mon talent".

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Franck Sinatra (1959-1961) / Yves Montand (1960)

En 1960 Marilyn Monroe flirte avec Yves Montand, pendant le tournage du film "Le Milliardaire". Simone Signoret la compagne de celui-ci déclara "Si Marilyn est amoureuse de mon mari, c'est la preuve qu'elle a bon goût.". Montand se lassa finalement des sentiments de Monroe à son égard et retourna avec Signoret. 

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John F Kennedy (1961-1962) / Robert F Kennedy (1962)

De 1961 à 1962, Marilyn Monroe créa le scandale en sortant avec le Président des USA : John F. Kennedy. Une relation très complexe qui selon certaines personnes est même à l'origine de la mort de l'actrice.


07 février 2014

Darryl F. Zanuck Citation 1

*co-fondateur de la Fox et directeur de la production (jusqu'en 1956).

Nobody discovered her. She earned her own way to stardom.

darryl_zanuck

Personne ne l'a découverte. Elle a pavé elle-même le chemin qui l'a amenée à la célébrité.

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25 avril 2013

1960 Interview de Georges Belmont

C'est par l'intermédiaire de Ruppert Allan, chargé de la promotion de Marilyn, qu'eut lieu en 1960 la grande interview entre Marilyn Monroe et Georges Belmont. Ce dernier était alors rédacteur en chef de la revue Marie-Claire, qui publiera l'interview dans le numéro 72 d'octobre 1960. L'interview se déroula pendant le tournage du film Let's Make Love (Le milliardaire) qui connut un succès particulier en France en raison de l'interprétation d'Yves Montand.
Georges Belmont réussit bientôt à gagner la confiance de Marilyn. Il faut dire qu'il lui avait promis de mettre à sa disposition une transcription de l'interview et en outre de s'en tenir rigoureusement dans le texte écrit à la formulation orale de ses propos. La base était donc bonne. Tous ceux qui, par la suite, prirent connaissance de cet entretien, durent reconnaître avec étonnement qu'ils n'avaient jamais entendu Marilyn parler d'elle-même avec tant de naturel.
Voilà comment Georges Belmont dépeint l'ambiance : "Je la laissais parler. La seule pression dont j'usais était le silence. Quand elle s'arrêtait de parler, je ne disais rien et, au bout du silence, quand elle n'en pouvait plus, ce qui venait alors était souvent capital et terriblement émouvant presque toujours."

Marilyn Monroe: J'aimerais mieux répondre à des questions. Je ne sais pas raconter, c'est terrible... par ou commencer? Comment? Il y a tant de ramifications...

Georges Belmont: Tout de même, il y a eu un commencement : votre enfance.

Marilyn Monroe: Même cela, personne n'en saurait rien, sans un pur hasard.
Longtemps, mon passé, ma vie sont restés totalement inconnus. Jamais je n'en parlais. Sans raison particulière. Simplement, je trouvais que c'etait mon affaire et pas celle des autres. Puis un jour, un M. Lester Cowan a voulu me mettre dans un film avec Groucho Marx, 'Love Happy'. J'avais déjà été sous contrat avec la Fox et la Columbia, à l'époque, mais saquée... C'était un petit rôle qu'il m'offrait, ce M. Cowan, mais il tenait à m'avoir sous contrat. Donc, il téléphone. J'etais encore très jeune et il me dit qu'il voulait parler à mon père et à ma mère. Je lui dis : "Impossible." - "Pourquoi?" insiste-t-il. Je lui ai expliqué alors brièvement la chose : "Je n'ai jamais vécu avec eux." C'était la vérité et je ne vois toujours pas ce que cela avait de sensationnel. Mais il téléphona à la chroniqueuse Louella Parsons et lui raconta toute l'histoire. Cela parut dans la "colonne" de Louella. C'est comme ça que tout a commencé. Depuis, on a débité tant de choses fausses que, mon Dieu, oui, pourquoi ne pas dire la vérité maintenant?

Georges Belmont: Quelles sont les premières images de vous, enfant, que vous gardiez?

Marilyn Monroe (long silence) : Mon premier souvenir?... C'est un souvenir de lutte pour la vie. J'etais toute petite... un bébé dans un petit lit, oui, et je luttais pour ma vie. Mais j'aimerais mieux ne pas en parler, si cela vous est égal : c'est une chose cruelle qui ne regarde que moi et personne d'autre, comme je disais. Ensuite, aussi loin que je remonte, je me revois dans une poussette, en longue robe blanche, sur le trottoir de la maison ou je vivais dans une famille qui n'était pas la mienne. C'est un fait que je suis une enfant naturelle. Mais tout ce que l'on a dit de mon père, ou de mes pères, est faux. Le premier mari de ma mère s'appellait Baker. Le second, Mortenson. Mais elle avait depuis longtemps divorcé d'avec les deux quand je suis née. On a raconté que mon père était norvégien, sans doute à cause du nom Mortenson, et qu'il était mort dans un accident de moto, peu après ma naissance. J'ignore si c'est vrai de Mortenson, n'ayant jamais eu de lien de parenté avec lui. Quant à l'indentité de mon vrai père, là encore, si vous le voulez bien, je vous prierai de ne pas m'interroger ; cela n'intéresse que moi. Cependant, il y a deux faits qui peuvent expliquer certaines... confusions. D'abord, on m'a toujours dit dans ma petite enfance que mon père s'était tué dans un accident d'automobile à New York, avant ma naissance. Ensuite, curieusement, mon bulletin de naissance porte, en réponse à une mention "Profession", le mot Baker, qui était le nom du premier mari de ma mère, mais qui veut dire aussi "boulanger". Quand je suis née, enfant naturelle ainsi que je l'ai dit, ma mère devait me donner un nom. Mon sentiment est que, forcée de penser vite, elle donna : "Baker". Pure coincidence, puis confusion de la part de l'officier d'état civil... C'est du moins ce que je pense.

Georges Belmont: Votre mère... J'ai lu quelque part que, pour vous, elle n'était que "la femme aux cheveux roux"?

Marilyn Monroe: Je n'ai jamais vécu avec ma mère. On a dit le contraire, mais cela seul est vrai. Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, j'ai toujours vécu en pension chez des gens. Ma mère avait des... troubles mentaux. Elle est morte maintenant. Mes grands-parents maternels sont morts tous les deux fous, enfermés. Ma mère, aussi, il fallut l'interner. Elle sortait parfois, et puis elle... rechutait. Alors, vous savez comme c'est... toute petite, je disais en montrant la première femme venue : "Oh! une maman!", et le premier homme : "Oh! un papa!". Mais un matin, je devais avoir trois ans, pas plus, on me baignait et je dis "maman" à la femme qui s'occupait de moi à l'époque. Elle me répondit : "Je ne suis pas ta maman. Appelle-moi 'tante'." - "Mais lui est mon papa?" dis-je ne montrant son mari. - "Non", me dit-elle. "Nous ne sommes pas tes parents. Celle qui vient te voir de temps en temps, la femme aux cheveux roux, celle-là est ta maman." Ce fut un choc d'apprendre cela, mais comme elle venait très rarement, c'est vrai que, pour moi, elle resta surtout "la femme aux cheveux roux". Tout de même, j'essayais qu'elle existait. Seulement, plus tard, quand on me mit dans un orphelinat, j'ai eu un autre choc. Je savais lire, alors. Quand j'ai lu "orphelinat" en lettres d'or sur fond noir, il a fallu me traîner, je hurlais : "Je ne suis pas une orpheline! J'ai une maman!" Mais par la suite, j'ai fini par penser : "Il faut croire qu'elle est morte..." Et, plus tard encore, des gens me disaient : "Ta mère, mieux vaut que tu l'oublies." - "Mais ou est-elle?" demandais-je. - "N'y pense plus, elle est morte." Après quoi, tout à coup, j'avais de ses nouvelles... Et il en fut ainsi pendant des annèes. Je la croyais morte et je le disais. Et elle vivait. Ce qui fait qu'on a prétendu que j'avais inventé qu'elle était morte, parce que je ne voulais pas avouer où elle était. Idiot!
En tout cas, j'ai eu... attendez que je compte... dix, non onze "familles". La première vivait dans une petite ville du comté de Los Angeles ; je suis née à Los Angeles. Il y avait avec moi un petit garçon que ces gens adoptèrent ensuite. Je suis restée avec eux jusqu'à l'âge de sept ans environ. Ils étaient affreusement sévères. Sans méchanceté. C'était leur religion. Ils m'élevèrent à leur manière, durement, en me corrigeant souvent comme on ne devrait jamais le faire, à mon avis: à coup de ceinturon de cuir. Finalement, cela se sut ; on me retira pour me confier à un couple anglais, à Hollywood. Ceux-là étaient des acteurs, des figurants plutôt, avec une fille de vingt et un ans qui était la doublure de Madeleine Carroll. Chez eux, c'était la vie sans souci, et assez tumultueuse. Cela me changeait de la première famille ou on ne pouvait même pas parler de cinéma ou d'acteurs, ni de danser ou de chanter, sauf des psaumes. Mes "nouveaux parents" travaillaient dur, quand ils travaillaient et jouissaient de la vie le reste du temps. Ils aimaient danser, chanter, boire, jouer aux cartes et avoir beaucoup d'amis. Avec l'éducation religieuse que j'avais reçue, j'étais terrifiée : je les voyais tous en enfer! Je passais des heures à prier pour eux. Je me rappelle une chose... au bout de quelques mois, je crois, ma mère acheta une petite maison où tout le monde alla vivre. Pas pour longtemps ; trois mois au plus. Cette fois encore, ma mère dut être... emmenée. Et même pendant ces trois mois, je la vis à peine. Bref, ce fut un grand changement. Après son départ, nous regagnâmes Hollywood. Ces anglais me gardèrent tant qu'il y eut de l'argent... l'argent de ma mère, de ses biens et d'une assurance qu'elle avait souscrite. C'est avec eux que j'ai fait la connaissance du cinéma. Je n'avais pas huit ans. Ils me déposaient devant une des grandes salles d'Hollywood, L'Egyptien ou le Grauman's Chinese tôt le matin. Toute seule, je regardais les singes en cage devant l'Egyptien, ou j'essayais de placer mes pieds dans les moulages de ceux des stars, à l'entrèe du Grauman's: mais je n'y arrivais jamais, j'avais de trop grands souliers... C'est drôle de penser que mes empreintes y sont, et que maintenant, d'autres petites filles font peut-être comme moi autrefois.
Ils me conduisaient donc là chaque samedi et dimanche. C'était repos pour eux et j'imagine qu'ils ne voulaient pas s'encombrer d'un enfant à la maison. D'ailleurs, cela valait probablement mieux pour moi.
J'attendais l'ouverture, je donnais mes dix cents et m'installais au premier rang. J'ai vu toutes sortes de films comme cela. Je me souviens de 'Cléôpatre', avec Claudette Colbert.
Je restais là, tard, séance après séance. J'étais censée rentrer avant la nuit. Mais comment pouvais-je savoir quand c'était la nuit?! Et puis, on était bien; et même si je ne pouvais rien acheter quand j'avais faim, je savais qu'on me garderait de quoi manger. Alors, je restais. J'avais mes stars préférées. Jean Harlow!... Mes cheveux étaient platines ;on m'appelait "Tête d'étoupe". Je détestais ça, je rêvais de cheveux blond doré... jusqu'à ce que je l'ai vue : si belle, et platine, comme moi!... Et Clark Gable! J'éspère qu'il ne m'en voudra pas si je dis que je voyais en lui mon père, je n'étais qu'une gamine, et, d'après Freud, il n'y a pas mal à cela, au contraire! Je rêvais que mon père lui ressemblait, ou même qu'il était mon père... ce qui me rappelle que c'est curieux, mais je n'ai jamais rêvé que personne fût ma mère... Ou en étais-je?!

Georges Belmont: Le couple anglais. Quand il n'y a plus eu d'argent...

