16 août 2012

Le Nouvel Observateur 16/08/2012

lenouvelobs_16aout_coverLe magazine français Le Nouvel Observateur n°2493, paru le 16 août 2012 consacre un article de 5 pages à Marilyn Monroe (chapitre 6, par François Forestier).
 prix: 3,50 

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Chapitre 6 et fin : Marilyn dans la nuit
Par François Forestier
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 Elle convoque un photographe, se déshabille sur le plateau et, nue, se baigne, sourit, prend la pose. Elle sait fort bien que les clichés vont faire le tour du monde.© DR  

C'est avec « Something's Got to Give », film inachevé de George Cukor (1962), que s'achève la vie de Marilyn Monroe.

Dans sa cellule capitonnée, Marilyn est nue. Elle a beau hurler, cogner, rien n'y fait. Les infirmiers passent devant le hublot de sécurité, se poussent du coude, « T'as vu, c'est Marilyn ! », et vont avoir quelque chose à raconter, le soir, au bistrot. Elle est revenue du Mexique en compagnie d'un bellâtre latino, Jose Bolanos, devenu son amant. En fait, c'est un indic du FBI, qui renseigne J. Edgar Hoover directement. Sur les instructions de sa psy le docteur Kris, Marilyn a été vêtue d'une camisole de force, transportée par quatre forts des Halles, face au sol, et jetée dans son cachot. Elle va y rester trois nuits, avant que Joe DiMaggio ne vienne la délivrer, manu militari. A partir de ce moment, elle flotte sur un océan de Dom Pérignon.

Le 16 octobre, enfin, la 20th Century Fox lui fait parvenir un scénario : celui de « Something's Got to Give », remake d'une pétillante comédie de 1939, « Mon épouse favorite », de Garson Kanin. C'est l'histoire d'un veuf charmant (joué par Cary Grant dans la première version, par Dean Martin dans la seconde) dont l'épouse a disparu en mer, sept ans auparavant. Quand elle revient, le mari est en train de se remarier avec une belle emmerderesse…

Le truc, c'est que le réalisateur de cette resucée est George Cukor. Cinéaste exigeant, entouré d'une cour de mignons, celui-ci vient de diriger Marilyn dans « le Milliardaire ». Il a frôlé la dépression nerveuse. A chacun de ses retards, soumis à un régime alimentaire draconien, il se mettait à manger les pages du scénario. Quand la star arrivait, elle était étonnée de rencontrer un homme aux gencives crayeuses de papier mâché. Marilyn, trois ans plus tard, est persuadée que Cukor la déteste. C'est le cas. La Fox est consciente du « problème Marilyn », et commet le bon docteur Greenson à sa surveillance - et à sa remise en état. Or la méthode thérapeutique de ce dernier, c'est d'abord d'enregistrer ses clients (à la grande satisfaction de Hoover), puis de boire du champagne avec Marilyn, chez lui. Bref, il fait tout ce qu'un psy ne doit pas faire.

De plus, Marilyn est en pleine love story avec JFK. Le 19 novembre 1961, elle le rejoint chez Peter Lawford dans sa maison de Santa Monica, sur la plage, juste avant que le président ne rencontre le chancelier Adenauer. Un autre rendez-vous est fixé pour le 5 décembre, à New York. En ce qui concerne le film, en revanche, elle traîne les pieds. Elle ne se présente pas aux essayages. Ni aux tests de maquillage. Elle refuse le scénario tel quel. Elle bloque la campagne de publicité. Elle préfère filer à Palm Springs, où JFK l'attend au bord de la piscine de Bing Crosby. Puis elle se bourre de Librium, de Demerol, de pilules magiques. Elle apprend que Cukor parle d'elle en termes qui feraient rougir un charretier. Finalement, menacée par les juristes du studio, elle se soumet.

Le 30 avril 1962, elle arrive à 6h30 du matin, prête. Miracle ! Elle tourne. Le lendemain, elle est absente. Trois semaines passent. Elle a travaillé un seul jour. Chez elle, Marilyn se concentre sur l'événement majeur : la fête d'anniversaire de JFK, au Madison Square Garden. La Fox lui interdit de s'absenter ? So what ? Elle saute dans un hélicoptère prêté par Howard Hughes et, dès son arrivée, essaie la robe, la fameuse robe couleur chair créée par le couturier Jean-Louis. Vingt couches de soie sur les seins et l'entrejambe, six mille pierres du Rhin, et l'impression d'une totale nudité… La robe est cousue à même le corps.

