18 octobre 2010

Livre - Marilyn Monroe, une vie en morceaux

Livre - Marilyn Monroe, une vie en morceaux

Article publié le 07/10/10
par
Stéphane Haïk
en ligne sur francesoir.fr

Fragments, qui réunit extraits de journaux intimes, lettres et poèmes, écrits de 1943 à la veille de sa mort, en 1962, révèle la vraie Marilyn, bien loin de l’icône.

Couverture_Marilyn_Fragments_0
Couverture du livre
"Marilyn Monroe, Fragments"
 

A mille lieues de l’image de la pin-up détachée de tout questionnement existentiel, les écrits de Marilyn la montrent douée d’un vrai sens de la réflexion. Et pétrie d’une angoisse névrotique. En témoigne l’effroi qui perce en filigrane dans une bonne partie de sa correspondance, telle cette lettre écrite en 1961. A son insu, son psychiatre l’avait fait interner dans une cellule spécialisée d’une clinique new-yorkaise, tandis qu’elle croyait y entrer pour une cure de repos : « Enfermée avec tous ces pauvres fous, je me sens comme dans une prison pour un crime que je n’ai pas commis. S’il vous plaît, aidez-moi. » Destinataire de la missive : Lee Strasberg, qui forma Marlon Brando et James Dean dans son école de l’Actors Studio. Marilyn, assurément trop fragile, trop dépressive, pour assumer le poids de l’apprentissage et les contraintes d’un métier aux contours si incertains. D’autant que celle qui se nommait encore Norma Jeane Mortenson et exerçait la profession de mannequin devint comédienne par hasard, après avoir été repérée par un cadre de la 20th Century Fox.

Son ascension fulgurante, à laquelle elle ne fut mentalement pas préparée, ne fit qu’accentuer un mal-être développé depuis l’enfance. D’ailleurs, qui fut son père ? Le barde norvégien Martin Edward Mortenson ? Ou celui que sa mère lui montra un jour en photo et qui affichait d’étranges ressemblances avec Clark Gable ? Le sort psychologique de la future Marilyn fut alors scellé.

Prison intérieure

La maturité venue, l’actrice tenta en vain de combattre ses démons intérieurs dans les bras des hommes – amants, dont le plus fameux demeura le président Kennedy, et maris successifs. « Je ressens une souffrance lourde d’un sentiment de rejet et de blessure face à la destruction et à la perte d’une sorte d’image idéalisée de l’amour vrai », nota-t-elle après sa séparation d’avec son premier époux, Jim Dougherty, en 1946. Et ses mariages avec le joueur de base-ball Joe DiMaggio et le dramaturge Arthur Miller, auprès duquel elle espéra enfin trouver l’amour idéal tel qu’elle se le figurait, ne lui firent pas plus entrevoir l’horizon d’une possible délivrance.

De cette vie chaotique emplie de doutes sur elle, sur les hommes, sur son travail, elle s’échappa par intermittence. En écrivant des poèmes. Sans grand intérêt. Et en lisant. Frénétiquement. Jusqu’à se constituer une bibliothèque de quelque 400 ouvrages où voisinèrent Camus, Proust, Beckett, Hemingway, Joyce. Réussit-elle pour autant à en saisir toute la portée littéraire ? On peut en douter. Une chose est certaine : elle fut soucieuse d’ouvrir les portes d’un univers auquel son éducation ne l’avait pas prédestinée. Et d’y chercher un havre de paix au cœur d’une prison intérieure dans laquelle sa psyché l’avait enfermée à perpétuité.

Marilyn Monroe, Fragments,
270 p., éd. Le Seuil, 29,80 €.

François Forestier : “Elle eut autant de rigueur qu’une méduse”

« Elle fut non seulement malade, mais fortement toxique », explique à France-Soir le journaliste du Nouvel Observateur François Forestier, auteur en 2008 de Marilyn et JFK (éd. Albin Michel). « Son comportement sur les plateaux devint à ce point désastreux que la 20th Century Fox décida de rompre son contrat. Ce qui, dans toute l’histoire du cinéma, ne s’était jamais produit pour une star qui rapportait autant d’argent. » Et François Forestier de penser que, si le destin lui avait prêté vie après 1962, elle eût sans doute terminé sa carrière en Europe dans des productions insignifiantes. « Elle eut autant de rigueur qu’une méduse. Certaines séquences nécessitèrent parfois jusqu’à 30 ou 40 prises, rendant les choses ingérables pour les équipes techniques. » Parce qu’elle fut mauvaise comédienne ? « Non, parce que sa grave dépression, qui s’était mue en une forme de schizophrénie, jusqu’à ne plus supporter l’image que lui renvoyaient ses propres rôles de composition, l’avait rendue inapte au travail. »

Marilyn telle qu’en elle-même

Des lettres, des billets, des poèmes, des notes à foison. La lecture minutieuse de ces écrits se révèle passionnante, en ce qu’elle permet de mieux appréhender la vraie nature de Marilyn : les ratures, nombreuses, la graphie, maladroite, le déroulement de la pensée, « accidenté ». Tout trahit, dans le fond comme dans la forme, un personnage désabusé, instable, mais la tête emplie de rêves. Seul regret : l’iconographie, que l’on eût préférée plus riche, plus révélatrice d’une femme aux multiples visages

Posté par ginieland à 19:32 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : ,

07 août 2010

Quels "Fragments" de Marilyn Monroe préférez-vous ?