Marilyn Monroe: Oui. On m'a mise à l'orphelinat. Oh! mais, attendez! Oh!... non! Quand ces anglais n'ont plus pu me garder, je suis allée vivre chez des gens à Hollywood. Des gens de la Nouvelle-Orléans. Je m'en souviens parce qu'ils prononçaient "New Orlinns".
Mais je n'y suis pas restée longtemps. Trois, quatre mois. Je me rappelle seulement que le mari était opérateur de cinéma et que, tout à coup, on m'a conduite à l'orphelinat. Je sais, certains prétendent que ce n'était pas un endroit si affreux. Mais je sais aussi que la maison a beaucoup changé ; peut-être est-ce moins sinistre à présent... bien que l'orphelinat le plus moderne du monde demeure un orphelinat, si l'on voit ce que je veux dire.
La nuit, quand les autres dormaient, je restais à la fenêtre du dortoir et je pleurais parce que, loin et haut par-dessus les toits, je voyais briller les lettres des studios R.K.O. et que ma mère y avait travaillé come monteuse. Des annèes après, en 1951, quand je tournais 'Clash by night' pour R.K.O., je suis montée là-haut pour essayer de voir l'orphelinat; mais il y avait de trop grands buildings. J'ai lu, je ne sais où, que nous n'étions pas plus que trois ou quatre par chambre dans cet orphelinat. C'est faux. J'étais dans un dortoir de vingt-cinq lits, dont on pouvait faire le tour si on le méritait, en remontant du lit n°1 au lit n°27, qu'on appelait le "lit d'honneur". Et du 27, si l'on était très sage, on pouvait espérer passer dans un autre dortoir avec moins de lits. J'y ai réussi une fois. Mais un matin, où j'étais en retard, je pense, et où je laçais mes chaussures, la surveillante me dit : "Descendez!" Je tentai de lui expliquer: "Mais il faut que j'attache mes souliers!" Elle me foudroya : "retour au lit n°27!".
Le lever était à 6 heures et nous devions faire certaines corvées avant d'aller à l'école. Nous avions chacune un lit, une chaise et une armoire. Tout cela devait être très propre, astiqué, à cause des inspections à l'improviste. J'ai nettoyé le dortoir pendant un temps. Tous les jours, bouger les lits, balayer, épousseter. Les salles de bain, c'était plus facile: moins de poussière, à cause du sol en ciment. J'ai travaillé également aux cuisines. Je lavais la vaisselle. Nous étions cent: je lavais donc cent assiettes et autant de cuillères et de fourchettes... pas de couteaux ni de verres; nous buvions dans les quarts. Seulement, à la cuisine, on gagnait des sous: cinq cents par mois et à cela, après qu'on vous retenait un cent pour l'école du dimanche. Bref, on se retrouvait avec un cent au bout du mois, s'il n'y avait que quatre dimanches; de quoi acheter peut-être un petit cadeau pour sa meilleure amie, à Noël, en économisant. Je ne peux pas dire que j'étais très heureuse. Je n'étais pas bien avec les surveillantes. Mais la directrice était très gentille. Je me souviens, qu'un jour, elle me fait appeller dans son bureau et me dit: "Vous avez une très jolie peau, mais un peu luisante. Nous allons y mettre un soupçon de poudre, pour voir." Je me sentais honorée d'être là. Elle avait un petit pékinois qu'on empêchait d'aller avec les enfants parce qu'il les mordrait, mais qui me fit des tas d'amitiés. Comme j'adorais déjà les chiens, imaginez!... J'étais si honorée, vraiment, que je marchais dans les airs.
Un peu plus tard, j'ai voulu m'évader avec d'autres camarades. Pour aller où ? Nous n'en avions pas la moindre idée. Le temps de traverser une grande pelouse, nous étions déjà rattrapées. Quand on me ramena, je suppliais: "Ne le dites pas à la directrice!" - parce que je la voyais encore me sourire en me tapotant le nez avec sa houpette, et parce qu'elle m'avait laissé caresser son petit chien.
Même maintenant, cela revient parfois, quand je suis trop nerveuse ou surexcitée. Une fois, j'avais un petit rôle, avec une scène où je devais gravir un escalier; j'ai oublié ce qui arriva, mais le metteur en scéne assistant se précipita vers moi en me criant des mots et j'en fus si bouleversée que, au moment de la reprise, impossible de dire la réplique! Rien qu'un affreux bafouillis. Sur quoi, le metteur en scène, furieux, se précipite à son tour et crie : "Tout de même, vous ne bégayez pas?" - "V-v-vous croyez ça?" lui ai-je dit. C'était horrible! Et ça l'est encore, quand je parle trop vite ou quand je dois faire un discours. Pénible!...
(Silence) Je voudrais qu'on en ait fini avec cette partie de ma vie...
(Silence)
Je suis restée environ un an et demi dans cet orphelinat. Nous allions à l'école. C'est très mauvais pour les enfants d'une institution comme celle là, d'aller à l'école publique. Les autres nous montraient du doigt et serinaient : "Oh, v'là les orphelins!" Nous avions honte.
A l'école, j'aimais bien le chant et l'anglais. Je détestais le calcul ; je n'avais pas l'esprit à ça ; pendant les leçons, mes rêves s'envolaient par la fenêtre. Mais j'étais bonne en gymnastique et en sport. J'étais très grande. A l'orphelinat, le premier jour, on n'a pas voulu me croire quand j'ai dit mon âge: neuf ans. On m'en donnait quatorze. Je mesurais presque ma taille actuelle: 1m63. Mais j'étais très maigre jusqu'à onze ans, où les choses ont changé. Je n'étais plus à l'orphelinat, à cet âge. Je m'étais tellement plainte à ma tutrice qu'elle me sortit de là. C'était une vieille amie de ma mère. Grace McKee. Elle est morte il y a onze ans. A l'époque où elle était devenue ma tutrice, elle était chef monteuse chez Columbia. Puis on la renvoya et elle a épousé alors un homme de dix ans plus jeune qu'elle et père de trois enfants. Ils étaient très pauvres et, pour cela, ne pouvaient s'occuper de moi. En outre, je pense qu'elle estimait que son premier devoir allait à son mari et aux enfants de celui-ci, ce qui est normal. Néanmoins, elle était merveilleuse pour moi, à bien des égards. Sans elle, j'aurais pu me retrouver Dieu sait où, à l'Assistance Publique jusqu'à 18 ans.
A mon orphelinat, qui était privé, elle venait me voir et me sortait. Pas souvent, mais tout de même... cela me donnait du courage. Je n'avais que neuf ou dix ans, et elle me laissait jouer avec son rouge à lèvres ou me menait chez le coiffeur pour une ondulation... chose inouïe, d'abord parce que c'était interdit, et puis parce que j'avais les cheveux raides: alors vous imaginez ce que cela représentait! De plus, c'est elle qui me retira de l'orphelinat, après mes plaintes, ainsi que je l'ai dit. Naturellement, cela signifia d'autres "familles". Je me souviens d'une où je restais trois ou quatre semaines. Je m'en souviens à cause de la femme qui allait livrer des choses que son mari fabriquait. Elle m'emmenait avec elle, et oh! la voiture me rendait si malade!...
J'ignore si on les payait pour me garder. Je sais seulement que, après eux, j'ai tout le temps changé de maison. Certaines familles me prenaient à la fin d'un trimestre scolaire et en avaient assez, après les vacances; ou peut-être étais-ce l'arrangement. Par la suite, le comté de Los Angeles m'a prise en charge. C'était pire: je détestais ça. Même à l'orphelinat, quand j'allais à l'école, j'essayais toujours de ne pas avoir l'air d'une orpheline. Mais maintenant, une femme arrivait et disait: "Voyons, voyons... lève les pieds" et elle marquait: "Paire de chaussures". Puis: "A-t-elle un chandail ?" Ou encore: "Je crois que la pauvre fille aurait bien besoin de deux robes, une pour l'école, une pour le dimanche." Et les chandails étaient en coton et laids, les robes semblaient taillées dans de la toile de sac... Terrible! Et les chaussures! Je disais: "Je n'en veux pas!" Je m'arrangeais toujours pour me faire donner des robes, des robes de grandes personnes, qu'on recoupait à ma taille. Et la plupart du temps, j'avais des souliers de tennis: on en trouvait pour moins d'un dollar. Je devais être une drôle de fille, à cette époque. Très grande, comme je l'ai dit. Pas grimacière pour la nourriture. Mangeant de tout. Je le sais parce que, dans presque toute les familles, on disait que jamais on avait vu une enfant aussi peu difficile. Je sais aussi que j'étais très tranquille, avec les grandes personnes en tout cas. On m'appelait "la souris". Je parlais peu, sauf quand j'étais avec d'autres gosses. Alors je n'étais plus la même. Ils aimaient jouer avec moi. J'avais de l'invention; je disais: "On joue au divorce, au crime!" et eux me regardaient: "Mais où vas-tu prendre ça?".
J'étais probablement très différente des autres. Alors que les enfants refusent en général d'aller se coucher, jamais je ne rechignais. Au contraire, de moi-même je disais: "Je crois que je vais aller me coucher." J'aimais la solitude de ma chambre, et mon lit. J'aimais surtout me jouer le dernier film que j'avais vu. Debout sur mon lit, plus grande que jamais, je jouais tous les rôles, y compris ceux des hommes, et j'ajoutais des inventions de mon cru. J'adorais cela, tout comme jouer la comédie dans les fêtes scolaires.
Là, toujours à cause de ma taille, j'ai joué le roi une fois, et une autre fois le prince. J'ai eu une période heureuse, dans cette partie de ma jeunesse: celle où j'ai vécu chez "tante" Anna. C'était une vielle femme de soixante ou soixante-cinq ans, parente de Grace McKee. Elle m'aimait beaucoup et j'y étais très sensible. Elle me comprenait. Elle n'oubliait jamais qu'elle avait été jeune et ses merveilleuses histoires, tristes ou gaies, de ce temps passé, me fascinaient. Le soir, quand je faisais la vaisselle, j'étais si heureuse que je chantais ou sifflais par la fenêtre de la cuisine, et qu'elle disait: "Quel pinson! Je n'ai jamais rien entendu de pareil!". C'est vers la fin de cette période qu'on m'a mariée. Il y a peu de choses à dire de ce mariage. Grace McKee et son mari devaient partir pour la Virginie. A Los Angeles, ils touchaient vingt dollars du comté pour moi; si je partais avec eux, nous perdions cet argent. Comme ils n'étaient pas assez riches pour me faire vivre mais qu'ils m'aimaient bien, il fallait trouver un moyen de me "caser". En Californie, une jeune fille peut se marier à seize ans. On m'a donc donné le choix: ou entrer dans un Orphelinat d'Etat jusqu'à dix-huit ans ou me marier. J'avais presque seize ans; j'ai choisi le mariage.
Il s'appelait Dougherty, il avait vingt et un ans et travaillait dans une usine. Peu de temps après, ce fut la guerre. D'abord mobilisé comme moniteur d'éducation physique, il fut versé ensuite dans l'armée active, mais échoua finalement dans la marine marchande. Peu avant la fin de la guerre, j'allais à Las Vegas et obtins le divorce. J'avais vingt ans. Aujourd'hui, il est agent de police. J'ai travaillé en usine pendant la guerre. J'ai commencé par vérifier des parachutes, pour avions-cibles, pas pour hommes. Puis, je suis passée au "collage", comme on appelait ça... un enduit qu'on étalait sur ce qui servait à fabriquer les avions-cibles. C'était fastidieux et il y avait une mauvaise ambiance humaine. Les femmes parlaient surtout de l'emploi de leurs soirées et du prochain week-end. Je travaillais tout près de l'atelier de peinture au pistolet... rien que des hommes. Ils m'écrivaient des mots et s'arrêtaient de peindre, etc.
C'était si monotone que je travaillais vite, pour me débarrasser. Le résultat fut inattendu. On a dû trouver que j'abattais un travail formidable. Il y a eu une assemblée générale du personnel et le directeur m'a citée pour "bonne volonté exemplaire" et m'a remis une insigne en or et un bon du Trésor de vingt-cinq dollars. Les autres filles ont été folles de jalousie et m'ont mené la vie dure, après cela. Elles ricanaient et faisaient exprès de me bousculer quand j'allais remplir mon pot d'enduit; pour le renverser sur moi. Oh, j'ai souffert! Et puis, un jour, l'Armée de l'Air a voulu des photos de notre usine. Je revenais d'un congé, on m'appelle au bureau: "Où vous cachiez-vous?" Morte de peur, je réponds: "J'étais en permission régulière!"- ce qui était vrai. On me dit: "Là n'est pas la question. Voulez-vous poser pour des photos?" Bref, les photographes arrivèrent et prirent des photos. Ils en réclamèrent d'autres, hors de l'atelier. Moi, j'avais peur de m'attirer des ennuis si je quittais mon travail. J'ai refusé, j'ai dit: "Demandez la permission." Ils l'ont obtenue et j'ai passée plusieurs journées à poser ici, là, et à tenir des trucs, pousser des trucs, tirer des trucs...