Le grand soir, enfin, Marilyn, très en retard, monte sur scène - après Ella Fitzgerald, Maria Callas, Harry Belafonte. Elle marche à petits pas. Elle titube. En coulisse, Peter Lawford, maître de cérémonie, voit la robe se déchirer dans le dos. Tout le monde, derrière, peut apercevoir le cul de Marilyn. Elle est emportée par des machinos, comme une statue, pour qu'on recouse la robe. Un comique, Jack Benny, fait la soudure sur scène. Marilyn revient. JFK, les pieds posés sur la rambarde, un mégot de cigare aux lèvres, s'extasie. Et quarante millions de téléspectateurs écoutent Marilyn chanter « Happy Birthday » d'une voix… d'une voix…

« C'est comme si elle lui faisait l'amour », s'écrie une chroniqueuse. Exactement. Le moment est kitsch, magique, invraisemblable. L'image s'inscrit instantanément dans la saga de l'époque. Jackie Kennedy, elle, est restée à la campagne. Plus tard, la soirée continue chez le trésorier du Parti démocrate, Arthur Krim. Au petit matin, Marilyn rejoint JFK dans son hôtel. C'est leur dernière nuit ensemble. Lui le sait. Elle, non. Ils ne se reverront jamais.

De retour à Hollywood, elle est licenciée par le studio. Elle contre-attaque avec sa seule arme : l'érotisme. Elle convoque un photographe, se déshabille sur le plateau et, nue, se baigne, sourit, prend la pose. Elle sait fort bien que les clichés vont faire le tour du monde. Marilyn est une manipulatrice chevronnée. Et, en effet, alors que les patrons de la Fox sont en danger à cause des coûts hallucinants du tournage de « Cléopâtre », ils ne peuvent se permettre de passer « Something's Got to Give » par pertes et profits.

Cukor reprend le tournage, avec Dean Martin, Cyd Charisse et Lee Remick. Marilyn arrive, ne connaît pas son texte, hésite, réussit quelques prises, mais n'arrive pas à être longtemps concentrée. Chaque jour de retard coûte une fortune. Cukor est outré. Il ne supporte pas la présence de Paula Strasberg, la répétitrice de Marilyn, et il décrit aux journalistes une star capricieuse, pénible, mesquine. Il est vrai que Marilyn se comporte étrangement : tous les jours, elle appelle la Maison-Blanche, et, régulièrement, on lui répond que le président est occupé. Finalement, Peter Lawford, le beau-frère de JFK, met les choses au point : « Marilyn, pour lui, tu n'as été qu'un coup ! » Elle s'imaginait déjà en première dame… La chute est terrible. Elle s'abandonne.

Sa carrière est terminée. La Fox lui promet qu'elle ne tournera plus : elle vient de coûter deux millions de dollars au studio, inutilement. Mais elle n'en a cure. Elle se sent rejetée, sale, indésirable. Sale, elle l'est : chez elle, Marilyn ne se lave plus, traîne en vieux peignoir, sent mauvais. Sa gouvernante, Eunice Murray, qui est une espionne placée là par Greenson, observe ce naufrage. De temps en temps, Marilyn menace de faire une conférence de presse pour révéler sa liaison avec « The Prez » - le président. Peter Lawford, dépêché par les Kennedy Brothers, décide de lui offrir un week-end.

Le 27 juillet, il l'emmène au Cal-Neva, l'hôtel au bord du Lake Tahoe. On la loge dans le bungalow 52, une bonbonnière rose. Marilyn s'allonge, prend des pilules, décroche le téléphone et papote. Sans doute s'endort-elle. La ligne reste occupée pendant des heures. Un groom alerte le patron, Skinny D'Amato, un truand notoire, qui avertit son boss, Sam Giancana. Le parrain de Chicago est là, dans une autre aile, avec son porte-fingue, Jimmy « Blue Eyes » Alo (que Coppola nommera Jimmy Ola dans « le Parrain 2 »). Giancana, qui a financé secrètement la campagne de Kennedy, a la haine : Bobby Kennedy, le ministre de la Justice, a entrepris une guerre sans merci contre la Mafia.