Quels "Fragments" de Marilyn Monroe préférez-vous ?

Article publié le 05/08/10
par
Stéphanie Villeroy
en ligne sur francesoir.fr

Avant la sortie début octobre, de "Fragments", recueil d'extraits des carnets intimes, lettres et poèmes de Marylin Monroe, partagez avec France Soir.fr vos souvenirs d'une star hollywoodienne, pin-up et intellectuelle méconnue, à la recherche d'elle-même.

marilyn_monroe_fragments_livre_seuil_poemes_0
Marilyn Monroe à la soirée des
Golden Globes Awards

Des rires, des soupirs, des silences, des phrases perçantes et confuses... L'ex-mannequin devenue actrice a toujours suscité les interrogations. Que pensait-elle vraiment à travers ce regard dans le vide ou cet éclat de rire ?

Ce naturel déroutant a toujours alimenté le travail des documentaristes et biographes. Désireux de comprendre ce personnage hoolywoodien hors-norme des années 50, ils ont souvent utilisé certaines images pour illustrer la dualité de l'actrice. Notamment les vidéos et photos du tournage du film Misfits (Les Désaxés) de John Huston, écrit pour elle par son mari Arthur Miller (voir cette vidéo pour les images et celle-ci pour son témoignage), où elle apparait malade et fortement affaiblie.

Loin de son confident et célèbre psychiatre Ralph Greenson, elle représente donc à ce moment là, le paroxysme de l'énigme qu'elle a toujours été : une femme tiraillée entre un succès qu'elle n'a pas voulu (Certains l'aiment chaud, 1959) et une sévère recherche de meilleurs rôles. Une femme souhaitant aussi trouver un autre sens à sa vie pour échapper d'Hoolywood.

Considérations sur l'amour impossible

Chez elle, tout reste incertain. Même sa mort demeure l'objet de vives spéculations : surdosage de somnifères ou assassinat politique. Bernard Comment (coéditeur de l'ouvrage inédit avec le producteur de cinéma américain Stanley Buchthal) explique que malgré des centaines de récits « on pourrait dire qu'il s'agit pour la première fois d'un livre de Marilyn et du monde vu à travers ses yeux, avec quelque chose d'intellectuellement exigeant et la volonté de le comprendre, à travers ses écrits ».

La sortie mondiale du livre, publié en France au Seuil, dans l'exigeante collection «Fiction & Cie», est prévue pour le 12 octobre. Il couvre une période allant de 1943 à la veille de la mort de la star dans la nuit du 4 au 5 août 1962.

Considérations sur l'amour impossible, sur la vie et les façons d'avancer, de s'en sortir.... « Au-delà des clichés de la pin-up blonde, produit par les studios d'Hollywood, on découvre une Marilyn qui précisément cherche à fuir ces clichés », explique l'éditeur.

« Ce qui est bouleversant, c'est le regard qu'elle porte sur elle-même et sur le monde factice qui l'entoure, sur le travail d'actrice. C'est quelqu'un qui fait tout pour ne pas sombrer dans l'abîme, qui lutte avec ses mots », explique de son côté Caroline Gutmann, collaboratrice de M. Comment.

La majeure partie du livre concerne les années 50, « au moment où elle quitte Hollywood, où elle vient d'enchaîner les succès, pour New York et l'Actor's Studio ».

Au profit des écrivains dans le besoin

La littérature est très présente dans ses textes tout comme les auteurs qu'elle a lus. James Joyce - qu'elle avait découvert à ses débuts en interprétant des extraits du monologue de Molly - , Samuel Beckett ou Walt Whitman, fondateur de la poésie américaine moderne.

Marilyn Monroe disposait d'une importante bibliothèque regroupant tous les grands auteurs. Elle a été dispersée lors d'une grande vente aux enchères de la maison Christie's en 1999 au profit d'une association caritative pour les écrivains dans le besoin, selon M. Comment.

Rendue possible grâce à Anna Strasberg (responsable du fonds Marilyn Monroe Estate et veuve de Lee Strasberg, fondateur de l'Actor's Studio et héritier de l'icône du cinéma), cette publication de  documents inédits est composée également de photos. « Non pas de la Marilyn sexy connue de tous » mais de « celle qui entretenait un lien fort avec les écrivains et les livres », ajoute l'éditeur.

En attendant une éventuelle lecture de ses écrits, quels films et rôles de l'actrice retenez-vous tout particulièrement ?

Est-ce plutôt « Chérie », dans Arrêt d'Autobus (1956), où elle joue une chanteuse de cabaret qui tombe amoureuse d'un cow-boy ?

Ou encore Lorelei Lee dans Les hommes préfèrent les blondes (1953) ? Cette danseuse de revue touchante, blonde et naïve, intéressée essentiellement par les hommes riches et le mot « diamant », envieuse d'une amie brune à la répartie bien aiguisée tombant toujours amoureuse d'hommes honnêtes mais peu fortunés ?

Ou bien « Sugar » Kane Kowalczyk, soit Alouette en français, dans Certains l'aiment chaud (1959) ?

Posté par ginieland à 19:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,