Les photos étaient développées dans les laboratoires Eastman-Kodak. Et là, les gens ont demandé qui était le modèle et en ont parlé aux photographes; si bien que l'un d'eux - David Conover - est revenu me dire: "Vous devriez faire le modèle. Vous gagneriez facilement cinq dollars de l'heure." Cinq dollars de l'heure, alors que j'en gagnais vingt par semaine, pour dix heures de travail par jour, les pieds sur le ciment! Il y avait de quoi tenter la moins folle des filles.
Je m'y suis mise peu à peu. C'était la fin de la guerre. J'ai quitté l'usine. Je me suis présentée à une agence. J'ai eu du travail. Photos publicitaires. Calendriers... Pas celui qui a fait tant de bruit; nous y viendrons. D'autres, où j'étais brune, rousse, blonde. Et je gagnais vraiment cinq dollars de l'heure! De temps à autres, je pouvais réaliser un de mes rêves: me payer des leçons d'art dramatique... quand j'avais assez d'argent, car ça coûtait cher, dix dollars de l'heure! Je faisais la connaissance de gens très différents de ce que j'avais connus jusqu'alors. Des bons et des mauvais. Souvent, quand j'attendais un bus à un coin de rue, une voiture s'arrêtait et l'homme au volant me débitait une histoire: "Qu'est-ce que vous fabriquez là? Vous devriez être dans les films." Ensuite, il proposait de me ramener. Moi, je répondais toujours: "Non merci. J'aime mieux le bus." Mais tout de même, l'idée du cinéma cheminait dans ma tête. Une fois, je me souviens, j'ai accepté un rendez-vous dans un studio avec un homme rencontré de cette façon. Il devait être très persuasif. J'y suis allée. C'était un samedi et il n'y avait pas un chat dans ces studios. J'aurais dû me méfier, mais j'étais naïve à bien des points de vue. Bref, je trouve mon homme qui me conduit dans un bureau. Nous étions seuls. Il me tend un scénario en disant que je devrais faire l'affaire pour un rôle, mais qu'il faut voir. Sur quoi, il me demande de lire le rôle, tout en insistant pour que je relève ma robe et que je la garde comme ça. C'était en été et j'avais un maillot de bain sous ma robe. Mais comme il répétait: "Plus haut!" j'ai pris peur et, toute rouge, je me suis entêtée de mon côté: "Seulement si je garde mon chapeau!" C'était idiot, mais j'avais vraiment peur et j'étais déséspérée. Je devais être ridicule, assise là et cramponnée à mon chapeau. A la fin, il s'est mis en fureur, ce qui a achevé de me terrifier, je me suis sauvée et j'ai signalé l'affaire à l'agence. On a téléphoné aux studios, et ailleurs, pour essayer de le retrouver. Impossible. Il devait avoir un ami dans la place qui lui avait permis d'utiliser son bureau. L'incident me bouleversa à tel point que, pendant assez longtemps, je résolus de ne jamais être actrice. C'est une dure époque de ma vie. Je déménageais tout le temps, d'un meublé à l'autre. L'hôtel était trop cher.
Et puis le hasard a fait qu'on m'a vue sur la couverture de cinq magasines différents le même mois et la Fox a téléphoné. Je me suis retrouvée sur un banc de bois avec des gens de tout âge et de toutes dimensions qui attendaient comme moi. On a attendu lontemps avant que Ben Lyon, qui dirigeait le recrutement, sorte de son bureau. A peine sorti, il a dit en me montrant du doigt : "Qui est-ce?" Je portais une petite robe blanche en piqué que "Tante" Anna - j'étais revenue vivre chez elle quelque temps - avait lavée et repassée à toute vitesse; tout cela était arrivé si rapidement que je n'aurais jamais pu préparer la robe et me préparer en même temps; "Tante" Anna m'avait dit: "Je m'occupe de la robe. Occupe-toi de tes cheveux et de ton maquillage."
Je me sentais plutôt défaite aprés cette longue attente. Mais Lyon fut très gentil. Il me dit qu'il me trouvait si fraîche, si jeune, etc... Il dit même : "vous êtes la première que je découvre depuis Jean Harlow." Jean Harlow, entre nous, est ma préférée d'autrefois!
Le lendemain, bien qu'il eût fallu normalement le consentement du Président directeur général ou de je ne sais qui, Lyon me glissa dans une série de bouts d'essais en technicolor et, presque aussitôt, la Fox me signa un contrat. Un contrat de star, pour un an!
En pure perte d'ailleurs. Je n'ai jamais su pourquoi, jamais compris. Ils engageaient des tas de filles et de garçons et les laissaient tomber sans leur accorder une seule chance. Ce fut mon cas. Mise à la porte, j'essayai de voir M. Zanuck. Impossible. Chaque fois, on me répondait qu'il était à Sun Valley. Semaine après semaine je revins à l'assaut : "Navré", me disait-on. "Il est occupé, il est à Sun Valley." J'imagine, il y est encore... bien que je l'ai revu, quand la Fox me reprit sous contrat, après 'Asphalt Jungle'. Il me dit: "Vous avez déjà été ici apparemment ?" - "C'est vrai." - "Que voulez vous, la roue tourne!" et il enchaîna en déclarant que j'avais "quelque-chose", une qualité à trois dimensions qui lui rappelait Jean Harlow; ce qui fut très intéressant puisque ça avait été l'avis de Ben Lyon. Je dois beaucoup à Ben Lyon, il fut le premier à me donner confiance. Je lui doit aussi mon nom actuel. Un jour où nous cherchions pour moi un nom de cinéma, car je ne voulais pas garder celui d'un homme qui n'était pas mon père, j'insistai pour prendre celui du nom de jeune fille de ma mère: Monroe. Je tenais à conserver du moins une forme de lien avec mes parents. Il accepta Monroe, mais ce fut lui qui trouva Marilyn, parce que, dit-il, après Jean Harlow, l'actrice à laquelle je ressemblais le plus était Marilyn Miller, la fameuse vedette des comédies musicales de Broadway. Etrange, quand on y pense que me voilà devenue Marilyn Miller pour l'état civil!
Mais enfin, pour en revenir à notre histoire, j'étais donc sans rien. Saquée par la Fox, saquée par la Columbia un peu plus tard, quoique différemment. La Columbia m'avait du moins donné un rôle dans 'Ladies of the Chorus'. Un film affreux! Je jouais une danseuse de burlesque dont un type de Boston tombe amoureux. Horrible! Mais ce n'était pas la raison de mon départ. Le vrai motif tient à des circonstances plutôt étranges et, mettons, déplaisantes. Je n'en dirai pas plus, si ce n'est que... la vie est pleine de leçons. Je ne voyais pas d'issue. J'étais revenue aux jours les plus durs. J'habitais au Hollywood Studio Club. J'y étais très malheureuse: cela me rappelait l'orphelinat. J'avais des dettes et j'étais très en retard pour mon loyer. Au Club, on vous accorde une semaine de retard et, après, vous recevez un petit mot: "Vous êtes la seule à ne pas apporter votre soutien à notre merveilleuse institution.", etc. Et vous comprenez! Tant que vous vivez là, vous mangez deux fois par jour, petit déjeuner et dîner. Ce n'est pas toujours très bon, mais cela nourrit. Et vous avez un toit et un lit. Sans cela, où aller? Pas de famille. Rien. Personne. Et j'avais faim. Je sais, des gens me disaient: "Pourquoi ne pas chercher un job de vendeuse, quelque part ?" Oui, pourquoi pas ? Une fois j'ai essayé, dans un drugstore: on n'a pas voulu de moi parce que je n'avais pas terminé mes etudes de lycée. Et puis, comment dire ?... ce n'était pas la même chose. J'avais été modèle et surtout je voulais devenir une actrice et il me semblait que, si je retombais, ce serait sans retour. On a raconté beaucoup de fables à propos du fameux calendrier. A l'époque où l'on a découvert la chose, j'avais déjà fait 'Asphalt Jungle' et j'étais de nouveau sous contrat avec la Fox, pour sept ans cette fois. J'entends encore la voix de celui qui m'appela au téléphone, des bureaux de la Publicité: "C'est vrai que vous avez posé pour un calendrier?" - "Bien sûr", dis-je. "Cela vous ennuie?" puis j'ai compris à quel point ils étaient bouleversés, car la voix reprit : "Eh bien, même si c'est vrai, dites que non." - "Mais j'ai signé l'autorisation de vente! Comment voulez-vous que je mente?" Et, si contrariés qu'ils fussent, je dis la vérité. Mais quand les journalistes me demandèrent pourquoi et que je repondi: "J'avais faim", on crut à un bon mot.
Ceux qui me connaissent bien savent que j'ai beaucoup de mal à mentir. Cela m'a coûté assez cher dans la vie. Il m'arrive de passer délibérement des choses sous silence, pour me protéger ou protéger les autres - qui n'a pas envie ou besoin de se protéger? - mais je ne mens jamais. J'avais faim et j'avais quatre semaines de loyer en retard; je cherchais déséspérémment de l'argent. Telle est la vérité. Je me suis rappelée que j'avais posé pour les publicités de bière avec le photographe Tom Kelley, et que sa femme, Nathalie, avait suggéré que je devrais poser sans vêtements, en ajoutant qu'il n'y avait rien de mal à cela et que c'était bien payé: cinquante dollars, la somme dont j'avais besoin. Alors, comme ils avaient toujours été très gentils pour moi, j'ai téléphoné. J'ai commencé par dire à Tom: "Etes-vous sûr qu'on ne me reconnaîtra pas ?" Il l'a promis. Puis j'ai demandé si Nathalie serait là. "Oui." - Mais ça devra être de nuit", ai-je insisté. "Après que vos assistants seront partis. Vous devrez vous debrouillez tout seul avec Nathalie pour les éclairages." Il a dit oui. Je suis venue. Ils se montrèrent d'une compréhension extrêmes; ils me sentaient suffisamment bouleversée. Ils ont étalé un velour rouge. Ce fut vite fait, très simple, et plein de courants d'air. Mais je pus payer le loyer et manger.
Les gens sont drôles. Ils vous posent de ces questions ! Et si vous êtes franches, ils sont choqués ! On me demande: "Qu'est-ce que vous mettez pour vous coucher ? Un haut de pijama ? Le bas ? Une chemise de nuit ?" Je reponds: "Une goutte de Chanel n°5", et l'on croit que c'est encore un bon mot, alors que j'essaie de répondre avec tact à une question grossière et indiscrète. Et puis, c'est vrai ! Mais on ne le croit pas !
Il fut un moment où je commençais à être... reconnue, disons, et où les gens n'arrivaient pas à imaginer ce que je faisais quand je n'étais pas sur le plateau, parce qu'on ne me voyait à aucune première, aucune représentation de presse, aucune réception. C'est simple: j'allais à l'école ! Je n'avais jamais pu finir mes études, alors j'allais à l'Université de Los Angeles. Le soir. Dans la journée, je gagnais ma vie avec des petits rôles dans les films. Je suivais des cours d'histoire de littérature et d'histoire de ce pays; je lisais beaucoup, de grands écrivains. C'était dur d'être à l'heure pour les cours. Je devais me dépêcher. Je quittais le studio à 6h30 et j'avais dû me lever très tôt pour être sur le plateau, prête, à 9 heures du matin. Souvent j'étais morte de fatigue; il m'arrivait même de m'endormir en classe. Mais je me forçais à rester droite et à écouter. J'avais pour voisin un jeune noir, studieux et brillant: il me donnait l'exemple et cela m'aidait à rester éveillée. Entre parenthéses, c'était un humble postier à l'époque; il est aujourd'hui directeur des postes à Los Angeles. Le professeur, Mme Seay, ne savait pas qui j'étais, bien qu'elle trouvât bizzare que des garçons des autres classes passaient parfois la tête à la porte, pendant les cours, pour me regarder en chuchotant. Un jour, elle se décida à interroger mes camarades, qui dirent: "Elle joue dans les films". Surprise, elle déclara: "Et moi qui la prenais pour une jeune fille fraîche émoulue du couvent!" C'est l'un des plus grands compliments qu'on m'ait jamais faits.
Mais les gens dont je parlais tout à l'heure, eux, préféraient voir en moi une starlette frivole, "sexy" et stupide. C'est comme ma réputation d'être toujours en retard. D'abord, tout le temps, non ! On se rappele seulement quand je le suis. Cela dit, je crois en effet que je ne peux pas aller aussi vite que les autres. Ils sautent en voiture, se rentrent dedans, sans répit... Je ne crois pas que nous soyons faits pour vivre comme des machines. D'ailleurs, c'est tellement inutile ! On travaille tellement mieux avec un peu plus de bon sens et de loisirs ! Au studio, si je dois me presser pour répéter ou pour me faire coiffer, maquiller, habiller, j'arrive épuisée sur le plateau. Pendant que nous tournions 'Let's make love', George Cukor, le metteur en scéne, a trouvé plus intelligent de me laisser un peu en retard mais plus fraîche. En tout ce que je fais, j'aime prendre mon temps. On se bouscule trop, de nos jours. C'est pourquoi les gens sont si nerveux et si malheureux en face de la vie et d'eux-mêmes. Comment peut-on faire parfaitement quoi que ce soit, dans ces conditions ? La perfection demande du temps.
J'aimerais devenir une grande actrice, une vraie, et être heureuse aussi parfaitement que possible. Mais qui est heureux ? Le bonheur ! Vouloir devenir une vraie actrice, tout cela demande beaucoup d'effort et de temps.