Quand les deux hommes voient Marilyn inconsciente, ils réalisent qu'une mort soudaine serait une mauvaise publicité pour un établissement fréquenté par les voyous. Ils font boire du café à l'épave blonde. Puis, considérant Marilyn comme un déchet humain, Giancana décide de la faire violer par ses gorilles. Et demande que la scène soit photographiée, pour se venger des Kennedy. Puis il s'en vante au téléphone, auprès de son vieux copain Johnny Rosselli, qui finira découpé en morceaux dans un fût à Miami. L'agent Bill Roemer enregistre la conversation pour le FBI. Rosselli : « Tu prends ton pied, hein, à te taper la nana des Kennedy ? » Giancana : « Ouais. » Les photos parviennent à Frank Sinatra. Celui-ci, incrédule, regarde : sur l'un des clichés, Marilyn, à quatre pattes, est violée par Giancana pendant qu'elle vomit sur la moquette rose. Dégoûté, Sinatra brûle les photos.

En trois mois, Marilyn a fait quoi ? Cinq, sept, dix overdoses ? A chaque fois, un lavage d'estomac l'a sauvée. A chaque fois, un homme l'a reprise en main : Joe DiMaggio, désespérément amoureux de son ex-femme. D'ailleurs, il décide, en cette fin juillet 1962, de demander sa main à nouveau. Par ailleurs, les photos nues de Marilyn ont eu l'effet escompté. La Fox revient sur ses menaces, ravale ses injonctions, et propose un nouveau contrat plus avantageux à la star.

Mais Marilyn est déjà ailleurs, dans un demi-coma provoqué par les barbituriques. Ses dernières scènes filmées avec Wally Cox, un acteur qui est l'ami intime de Marlon Brando et qui mourra drogué, ont été excellentes. La Marilyn Monroe d'autrefois revient, par bribes, à la surface. Il faudrait continuer, sauver ce satané film. Elle réapparaît sur le plateau pour fêter son anniversaire, elle a 36 ans. Mais c'est un vendredi soir, les techniciens sont pressés de rentrer, le coeur n'y est pas. Le gâteau coule lentement sur la table, le champagne est servi dans des gobelets en papier, et l'ambiance est plombée. Vingt minutes après le pot, Marilyn reste seule, sur un plateau désert, avec Wally Cox, petit bonhomme à lunettes, drôle et terriblement dépressif.

Rentrée chez elle, Marilyn se sent écartelée entre ses deux gourous : Paula Strasberg, la coach parasite, et Ralph Greenson, que certains soupçonnent d'avoir des relations sexuelles avec sa cliente. Or la première est à New York, le second est en Suisse. Marilyn accorde une interview à un journaliste, pose de nouveau nue pour Bert Stern, discute avec Pat Newcomb, son attachée de presse, qui a été placée là par Bobby Kennedy, pour contrôler la situation.

Le 1er août 1962, un nouveau metteur en scène, Jean Negulesco, est choisi en remplacement de George Cukor. Negulesco est drôle, et il a déjà dirigé Marilyn dans « Comment épouser un millionnaire ». On reprendra donc le tournage en octobre, c'est décidé. Marilyn est-elle satisfaite ? Elle va s'acheter une table de nuit chez un antiquaire, rentre chez elle, décroche le téléphone, avale une poignée de pilules sans compter, bavarde, dodeline, s'endort. Nous sommes le 3 août.

L'interview paraît dans « Life », ce jour-là. Elle dit : « Vous ne savez pas ce que c'est, d'avoir tout ce que j'ai et de vivre sans amour, sans bonheur. » Le 4 août 1962, au petit matin, Marilyn est morte.


Marilyn et la France
le 19/08/2012
Par Bernard Comment
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sur cinema.nouvelobs.com

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Chaque semaine, l'éditeur des écrits et dessins de la star - mandaté par la famille Strasberg - nous offre un document rare. Aujourd'hui, une lettre à Georges Auric, président de l'Académie du Cinéma.