Georges Belmont: J'imagine que ce portrait de la Duse, au mur, n'est pas ici pour rien ?

Marilyn Monroe: Non. J'ai une grande tendresse pour elle. A cause de sa vie, comme femme et comme actrice. Comment dire ?... Elle n'a jamais fait de concession, dans un cas comme dans l'autre.
Personnellement, quand il m'arrive de réussir quelque chose dans mon métier, j'ai le sentiment de toucher à ce qu'on appelle le sommet du bonheur. Mais ce ne sont que des moments ! Je ne suis pas heureuse, comme ça, en général. Si je suis quelque chose, en général, ce serait plutôt misérable comme un chien ! Mes deux vies, professionelle et privée, me sont si personnelles, sont si étroitement liées, que je ne peux les séparer: l'une réagit constamment sur l'autre.
L'ennui dans mon cas, je pense, c'est que je voudrais tant être merveilleuse ! Je sais que cela fera rire certains, mais c'est vrai. Une fois, à New York, mon avocat me parlait d'histoires d'argent, en déployant une patience d'ange pour m'expliquer ça. A la fin je lui ai dit: "Je n'y comprend rien et je m'en moque. Je sais seulement que je voudrais être merveilleuse!". Dites cela à un homme de loi, il vous croira folle.
Il y a un livre du poète Rainer Maria Rilke qui m'a beaucoup aidée: 'Lettres à un jeune poète'. Sans lui, peut-être croirais-je par moments que je suis folle. Quand un artiste... je m'excuse, mais je considère que je suis presque une artiste, et là encore, on rira sans doute; c'est pourquoi je m'excuse... quand un artiste recherche à tout prix la vérité, il a parfois la sensation de frôler la folie. Mais ce n'est pas vraiment la folie. C'est seulement qu'on s'efforce de faire sortir ce qu'on a de plus vrai en soi-même; et croyez-moi, c'est dur. Il y a des jours où l'on se dit: "Sois vraie, c'est tout !", et ça ne sort pas. Et d'autres jours, c'est si simple !
J'ai toujours eu le sentiment secret de ne pas être absolument sincère. Tout le monde sent cela, de temps à autre, je suppose. Mais dans mon cas, cela va loin parfois... jusqu'à penser que, foncièrement, je ne suis qu'un monstre de fabrication. Lee Strasberg, le directeur de l'Actors Studio me répète souvent: "...Pourquoi es-tu si mécontente de toi-même ?" Et il ajoute: "Après tout, tu es un être humain !" Et moi je lui réponds: "Oui, mais j'ai l'impression que je dois être plus que cela." - "Non!" me dit-il alors. "C'est cela que tu essaies de faire en ce moment ?" - "Il faut bien que j'entre dans la peau du personnage, non ?!" Et il répète encore : "Non ! Tu es un être humain. Pars de toi-même !" La première fois qu'il m'a sorti cela, j'ai crié : "De MOI?" Et il a répondu : "Oui! De TOI !!".
Après Arthur, Lee est probablement celui qui a le plus changé ma vie. C'est pourquoi j'aime tant aller à l'Actors Studio. A New York, j'y vais régulièrement. Je n'ai qu'une envie: faire de mon mieux, toujours, à tout instant. Sur le plateau, dès que la caméra se déclenche, je veux être parfaite, aussi parfaite que possible, jusqu'au bout. Quand j'étais à l'usine, le samedi soir, j'allais au cinéma. C'était le seul moment où je pouvais me distraire, rire, être moi-même. Alors, si le film était mauvais, quelle déception ! Toute la semaine, j'avais attendu et travaillé dur pour me payer cela. Si les acteurs me paraissaient jouer par-dessous la jambe, je sortais déçue comme si l'on m'avait trahie. Que me resterait-il pendant toute une semaine ? C'est pourquoi, aujourd'hui, quand je travaille, je songe toujours à ceux qui travaillent aussi pour pouvoir aligner leur argent au guichet dans l'espoir de s'amuser. Ce que pensent les producteurs et le metteur en scéne, cela m'est assez égal: mais pas ce que penseront les gens en voyant le film. Un jour, j'ai essayé d'expliquer ça à M. Zanuck...
L'amour et le travail sont les seules choses vraies qui nous arrivent dans la vie. Ils font la paire; sinon, c'est boiteux. D'ailleurs, le travail même est une forme d'amour. A l'usine j'ai dit que je me dépêchais d'expédier mon travail parce que c'était fastidieux; mais je me rappelle que, malgré tout, je mettais un point d'honneur à le faire exactement, aussi parfaitement que possible. Et si je rêvais de l'amour, c'était aussi comme d'une chose qui doit être la plus parfaite possible. Quand j'ai épousé Joe DiMaggio, en 1954, il ne jouait déjà plus au base-ball, mais c'était un merveilleux athlète et un être d'une grande sensiblité. Fils d'immigrants italiens, il avait eu une jeunesse difficile. Nous nous comprenions donc assez bien. Ce fut la base de notre mariage. Mais je dis assez bien. Et pour cela ce fut un échec. C'était fini au bout de neuf mois, malheureusement. Je mets le même point d'honneur à mes sentiments qu'à mon travail. Peut-être est-ce pourquoi je suis impétueuse et exclusive. J'aime bien les gens. Et quand j'aime, je pousse l'exclusivité jusqu'à ne plus avoir qu'une seule idée en tête ! Surtout, j'ai envi d'être traitée humainement.
La première fois que j'ai vu Arthur Miller, c'était sur un plateau et je pleurais. Je jouais dans un film 'As young as you feel', et il passait dans les studios avec Elia Kazan. Je pleurais à cause d'une amie dont je venais d'apprendre la mort. On nous présenta. Je voyais tout dans un brouillard. C'était en 1951. Je restai quatre ans sans le revoir, après cela. Nous nous écrivions et il m'envoya une liste de livres à lire. Mais je me rappelle que, constamment, je songeais qu'il me verrait peut-être dans un film... on passerait deux films, ce soir là, et peut-être serais-je dans un et me verrait-il. Alors, quand je travaillais, je faisais encore plus de mon mieux... Je ne sais comment décrire cela. Je l'aimais, depuis le premier jour. Voilà, c'est tout. Jamais je n'oublierai qu'il dit, ce jour là, qu'à son avis, je devrais faire du théâtre et que les gens autour de nous, sur le plateau, rirent en l'entendant. Mais il répéta: "Non, non, c'est très sérieux." Et le ton, son attitude, les circonstances, firent que je sentis en lui un être profondément humain et sensible, et qui m'avait traitée comme une personne humaine et sensible, moi aussi. C'est le mieux que je puisse dire. Mais c'est le plus important. Depuis notre mariage, quand je ne tourne pas, nous menons une vie tranquille et heureuse à New York, et plus encore dans notre maison du Connecticut pendant les week-ends. Mon mari aime travailler tôt le matin. Il se lève en général à 6 heures. Il se repose ensuite dans la journée en faisant la sieste. Comme l'appartement n'est pas grand, j'ai fait insonoriser son bureau. Il a besoin de solitude totale quand il travaille. Moi, je me lève à 8h30 et quelques. Nous avons une excellente cuisinière. Parfois, en attendant mon petit-déjeuner, je vais promener mon chien Hugo. mais quand la cuisinière est de sortie, je me lève plus tôt et je prépare le petit déjeuner pour mon mari; car je trouve qu'un homme ne doit pas s'occuper de ses repas. Je suis très vieux jeu à bien des égards. Je trouve aussi qu'un homme ne doit jamais porter à la main ce qui appartient en propre à la femme, souliers à hauts talons, sac, etc. Il m'arrive de cacher un peigne dans la poche de mon mari, mais c'est tout.
Après le petit déjeuner, je prends un bain, pour changer des jours de travail où je me lève si tôt, parfois à 6h ou 5h du matin, que je dois prendre deux douches, une chaude et une froide pour me secouer. A New York, j'aime à me tremper dans mon bain en lisant les journaux et écoutant des disques. Après, j'enfile une jupe, une blouse, des souliers plats et une veste de polo et, le mardi et le vendredi, je vais à l'Actors Studios, à 11h, ou les autres jours aux cours privés de Lee Strasberg. Je rentre pour le déjeuner, que nous prenons d'habitude ensemble, comme le dîner. Nous écoutons des disques en mangeant. Mon mari aime comme moi la musique classique. Ou le jazz s'il est excellent, bien que nous réservions plutôt cela aux soirées où nous avons des amis qui aiment danser. Souvent, Arthur se remet au travail après sa sieste. Je trouve toujours à m'occuper pendant ce temps. Il a deux enfants de son premier mariage et je m'efforce d'être une bonne belle-mère. Et il y a à faire dans l'appartement. J'aime faire la cuisine, pas tellement à la ville où l'on est trop bousculé, mais à la campagne pour le week-end. Je fais du très bon pain, et les nouilles aussi très bien. Rouler, sécher, la cuisson et la sauce. Ce sont mes deux spécialités. Mais j'aime également inventer... J'adore les assaisonnements ! L'ail ! Souvent, j'en mets de trop pour le goût des autres.
Il arrive que les acteurs avec qui j'étudie une scène pour les cours de Strasberg viennent à la maison, le matin ou l'après-midi et je leur prépare un petit-déjeuner ou le thé... Bref, les journées sont assez remplies. Mais toujours, j'ai soin d'être libre avant le dîner, pour mon mari. Aprés le dîner, parfois nous allons au théâtre ou au cinéma, ou des amis viennent, ou nous allons chez des amis. Mais très souvent, nous restons tout simplement à la maison, tous les deux, à écouter de la musique, parler ou lire. Ou encore, nous marchons dans les rues ou dans Central Park. Nous adorons marcher. Il n'y a pas de routine fixe dans notre vie. Il y a bien des moments où j'aimerai être plus organisée, faire certaines choses à certaines heures etc. Mais mon mari dit que comme ça, au moins, on ne s'ennuie pas ! Alors, tout va bien. Et puis, personellement, les choses ne m'ennuient jamais. Ce qui m'ennuient, ce sont les gens qui s'ennuient. J'aime beaucoup les gens; pourtant, parfois, je me demande si je suis vraiment sociable. La solitude ne me pèse pas. Cela m'est égal d'être seule. Même, j'aime cela. C'est un repos. Cela permet de prendre plus possession de soi-même, de se rafraîchir. Je crois qu'il y a deux aspects dans tout être humain; du moins, c'est ce que je sens dans mon cas. On a envie d'être seul, et en même temps, envie d'être ensemble. C'est un vrai conflit. J'y suis sensible à un point suraigu. C'est pourquoi, j'aime tant mon travail. Quand j'en suis contente, naturellement je me sens plus gaie, plus sociable. Quand ça ne va pas, j'ai envie d'être seule. Et c'est la même chose dans ma vie...

Georges Belmont: En sorte que, pour résumer, si je vous demande quelle impression cela fait d'être Marilyn Monroe, à ce stade de votre vie, que direz-vous?

Marilyn Monroe: Quelle impression cela vous fait-il d'être vous?

Georges Belmont: Parfois je suis content du monde et de moi-même. Parfois, non.

Marilyn Monroe: Et vous êtes heureux comme ça?

Georges Belmont: Ma foi, oui.

Marilyn Monroe: Eh bien, moi aussi. Et comme j'ai trente quatre ans et encore quelques années devant moi, j'éspère, cela me laisse le temps de travailler à devenir meilleure et plus heureuse dans mon métier comme dans ma vie privée. C'est ma seule ambition. Peut-être y mettrais-je le temps, car je suis lente; et je ne veux pas dire par là que ce soit le plus sûr moyen. Mais c'est le seul que je connaisse et qui me donne le sentiment que la vie, après tout, n'est pas sans espoir. 

02 avril 2013

Autour du film River of no return

 La rivière sans retour

Secrets de tournage ...
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 ... et anecdotes

Genèse d'un film non désiré
   C'est le producteur Stanley Rubin qui lança le projet de "Rivière sans retour". Il voulait s'inspirer du classique italien néoréaliste "Le voleur de bicyclette" (réalisé en 1948 par Vittorio De Sica) et en faire une version américaine, transposant l'intrigue au far-west et remplacant la bicyclette volée par les chevaux et les armes des personnages. Parce qu'il avait travaillé sur des films westerns avec certains réalisateurs, Stanley Rubin portait son choix au départ sur William Wellman, Raoul Walsh, ou Henry King; et il n'était pas très emballé par Otto Preminger qui, pour lui, était excellent pour filmer des films noirs melodramatiques, mais pas un film western d'aventures. Mais c'est Darryl F. Zanuck, producteur de la 20th Century Fox, qui imposa Otto Preminger à la réalisation.
Le film disposait d'un budget colossal: 3 800 000 de dollars.
   Le monteur Dann Cahn avait recommandé Marilyn Monroe, avec qui il sortait, pour la série "Your Show Time" en 1949. Le producteur Stanley Rubin l'avait auditionnée mais pas selectionnée, à cause de son manque d'expérience. Stanley Rubin tenta alors de rattraper son erreur et appuya le nom de Marilyn Monroe pour qu'elle fasse partie du casting de "La rivière sans retour".
ronr_mm   Le projet de "Rivière sans retour" ne semblait pas trop enthousiasmer Marilyn Monroe. Le film sera d'ailleurs l'unique western de sa carrière où elle tient l'exclusif rôle féminin (bien que l'on peut relever la comédie "A Ticket to Tomahawk" tourné en 1950 dans lequel elle tient un rôle secondaire). Mais en dépit des succès de "Niagara" et de "Les hommes préfèrent les blondes", l'actrice n'était pas en position de discuter son contrat avec la Fox, et elle devait se plier aux volontés du producteur Darryl Zanuck. Néanmoins, elle pouvait porter un droit de regard sur le scénario et elle restait tout de même emballée à l'idée de travailler avec Robert Mitchum qui, avant de devenir acteur, avait été un collègue de son premier mari Jim Dougherty chez Lockheed Aircraft. D'ailleurs, on raconte que c'est Marilyn qui aurait imposé Mitchum, alors que celui-ci était engagé auprès de la RKO. Elle était en revanche moins ravie d'être dirigée par Otto Preminger, qui avait déjà la mauvaise réputation d'un réalisateur très exigeant et misogyne.
  D'ailleurs, quant à Otto Preminger, il venait de goûter aux joies de la liberté en produisant lui-même son film "The Moon is blue" ("La lune était bleue"). Et il s'est vu contraint, comme Marilyn, de tourner "Rivière sans retour" pour honorer son contrat avec la 20th Century Fox, à qui il "devait" un nouveau film. C'est donc sans grande ambition qu'il s'engage dans un tournage qui va d'ailleurs s'avérer infernal. Cependant, Preminger aurait tout de même porté un intérêt au film seulement après avoir lu le scénario et il approuva le choix du casting avec Robert Mitchum et Marilyn Monroe dans les rôles principaux. Darryl Zanuck lui avait fait miroiter la technologie du nouveau Cinémascope, et certains critiques noteront que Preminger avait plus envie de filmer le paysage spectaculaire que d'arracher une interprétation dramatique à ses acteurs.
   Le tournage ne sera pas de tout repos: malentendus, retards, mauvaises conditions climatiques (il pleuvait sans cesse), ainsi que plusieurs incidents et accidents qui émailleront le tournage au Canada. Pour ces raisons, le film va prendre beaucoup de retard. D'ailleurs, l'ambiance suscitée par ces affrontements est si catastrophique, et les retards qui en découlent si importants, que Mitchum finira par rebaptiser le projet "Picture of no return" ("Le film sans retour"). 

Un réalisateur exigeant et tyrannique
 ronr_preminger  Otto Preminger était célèbre pour ses tournages très minutés. Faire ce film fut une épreuve pour toutes les personnes qui y furent impliqués. Paul Helmick, l'assistant à la mise en scène, raconta à Lee Server, le biographe de Robert Mitchum, que: "Otto Preminger était quelqu'un de très pénible. Méchant, impatient, il était très grossier, surtout avec les femmes." Durant le tournage, lui et Marilyn Monroe ne se parlèrent pratiquement jamais: "Pas un mot. C'était le tandem le plus mal assorti qui fût. Ils se détestaient littérallement." Et l'hostilité régna sur le plateau lorsque le réalisateur Otto Preminger et Marilyn entamèrent une guerre d'usure.
   Otto Preminger déclara à propos de Marilyn: "D'abord, le studio la choya -elle était gâtée quand nous avons fait 'Rivière sans retour'- au point qu'elle avait perdue de vue ce qu'elle pouvait et ne pouvait pas faire, et lorsqu'il apparut qu'elle n'avait pas le pouvoir attractif qu'elle exerçait habituellement, ils attendirent d'elle qu'elle se comporte comme une actrice ordinaire." Il ira même jusqu'à déclarer: "La diriger équivalait à diriger Lassie. Il fallait faire 14 prises pour en avoir une bonne." bien qu'il nia par la suite d'avoir tenu de tels propos. Preminger pouvait se montrer très méchant envers Marilyn: il la tourmenta sur le fait qu'elle n'était pas capable d'apprendre son texte; il lui fit effectuer ses propres cascades; et le comble, il émit des doutes sur sa vertu. Marilyn ne pouvait se défendre qu'avec les seules armes dont elle disposait: elle fut régulièrement en retard et suscita des difficultés. Par ailleurs, Otto Preminger entra aussi en conflit avec Natasha Lytess, la coach de Marilyn, à qui l'actrice prêtait bien plus d'attention, comme il le racontera plus tard: "Je suppliais Marilyn de se détendre et de parler naturellement, mais elle n'y prêtait aucune attention. Elle n'écoutait que Natasha (...) et répétait son texte en ar-ti-cu-lant avec tant de sérieux et des mouvements de lèvres si brutaux qu'il était impossible de la filmer."
Otto Preminger parlera toujours de Marilyn en des termes peu élogieux dans de nombreuses interviews. Ce n'est qu'en janvier 1980, lors d'une entrevue pour le New York Daily News, qu'il concédera: «Elle a essayé très dur, et quand les gens essaient dur, vous ne pouvez pas être en colère contre eux."  
  
Quant à Marilyn, elle qualifia par la suite Preminger de "pompeux imbécile." 

Clash entre Natasha Lytess vs Otto Preminger
ronr_lytess   Toujours en proie aux doutes, Marilyn Monroe est à l'époque sous la coupe de Natasha Lytess, sa coach personnelle, que Marilyn fait embaucher par les studios pour qu'elle puisse l'accompagner sur les tournages. La coach cherche à faire adopter à Marilyn un jeu plus cérébral, la poussant notamment à articuler exagérement ses répliques -il fallait que Marilyn prononce ses répliques, selon ses propres mots, "en ar-ti-cu-lant a-vec gra-vi-té"- au grand dam du réalisateur Otto Preminger, qui lui demande exactement l'inverse ! Preminger est d'autant plus irrité que Marilyn ne faisait qu'écouter exclusivement les conseils de Natasha Lytess, comme elle en avait l'habitude sur ses précédents tournage, ce qui d'ailleurs agaça la plupart des réalisateurs qui ont dirigé Marilyn. Robert Mitchum, le partenaire masculin de Marilyn dans le film, tente lui aussi d'inciter l'actrice à plus de naturel dans son interprétation, sans parvenir lui non plus à entamer le pouvoir de Natasha. Robert Mitchum est cependant plus tolérant, il déclara que: "Marilyn se disait qu'elle avait besoin de quelqu'un d'autre que le metteur en scène, et de préférence une femme, pour lui dire quand ce qu'elle faisait était bien."
Et en plus de ne pas aimer la manière dont elle enseignait à Marilyn à surarticuler les mots, Preminger détestait sa personnalité et ce, dès le début du tournage. Ne la supportant plus, Preminger explosa et la renvoya du plateau, comme d'ailleurs ont fait d'autres réalisateurs qui avaient précédemment travaillés avec Marilyn. Otto Preminger téléphona à Stanley Rubin qui était resté à Los Angeles, afin de bannir Lytess du plateau. Evidemment, cela ne dura pas car Marilyn ne pouvait poursuivre son travail sans la présence rassurante de sa coach. Aussitôt que Rubin accéda à la demande du réalisateur, Marilyn appela son agent Charles Feldman pour régler au plus vite la situation; celui-ci contacta le patron de la Fox Darryl Zanuck, qui donna l'ordre à Preminger de laisser Natasha revenir, ayant trop peur que Marilyn mette à exécution sa menace de quitter le tournage. Après tout, Marilyn était la valeur qui montait et qui "rapportait gros"; la coach indésirable fut réintroduite sur le plateau et promit de ne plus parler exclusivement qu'à sa protégée durant le tournage. Irrité par cette décision, Otto Preminger dirigera alors sa colère sur Marilyn Monroe durant tout le reste du tournage. La coach continuant de prodiguer les mêmes conseils à Marilyn (l'articulation excessive entraînait des déformations du visage de l'actrice qui devenait alors impossible à filmer), c'est Robert Mitchum qui parvint à trouver un compromis: aux répétitions, il laissait Marilyn faire son jeu exagéré, mais au moment de tourner, soit il lui donnait une grande tape dans le dos, soit une grande claque sur les fesses en disant: "Bon, maintenant, cessons de faire les imbéciles et comportons-nous comme des humains !   
   L'ambitieuses coach entreprend même de se mêler du jeu de petit acteur de dix ans, Tommy Rettig, qui interprète le fils de Mitchum. Le réalisateur Otto Preminger relata l'incident: "Il connaissait son texte et parfois, nous devions faire 18 prises ou plus, mais il était bon à chaque fois, sans que la qualité de son jeu en pâtisse. Un jour, je fis une scène avec Marilyn et lui, mais il n'arrivait pas à se rappeler son texte et se mit à pleurer. 'Que se passe-t-il ?' lui demandai-je. Sa mère me dit que Miss Lytess avait parlé à Tommy et lui avait dit qu'à l'âge de 14 ans, tous les enfats acteurs perdaient leur talent, à moins de suivre des cours et d'apprendre à se servir de leur instrument."
A partir de ce moment, Natasha Lytess va se mettre toute l'équipe à dos: sa présence les insupportait tous; et ils finirent alors par se rallier au réalisateur, en soutenant son travail, ses efforts et ses remarques

Un tournage éprouvant
ronr_jasper   Les prises de vues en extérieur eurent lieu au Canada, dans les parcs nationaux de Banff et de Jasper, ansi qu'à Lake Louise, à Alberta et dans les Rocheuses canadiennes. Otto Preminger et Stanley Rubin étaient venus en repérage dans la région bien avant de commencer le tournage; durant cette période, Stanley Rubin se rendit compte que Preminger portait un grand intérêt pour sa future réalisation. Stanley Rubin prévu douze semaines de pré-production, au cours de laquelle Marilyn Monroe répétait et enregistrait les numéros musicaux, et 45 jours pour le tournage. Les acteurs et l'équipe sont partis de Calgary à la fin de juin 1953, d'où ils prirent un train pour se rendre au Banff Spring Hotel, un grand complexe hôtelier où toute l'équipe logea pendant la durée du tournage.
Pendant que Marilyn tournait, Joe DiMaggio l’attendait dans leur bungalow à Jasper (dans l'Alberta; un de ces Becker’s Bungalows où toute l’équipe du film avait trouvé à se loger selon le lieu de tournage) ou au Mount Royal Hotel à Banff lorsque la production émigra vers un nouveau décor.

ronr_eau   Grand film d'aventures, 'La rivière sans retour' comprend un certain nombre de morceaux de bravoures, pour lesquels le réalisateur Otto Preminger exigeait que ses deux stars (Marilyn et Mitchum) jouent sans doublure les scènes où ils luttent contre la rivière en furie, afin de donner plus de véracités aux héros du film; bien qu'il est important de souligner que les cascades les plus complexes furent effectuées par des professionnels (Roy Jenson, Helen Thurston et Harry Monty). Habituée à être entourée d'une équipe aux petits soins, ce fut un rôle très exigeant pour Marilyn, qui doit se soumettre à toute une série de prises de vues particulièrement pénibles, où on l'asperge de trombes d'eau tandis qu'elle tente de garder son équilibre sur le radeau; ou encore on la trempe avec des seaux d'eau pour les raccordsMais Marilyn supporte assez bien ces désagréments physiques, tel que le déclara Paul Wurtzel, responsable des effets spéciaux à la Fox, qui témoigna de son implication: "On lui en a fait voir de belles dans ce film, et elle ne s'est jamais plainte. Elle savait ce qu'exigeait le film, et dès qu'on lui faisait signe de tourner, c'était un pro. Toute l'équipe l'adorait."  
Les acteurs devant effectuer eux-mêmes les cascades, il en résultera plusieurs accidents, certains réels, et d'autres simulés:

  • Un jour, Marilyn glissa dans l'eau, alors qu'elle portait des bottes de pêche montant jusqu'en haut de ses cuisses; ses bottes remplies d'eau l'entraînant vers le fond, il fallut plusieurs hommes, dont Robert Mitchum, pour l'arracher au cours impétueux de la rivière. Marilyn fut alors repêchée de justesse. Aussitôt, gros titres dans la presse: "Marilyn Monroe manque de se noyer !" 
  • Une autre fois, le radeau de Marilyn et de son partenaire Robert Mitchum, bloqué dans les rapides, manqua de se renverser et il fallut les secourirNorman Bishop raconta que "le radeau sur lequel étaient Marilyn et Mitchum donna sur un rocher et resta bloqué. Si vous aviez vu comme ça bougeait ! D'une seconde à l'autre, le radeau pouvait se renverser." Bishop et un collègue bondirent dans un canot de sauvetage et la catastrophe fut de nouveau évitée. 
  • Enfin, le 20 août, un troisième accident fit la une de nombreux journaux: "Miss Monroe blessée à la jambe au Canada", bien que les articles de presse ne donnaient pas de détails, car il n'y avait eu en réalité aucun accident. Ce n'était qu'un moyen habile de la part de Marilyn, de se venger de Preminger. La supercherie ne fut révélée que bien des décennies plus tard par l'actrice Shelley Winters.
    ronr_mitch_shelleyShelley Winters, qui se trouvait aussi dans les environs de Jasper pour le tournage d'un film, était venue rendre visite à Marilyn, avec qui elle avait partagé un appartement, au temps où elles n'étaient encore que des starlettes. Un jour, elle assista au tournage d'une scène où Marilyn se tenait debout sur le radeau amarré à la rive dans l'Athabasca. Shelley Winters raconta: "Marilyn ne savait plus où elle en était et, comme chaque fois dans ces cas-là, ouvrait la bouche et souriait à tout ce qui se présentait. Preminger se mit à proférer des paroles épouvantables et insinua qu'avec le talent qu'elle avait, elle aurait mieux fait de ne jamais abandonner son premier 'métier'. (...) Marilyn garda les yeux baissés; son sourire n'en devint que plus figé." Quand ce fut fini, Shelley Winters rejoigna Marilyn pour l'aider à remonter sur la rive; et, voyant que Marilyn n'avait pas le pas très assuré, lui dit: "Attention à ne pas glisser. Tu pourrais te casser la jambe." Ces paroles vont alors fortement inspirer Marilyn car lorsque leur voiture s'arrêta devant l'hôtel, elle déclara: "Je ne peux pas sortir, je me suis cassée la jambe." On la monta dans sa chambre, on demanda des médecins, Winters lui donne un analgésique (du Percodan) et une double vodka, et Marilyn appella Darryl Zanuck en présence de Shelley. Elle tenait à rassurer le grand patron des studios en lui déclarant qu'elle ferait tout son possible pour terminer le film en dépit de "douleurs terribles".
    Dans la soirée, Marilyn, Mitchum et Winters allèrent dîner dans un restaurant pour y manger des homards arrosés de champagne. Le lendemain, une horde de médecins amenés de Los Angeles par avion privé, débarquèrent à l'hôtel. Les radios ne révèlèrent aucune lésion et les médecins des studios ne virent là rien de sérieux sans écarter la possibilité d'une éventuelle foulure. Et Marilyn réussit à les persurader de lui mettre un plâtre et de lui donner des béquilles. Arrêtée pendant quelques jours, elle en profita pour poser devant la presse, plâtre au pied et béquilles aux coudes. Cette feinte de Marilyn ne fut qu'une occasion de se venger d'Otto Preminger, mais certains prétendent qu'elle s'était surtout comportée ainsi afin d'attirer la bienveillance du metteur en scène.
    ronr_piedplatreLorsque Marilyn reprit le tournage -il ne restait que deux semaines- elle portait toujours son plâtre et ses béquilles, mais le studio avait pris un retard très onéreux.
    Shelley Winters racontera: "Marilyn n'était pas une nigaude, mais elle rusée comme un renard ! Un soir, nous allâmes dans une boîte. A un moment, je la vois esquisser une rumba avec Mitch.
    -'Rassieds-toi pour l'amour du ciel! lui dis-je. Tu n'es même pas encore capable de marcher.
    -Oh, c'est vrai, j'avais oublié...'
    Et elle s'assit en ricanant sur les genoux de Mitch
    ."

Joe DiMaggio à la rescousse
ronr_joeL'incident de la cheville foulée fit venir Joe DiMaggio. Selon Maurice Zolotow, qui interviewa Marilyn environ un an plus tard, Joe DiMaggio l'appella le soir même de "l'accident". Comme elle pleurait, Joe arriva dès le lendemain, accompagné d'un médecin et de son copain new-yorkais Georges Solotaire. Joe semblait totalement dans son élement dans ce coin reculé et sauvage du Canada. Sur le plateau de tournage, il prenait des photos de Marilyn et donnait des coups de mains aux techniciens. Parfois, pendant que Marilyn tournait, il allait seul à la pêche. Mais il arrivait aussi que, hors tournage, Marilyn l'accompagnait au golf et à la pêche, où ils emmenaient avec eux Tommy Rettig, le petit acteur de dix ans.
Pendant le séjour de DiMaggio, le couple avait disparu tout un week-end. La presse évoqua alors rapidement un prochain mariage.
 

Tommy Rettig et Marilyn 
ronr_tommy   Tommy Rettig, l'acteur de dix ans qui interprétait le fils de Robert Mitchum, fut l'un des rares enfants dont Marilyn eut du mal à se faire un ami. Comme le racontera le photographe Bruno Bernard dans son journal intime: "Le visage de Marilyn s'illuminait chaque fois qu'elle se trouvait en compagnie d'enfants, et on sentait qu'elle réagissait envers eux de manière émotionnelle. Elle était profondément heureuse de les aider et de leur donner un peu d'amour." Mais le jeune Tommy Rettig se montrait distant avec Marilyn, l'évitant soigneusement. Et Marilyn raconta l'incident à Bruno Bernard: "Alors que Tommy devait tourner une scène avec moi, il s'est brusquement précipité vers sa mère sans dire un mot. J'en ai été très peinée. Le troisième jour, sa mère n'étant pas là, je me suis approchée de lui et je lui ai demandé: 'Tommy, puis-je te parler une minute ? Tu m'as évitée pendant trois jours. Comme nous ne nous sommes jamais rencontrés avant ce film, je n'ai rien pu faire qui t'ai blessé. Qu'est-ce qu'il y a ?' Il m'a regardée d'un air vraiment effrayé, puis m'a avoué: 'C'est mon curé qui m'a dit que je ne devrais pas parler à une femme telle que vous en dehors du tournage.'". Sur le moment, Marilyn en fut très blessée et offensée, mais les rapports entre eux ne vont s'améliorer qu'après l'arrivée de Joe DiMaggio: "La semaine suivante, lorsque Joe est venu me voir sur le plateau, Tommy s'est dit que, comme lui était génial, moi aussi je devais être OK." Et Marilyn et Joe emmenèrent plusieurs fois le petit Tommy à la pêche.

Anecdotes diverses
   A cette période, Marilyn Monroe semblait malheureuse et ne voulait pas aller tourner dans un lieu aussi perdu et loin de Hollywood. Le journaliste James Bacon l'interviewa à Los Angeles, juste avant son départ pour le Canada: "Elle semblait ne plus s'être peignée depuis plusieurs jours. Elle s'était barbouillée tout le visage de crème, même ses sourcils, qui étaient tout poisseux. En elle-même, elle restait certainement la Marilyn de toujours, mais au physique, c'était la fille de Dracula; et je pris congé le plus vite possible." Et durant son séjour au Canada, elle continuait de se cacher sous ce masque de crème grasse, même quand elle faisait un saut dans la bourgade voisine. Whitey Snyder, son maquilleur, finira par lui dire: "Enlève cette saloperie de ta figure : tu fais fuir les gens!"
ronr_mitch   En dehors du tournage, Robert Mitchum menait joyeuse vie, trinquant, chahutant; il faisait d'ailleurs preuve d'une consommation excessive d'alcool, réclamant aux assistants de lui amener des verres de vodka, ce qui engendrait, là aussi, des conflits avec le réalisateur Otto Preminger. Mais c'est Mitchum qui parvint à faire sortir Marilyn de sa coquille. Un jour, Mitchum la trouva plongée dans un dictionnaire de psychanalyse, qui ne devait guère satisfaire sa curiosité puisqu'elle lui demanda ce que signifiait "érostisme anal" et ouvrit de grand yeux quand il entreprit de lui expliquer. 
Une autre fois, toujours selon Mitchum, la doublure de celui-ci s'approcha d'elle pour lui proposer, en termes choisis, une partouze avec l'un de ses copains.
-"Tous les deux en même temps?" demanda-t-elle.
-"Et pourquoi pas?"
-"Vous voulez me tuer!"
-"Personne n'est jamais mort de ça que je sache."
-"Oh si. Sauf que ce n'est pas ce qu'on dit officiellement; on appelle ça mort naturelle..."
Mitchum rapporta cette anecdote au biographe Anthony Summers en 1982, précisant que Marilyn plaisantait; quant à sa doublure, il en était moins sûr.
   Robert Mitchum était un homme plutôt simple: un jour, lors d'une scène en tournage à Jasper, un résident local Wilbur Stanley et un de ses amis, regardaient le travail des acteurs. Ils discutèrent avec Robert Mitchum devant leur voiture, où ils ont bu une bière. Après leur discussion, lorsque Mitchum repartit, il déclara, en s'éloignant de la voiture et en jetant la bouteille au sol: "C'est le meilleur petit déjeuner que j'ai jamais eu!"
   On retrouve, non créditée au générique, l'actrice Barbara Nichols, dans l'un de ses premiers rôles sur grand écran. Elle joue le rôle d'une danseuse. La comédienne, au cheveux blond platine, fera ensuite partie avec d'autres actrices, comme Jayne Mansfield ou Sheree North, d'un groupe de femmes au physiques assez proches de celui de Marilyn Monroe; et sera d'ailleurs engagée par les studios pour concurrencer Marilyn.
   Les trois paires de blue jeans que porte Marilyn Monroe dans le film ont été achetées par le créateur Tommy Hilfiger, aux enchères de Christies pour la somme de 42 550 Dollars.

Une rivière au goût amer
   De retour à Los Angeles pour travailler les dernières scènes en studio, Marilyn mit à profit toutes ses ruses pour gagner du temps, refusant souvent de sortir de sa loge des heures entières. David Conover (qui fut le photographe qui a "découvert" Marilyn) écrit que Marilyn voulut gâcher le film par vengeance, pour que Preminger ne retravaille plus jamais pour la Fox. Elle y est si bien parvenue, que c'est l'un des films les moins populaires.
    Bernard of Hollywood, raconta dans son journal intime que Marilyn se montrait alors désormais plus critique de son jeu que la plupart de ses censeurs et de ses fans. Un après-midi où elle assistait à la projection de rushes du film, elle fut physiquement malade de découvrir sa version d'une blonde sensuelle et sauvage. Elle était si angoissée qu'elle se rendit au bureau de Darryl Zanuck pour le consulter, mais on lui aurait répondu: "Pas de rendez-vous." Avec Natasha Lytess, elles parvinrent à rencontrer Spyros Skouras, le président de la Fox, qui lui aurait simplement répondu: "Baby, oublie les sentimentalités, tu fais de l'argent uniquement avec tes seins et ton cul... Ton talent se situe au niveau du corsage et en-dessous du nombril." Marilyn en fut terrassée et avait fini par comprendre avec horreur que, pour les studios, elle n'était qu'un produit.  
   Marilyn était mécontente de ce film, qu'elle considérait comme "le pire" de sa carrière, et en imputa la responsabilité à la 20th Century Fox; d'ailleurs, elle craint d'avoir l'air dans certaines scènes d'un "rat en train de se noyer"; deux ans après avoir tourné le film, Marilyn Monroe affirmera: "Aujourd'hui, je n'accepterais plus "La rivière sans retour". Je pense que je mérite mieux qu'un film de cow-boys de série Z, dans lequel l'interprétation passe après la mise en scène et le procédé Cinémascope. Les studios ont misé sur les paysages plutôt que sur les acteurs." 

   Et en 1960, on demanda à Otto Preminger s'il envisageait de retravailler un jour avec Marilyn, ce à quoi il répondit: "Pas pour un million de dollars !".
   
Le producteur Stanley Rubin reconnut plus tard que: "Preminger était un homme de talent. Mais ce n'était pas le bon réalisateur pour ce film." D'ailleurs, déjà à l'époque, dès la fin du tournage et avant la sortie du film en salles, la presse confirma que Stanley Rubin se posait des questions sur le choix de Preminger. Il pressentit que le réalisateur n'avait pas su retranscrire l'aura d'un western, qu'il avait ignoré des éléments clés de l'intrigue, qu'il avait dirigé certaines séquences d'action de manière statique et que dans plusieurs scènes, les raccords entre celles tournées en studio et celles tournées au Canada, ne correspondaient pas. D'ailleurs Preminger va finir par jeter l'éponge: il quitte la post-production et se rend en Europe, laissant l'éditeur Louis R. Loeffler et le producteur Stanley Rubin aux commandes pour finaliser le film. Le réalisateur Jean Negulesco a même été appelé en urgence pour refilmer certaines scènes. Otto Preminger avait en fait une rancoeur de devoir travailler au service des studios de la Fox, et il préféra vendre sa villa hollywoodienne, pour payer 150.000 dollars à la Fox pour l'annulation du reste de son contrat, qui pourtant, se terminait six mois plus tard.

Une scène à part
ronr_caverne  Il s'agit d'une séquence toute simple dans laquelle Kay (Marilyn Monroe), réfugiée dans la grotte et trempée jusqu'aux os, tremble de froid; Matt (Robert Mitchum) lui ordonne de se déshabiller et de s'enrouler dans une couverture. Puis il la masse vigoureusement. Dans cette scène, Kay découvre que Matt n'est pas ll'ours mal lêché qu'elle aurait cru. Leur relation se colore d'une charge érotique, même si Matt -pour des raisons de censure sévère du code Hayes en vigueur- s'en tient à des gestes sans ambiguité. Il n'en reste pas moins que Marilyn est nue sous la couverture, tandis que Mitchum lui masse les pieds... Cette scène n'a pas été tournée par Otto Preminger. Déçu par certains passages du film, Darryl Zanuck avait en effet demandé à Jean Negulesco, qui avait récemment dirigé Marilyn dans 'Comment épouser un millionnaire?', et que la comédienne appréciait, de faire des retakes de certaines séquences. 
 

Chansons
i_m_gonna_file_my_claim_RCAMarilyn Monroe interprète quatre chansons dans le film -toutes écrites par Ken Darby et composées par Lionel Newman-:
"One silver Dollar",
"I'm gonna file my claim",
la comptine "Down in the meadow"
et la chanson phare "River of no return".
Répétant inlassablement sous la direction de Ken Darby, jusqu'à approcher la perfection, Marilyn prit beaucoup de plaisir à travailler ces chansons. Le titre "I'm gonna file my claim" fera l'objet d'un disque (ci-contre), et l'été suivant la sortie du film, RCA en vendit plus de 75 000 exemplaires.
Elle sera néanmoins doublée partiellement par la chanteuse Gloria Wood
Pour la danse, c'est le chorégraphe Jack Cole qui enseigna à Marilyn, tel qu'il l'avait fait pour "Gentlemen Prefer Blonds" ("Les hommes préfèrent les blondes").
Quant au public, il fut ravi par les scènes dans lesquelles Marilyn chante et danse.

Chronologie du film
-le 11 avril, les 6 et 8 juin 1953: essayages de costumes du film pour Marilyn.
-fin juin 1953: départ de l'équipe de tournage pour Calgary, avec voyage en train jusque Banff.
-le 25 juillet 1953: départ de Seattle, avec escale à Vancouver et arrivée à Jasper de Marilyn, Robert Mitchum et Rory Calhoun.
-août 1953: début du tournage.
-20 août 1953: Marilyn se blesse à la cheville.
-21 aout 1953: on plâtre le pied de Marilyn; Joe DiMaggio arrive au Canada.
-fin août: fin du tournage des scènes extérieures au Canada.
-1er septembre: Marilyn, Joe DiMaggio et Mitchum quittent le Canada, ils font une escale à Seattle d'où ils prennent un autre avion pour rejoindre Los Angeles.
-Septembre 1953: tournage de scènes dans les studios de Los Angeles. Otto Preminger quitte la post-production, et Jean Negulesco tourne la scène dans la grotte.
-29 septembre 1953: fin du tournage.
-30 avril 1954: Sortie américaine de "Rivière sans retour".


La presse 
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> sources:
Livre Marilyn Monroe et les caméras
Livre Marilyn, Une vie d'Hollywood, d'Ann Lloyd.
Livre Marilyn Monroe, d'Adam Victor.
Livre Les trésors de Marilyn Monroe, de Jenna Glatzer.
Livre Bernard of Hollywood's Marilyn par Susan Bernard. 
Livre Les vies secrètes de Marilyn Monroe par Anthony Summers.
Revue Les légendes d'Hollywood
, La rivière sans retour.
Le film sur wikipedia 
La fiche du film et des anecdotes sur imdb 
Les anecdotes sur allocine 

29 novembre 2011

Icons of Hollywood 12/2011 - The Seven Year Itch

lot n°720: Marilyn Monroe extensive archive of production
and publicity material from The Seven Year Itch
(TCF, 1955) Extensive archive of production and publicity materials representing all facets of the film, The Seven Year Itch. The archive contains significant correspondence and consultations, with 1,000+ individual pieces including Billy Wilder’s 5 pg. contract signed three (3) times and dated June 1st, 1954, author George Axelrod’s 10 pg. contract signed, Billy Wilder’s signed payment agreement, copy of producer Charles Feldman’s letter sent to “Mr. and Mrs. Joe DiMaggio” framing the reasons he, the director and the studio want Marilyn in the film, confidential correspondence between Wilder and Zanuck with heated exchanges at times, a pair of scripts bearing numerous annotations in Darryl Zanuck’s hand, together with extensive collections of copies of legal documents, inter-office memos, and telegrams, intimate exchanges between Zaunck and Charles K. Feldman, as well as other correspondence to and from Harry Sokolov, Irving Cohen, Irving “Swifty” Lazar, Spyros Skouras, and many other studio heads.

Charles K. Feldman (1904-1968) was one of the most powerful agents in Hollywood and had notable creative input as executive-producer on several important films, Pittsburgh, Red River, A Streetcar Named Desire, and notably, The Seven Year Itch. The archive begins with early correspondence regarding George Axelrod’s screenplay being purchased by Feldman and negotiating with Billy Wilder to direct. Lew Wasserman was acting as agent for Wilder and numerous exchanges are present with drafts of agreements including a fascinating dialogue on Wilder having no interest in Tom Ewell or Walter Mathau as the lead, but instead he wanted Jamest Stewart, Gary Cooper or William Holden. Wilder’s 5 pg. contract is present, dated June 1st, 1954, signed three (3) times and initialed five (5) times, as well as his signed payment agreement dated November 23, 1954.

An official secretarial copy of a fantastic 5 pg. letter, dated May 17, 1954, from Feldman to “Mr. and Mrs. Joe DiMaggio” frames the reasons that he, director Billy Wilder and Twentieth Century-Fox want Marilyn Monroe in the film, “When all of us met, you, Marilyn, expressed a repeated and definite desire to appear in THE SEVEN YEAR ITCH. I bought the play for over $250,000 and as I would not sell it today for a million dollars, it is conceivable…this film could show profits in the millions – for everyone believes it will be a tremendous hit!” Numerous secretarial copies of typed letters sent to Wilder from Zanuck about the lead male role include a number of insights, “If I had read the script at the time we were casting…I would never have recommended Holden or anybody else except Ewell. No one I can think can play this particular script. I didn’t quite understand at the time but in re-reading I believe that Holden would have been as big an error as Gary Cooper. That is a great play…but I tell you that in spite of the enormous success of this play on the stage it would not be, in my opinion, fifty percent of the picture it will be with Marilyn Monroe. She is an absolute must for this story…nothing would make up for her personality in this subject.” Another telegram from Zanuck states, “Monroe was particularly outstanding. Keep up the tempo of the dialogue…I’m really impressed by everything I saw.”

A pair of Zanuck’s personally hand-annotated scripts are present, one a Temporary Incomplete with 11 pages of annotations with an interesting note during the scene Richard is scrutinizing the cover design for Little Women, where he Zanuck pens, “? The Scarlet Letter – play off the Adultress later.” Another Final script bears 24 pages of handwritten notations with suggestions for cutting the reading scene way down. Another Zanuck TLS to Charles Feldman, dated Sept. 20, 1954, advises against the “voice over” scenes and sends along his 10-page breakdown of differences between the play and the script and 12 pages of annotated dialogue with Zanuck’s suggestions stapled to the margins on small strips of blue paper.

When principal filming began and just after Marilyn and DiMaggio’s divorce, some exchanges become heated between Feldman and Zanuck, including a 2 pg. office memo from Oct. 22, 1954, “There have been tough days – rough days - immediately after the divorce proceedings, the 18-takes have only happened on rare occasions with the girl…For the last two weeks this girl has worked as hard as anyone I have known in my life. Incidentally I don’t know how Kazan worked with you but I can tell you that on STREETCAR, it was a daily occurrence for us to have 25 to 30 takes with Marlon Brando and Vivien Leigh. This has not been happening on ITCH. In my opinion, and I think you agree with me, Billy is probably one of the most cooperative of all the directors in the business, and he has never been accused, to my knowledge, of taking unnecessary time – certainly not on ITCH.” Five days later Feldman writes to Zanuck reiterating Billy and Marilyn’s hard work, the tightness of the script and requesting some retakes, including the dress blowing scene. There is criticism though, with some correspondence that relates to Wilder taking too long to film scenes and difficulties with Marilyn taking company time to rehearse.

There is a strong concentration of material on the risqué nature of the publicity done for the film, specifically relating to large promotional billboards that featured the iconic billowing white dress scene, “They’re replacing a big cardboard cutout of Marilyn outside Loew’s Theatre in Times Square. It was showing Marilyn with her skirts blowing above her waist. Not good taste…Some papers refuse to accept wind blowing ad because of Kefauver investigation and pressure groups…this is a very delicate situation…sensational business so far at opening.” Much difficulty arose with censors upon the film’s release, including a complete rejection by the Irish Censor & Appeal Board stating, “this film is incapable of cutting without destroying its continuity. It is indecent and unfit for general exhibition.” Even a telegram from Wilder to the president of the Catholic Legion of Decency states, “I do not have the reputation of having ever been connected with pictures of a lascivious character. Obviously, the picture deals humorously with a man’s temptations but they are very human and utterly harmless. As one reviewer put it quote the play has been laundered snow white unquote. Am afraid that additional bleaching will make the picture disintegrate into an incomprehensible nothing.”

All in all, a rich trove and fascinating glimpse into the project’s inception, it’s transformation from stage to screen, all the various legal wrangling between agents, producers, directors and other studio heads during filming, and finally the fallout over the overt sexuality that faced cinema goers after the film’s release. Interested parties are strongly encouraged to view this material in person.

Estimate: $30 000 - $50 000 

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lot n°726: The Seven-Year Itch German R’65 A-0 oversize
poster by Fischer-Nosbisch
(TCF, 1955/R1965) Executed in the very early style of Andy Warhol’s fashion illustrations (the smaller size German poster for this release is in his full pop-art style) by the husband and wife design team of Fischer and Nosbisch. Distinctive enough to have graced the pages of “In Style” magazine some years ago as a recommended décor suggestion. Near-Mint, unused folded condition, 33” x 47”.
Estimate: $200 - $300
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13 août 2011

6/11/1954 Romanoff's Party

Le 6 novembre 1954, Marilyn Monroe est l'invitée d'honneur d'une soirée organisée par son agent Charles Feldman, au restaurant Romanoff's à Beverly Hills, afin de marquer la fin du tournage de The Seven Year Itch (Sept ans de réflexion). Pour représenter le film, l'acteur Tom Ewell et le réalisateur Billy Wilder sont présents. Mais de nombreuses personnalités, stars du cinéma et producteurs influents, sont invités: Humphrey Bogart, Lauren Bacall, James Stewart, Doris Day, Susan Hayward, Gary Cooper, Clifton Web, Darryl Zanuck, Jack Warner, Sidney Skolsky... mais surtout, l'idole de Marilyn, l'acteur Clark Gable. Il s'agit de leur première rencontre et Marilyn dansa même avec celui qu'elle imaginait enfant, être son père !
L'ensemble des photographies ont été prises par Sam Shaw.

 >> Marilyn à table avec Billy Wilder
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 >> Marilyn embrasse Charles Vidor, Billy Wilder est debout.
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>> Marilyn embrasse Sidney Skolsky,
au côté de
Jean Howard (femme de Charles Feldman) et Clark Gable.

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 >> Marilyn et Barry Fitzgerald
1954 

  >> Tom Ewell, Billy Wilder et Marilyn
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 >> Charles Feldman, Marilyn et Clark Gable
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>> Marilyn discute avec Darryl Zanuck
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 >> Marilyn avec Humphrey Bogart
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 >> Les invités: Humphrey Bogart, Susan Hayward...
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  >> Humphrey Bogart, Marilyn et Clifton Web
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>> Marilyn danse...
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... avec
Charles Feldman

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... avec Clark Gable

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 ... avec Clifton Web

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1954
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... avec Tom Ewell  

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... avec Sidney Skolsky 

Radieuse dans une robe de velour rouge au décolleté prononcé, les ongles vernis de rouge et un fourreau blanc sur les épaules, Marilyn était bien la plus belle de la soirée. 

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Un carton publicitaire représentant Marilyn dans la robe blanche du film était disposé sur chacune des tables des invités. Une carte photographique de Marilyn circula de table en table et les invités la dédicacèrent. Marilyn garda cette carte toute sa vie. Elle fut vendue à la grande vente chez Chritie's en 1999.

 >> Clark Gable signe la photographie de Marilyn
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>> Planche Contact
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29 mai 2010

19/07/1946 Premiers essais filmés

1947_04_screen_test_011_1Le 19 juillet 1946, Ben Lyon -directeur de casting pour la Fox- fait passer des essais à sa jeune recrue Norma Jean, qui devait simplement aller et venir devant la caméra, en fumant une cigarette qu'elle écrasa ensuite dans un cendrier. L'essai était muet et filmé en couleur, ce qui était encore assez rare à l'époque pour un simple screen test. Le petit film fut ensuite montré à Darryl Zanuck -le grand patron de la Fox- qui ne fut guère convaincu de la prestation de la futur Marilyn Monroe ! Mais grâce à la persévérance de Ben Lyon, qui coyait au potentiel de Norma Jean, on lui fit signer un contrat de six mois.

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23 juillet 2008

Autour de Don't Bother to Knock

* * * * * * TROUBLEZ-MOI CE SOIR * * * * *
~~~
A propos de Marilyn Monroe & du film ~~~

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  • Son rôle
    Troublez-moi ce soir est le 16ème film de Marilyn Monroe, mais c'est surtout son premier vrai premier rôle puisqu'elle y occupe l'affiche, juste derrière Richard Widmark, ainsi que l'écran pendant une grande partie de l'intrigue, interprétant un personnage très dramatique et bouleversé.
    La bande-annonce clame d'ailleurs: "Join Richard Widmark - as he opens the door on - America's most exciting personality - Marilyn Monroe - every inch a woman - every inch an actress..." (= Joignez-vous à Richard Widmark - lorsqu'il ouvre la porte sur - la plus excitante personnalité d'Amérique - Marilyn Monroe - entièrement femme et entièrement actrice). E
    t "Suspense fires the screen... as the most talked about actress of 1952... rockets to stardom" (= Le suspense enflamme l'écran... alors que l'actrice dont on a le plus parlé en 1952... est en train de devenir une star).
    Quand à la campagne de presse qui vendait le film en juillet 1952, on pouvait lire: "Vous n'avez encore jamais rencontré ce genre de fille", en référence au personnage inquiétant tenu par Marilyn, Nell Forbes, une baby-sitter occasionnelle affligée de graves troubles mentaux, qui s'avère être aux antipodes du registre glamour qui sera par la suite celui de Marilyn.

  • Les scènes de Marilyn dans le film
    1-
    À la 4ème minute du film, Marilyn entre dans l'hôtel, habillée de manière très sage, et monte à l'étage pour aller se présenter aux parents de la fillette qu'elle doit garder.
    2- Elle fait la lecture à la petite fille avant que celle-ci aille dormir.
    3- Marilyn fouille dans les affaires de la maman absente.
    4- Observée par la fenêtre par Richard Widmark, Marilyn le toise. Puis, par un subtil jeu de store, elle l'invite à prendre contact.
    5- Elle est sermonnée par son oncle car elle a emprunté des habits et des bijoux qui ne sont pas à elle.
    6- La scène de la rencontre avec Widmark est l'une des plus longues: ils discutent, s'approchent, s'éloignent l'un de l'autre, s'embrassent même, s'occupent de la petite fille...
    7- À l'arrivée de son oncle dans la chambre, Marilyn devient de plus en plus troublée et dérangée. De même quand elle parlemente avec d'autres clients de l'hôtel.
    8- Elle se bat avec la maman.
    9- Elle quitte la chambre, l'esprit totalement ailleurs: elle divague. Elle descend dans le hall de l'immeuble et la police intervient.

  • Un rôle bien préparé
    1952_DontBotherToKnock_Publicity_031_040aDans l'industrie hollywoodienne des années 1950, il est courant qu'un studio prête à un concurrent l'un de ses acteurs. C'est ce qui se produisit avec Marilyn qui, sous contrat avec la 20th Century Fox, est autorisée à tourner en 1951 Clash By Night (Le Démon s'éveille la nuit) pour le compte de la Columbia. Au vu du succés et des critiques élogieuses envers la jeune actrice, que les journalistes avaient déjà appréciée et remarquée dans Asphalt Jungle (Quand la ville dort) et Eve, les dirigeants de la Fox prennent conscience du talent de leur recrue. C'est ainsi que Marilyn est pressentie pour le projet de Don't Bother to Knock mais Darryl Zanuck, le patron de la Fox, qui ne décèle aucun talent en Marilyn, hésite longuement et exige finalement des essais. Marilyn est alors dans tout ses états car il s'agit là d'une opportunité de prouver son talent. C'est donc une Marilyn "mort de peur" qui se rend chez sa répétitrice Natasha Lytess, pour se préparer au casting. Pendant plusieurs jours, les deux femmes vont travailler durement, Marilyn s'installant même pour l'occasion chez Natasha, qui déclara par la suite: "sincérement, je ne pensais pas que Marilyn était prête pour un rôle aussi exigeant, mais elle fit un bout d'essai si merveilleux, que même Zanuck rédigea une petite note élogieuse sur elle."

  • Entre film noir et thriller pour dames
    DontBotherToKnock_Scene_0032_040_aContrairement à son titre français (Troublez-moi ce soir), l'intrigue de Don't Bother to Knock n'est absolument pas une romance sirupeuse; et le double sens du titre original ("N'ayez pas peur de frapper" en français) évoque l'atmosphère trouble de ce film noir. Ecrit par Daniel Taradash, qui signera aussi le script de L'Ange des Maudits de Fritz Lang et de Tant qu'il y aura des hommes, le scénario de Don't Bother to Knock est en fait l'adaptation d'une nouvelle de Charlotte Armstrong, d'abord parue dans le magazine féminin "Good Housekeeping". Pour cette transposition à l'écran, l'accent est mis sur le côté inquiétant de l'histoire et le réalisateur Roy Baker, un londonien fraîchement débarqué à Hollywood, doit faire preuve d'ingéniosité pour compenser par sa mise en scène le budget modeste du film.

  • Une Marilyn angoissée
    DontBotherToKnock_Scene_0031_024_3Bien que Marilyn ne soit pas encore une star, elle s'est déjà attribuée le droit d'arriver en retard sur le tournage, comme ce sera le cas tout au long de sa carrière. Mais plus qu'un caprice, il s'agit de retarder et de fuir l'angoisse qui la submerge à l'idée de jouer. D'autant que, suite aux démêlées entre Fritz Lang et Natasha Lytess sur Clash By Night, Darryl Zanuck refuse que l'encombrante professeur dramatique mette un pied sur le plateau. Livrée à elle-même, les angoisses de Marilyn ne cessent de s'accentuer. Elle passera les premiers jours de tournage à s'absenter à la fin de chaque prise, pour téléphoner à Natasha, puis elle finit par obtenir de Zanuck que sa coach termine le tournage à ses côtés. Au grand désespoir du réalisateur Roy Baker qui entre en conflit avec son actrice principale; Marilyn n'écoutant que les indications de sa coach.
    Modeste, Natasha Lytess déclarera: "A vrai dire, je n'avais pas grand chose à faire. Le projet entier terrifiait Marilyn, mais elle savait exactement ce que le rôle nécessitait et comment l'interpréter. Je me suis simplement contentée de lui donner confiance en elle."
    DontBotherToKnock_Nuisette_Scene_00731_020a_GFQuand aux partenaires de Marilyn, ils oscillent entre l'agacement et l'admiration, comme le résumera  Richard Widmark: "J'aimais beaucoup Marilyn, même si c'était l'enfer de travailler avec elle. On avait un mal fou à la faire sortir de sa loge et quand elle finissait par arriver sur le plateau, c'était une vraie boule de nerfs! Au début, tout le monde pensait qu'elle n'y arriverait jamais, et on se disait tout bas: 'C'est impossible, on ne peut pas filmer ça.' Mais ensuite, il se passait quelquechose entre l'objectif et la bobine, et quand on allait voir les rushes, elle crevait tellement l'écran qu'on n'existait plus à côté d'elle."
    Marilyn déclarera bien des années plus tard, que le personnage de Nell Forbes fut l'une de ses meilleures prestations.

  • Retrouvailles passées
    - Avec les acteurs, Marilyn Monroe aura partagé l'affiche de Troublez-moi ce soir:
    Richard Widmark: O Henry's Full House (La Sarabande des pantins) en 1952, mais pas dans le même sketch.