Marilyn Monroe n'est jamais venue en France, du moins n'existe-t-il aucune trace d'un voyage. Mais elle avait une vraie tendance francophile, un goût pour la littérature (Camus, Proust), la peinture (Bonnard, Van Gogh) et les produits fins (champagne, foie gras) de l'Hexagone. Surtout, l'occasion s'en présenta très concrètement en 1958, quand l'Académie du Cinéma présidée par Georges Auric décida, lors de sa séance du 2 avril, de lui décerner son Grand Prix de la meilleure interprétation étrangère pour son rôle dans « Le Prince et la Danseuse », sorti quelques mois auparavant sur les écrans européens (et l'on peut imaginer le goût savoureux d'une telle récompense, par l'Académie d'une cinématographie prestigieuse, quand on sait le mépris avec lequel l'avait parfois traitée Laurence Olivier sur le tournage du film à Londres pendant l'été 1956). Si les oscars n'ont jamais couronné Marilyn (quelque chose en elle dérangeait l'establishment hollywoodien, peut-être le culot d'avoir fondé sa propre société de production, ou sa volonté d'échapper à l'icône de la blonde sexy), elle reçut de nombreux prix à l'étranger ou par la presse étrangère. Une invitation est donc lancée à Marilyn, qui semble ne pas recevoir la lettre. Quelques semaines plus tard, le 12 mai, l'Académie du Cinéma, croyant savoir que la star a prévu un voyage prochainement en Europe, tente une relance par l'intermédiaire de Paula Strasberg, et, le 22 mai, Marilyn accuse réception de ce courrier, se dit très honorée et déclare envisager sa venue avec son mari, mais pas avant l'automne. Le 5 septembre, elle précise que cela ne pourra pas être avant le 1er novembre, une fois que le tournage de « Certains l'aiment chaud » aura pris fin. En fait, le film de Billy Wilder, démarré le 4 août 1958, ne se terminera que le 6 novembre, avec vingt-neuf jours de retard imputables pour l'essentiel à Marilyn, qui accumulait les absences et les retards, tétanisée par une incertitude ontologique et craintive à l'idée des scènes parfois comiques de son rôle.

Vers la mi-septembre, Marilyn est rejointe sur le tournage par Arthur Miller et, quelques jours après, elle apprend qu'elle est enceinte. C'est le bonheur tant attendu. Mais le 7 novembre, elle est hospitalisée au Cedars of Lebanon Hospital de Los Angeles pour des difficultés liées à sa grossesse. Fausse alerte. Elle regagne New York, avec injonction des médecins de se reposer et de renoncer aux barbituriques et à l'alcool. De son côté, l'Académie du Cinéma relance, on propose de déplacer la cérémonie au mardi 25 novembre, puis au samedi 13 décembre. Chacun a ses urgences. Marilyn finit par envoyer un long télégramme le 26 novembre, dans lequel elle annonce qu'elle ne pourra malheureusement pas venir, pour la belle raison qu'elle est enceinte. On est déçu à Paris, mais on la félicite pour la bonne nouvelle. Marilyn propose de coopérer, sous la forme d'un message personnel, ou d'un télégramme, ou d'une conversation téléphonique. Cette dernière hypothèse sera finalement abandonnée en raison des complications techniques. On se contentera d'un message, envoyé l'avant-veille au directeur par télégramme : « Mes cordiales salutations à vous et à tous les membres de l'Académie. Je regrette sincèrement l'impossibilité d'être parmi vous à cette occasion et j'espère vous remercier tous prochainement pour le précieux prix que vous me remettez. J'espère avoir le plaisir de vous rencontrer dans un futur pas trop éloigné. Avec mes meilleurs voeux, Marilyn Monroe-Miller. »

Mais le 16 décembre, c'est le drame. Une fausse couche, l'hospitalisation dans une clinique de Manhattan, la déprime, des semaines noires que les fêtes de fin d'année ne parviennent pas à égayer. L'enfant tant désiré ne viendra jamais. L'étoile de cristal sera remise à Marilyn le 26 février 1959, à New York, par Georges Auric, en voyage aux Etats-Unis. On ne sait si la cérémonie eut lieu à l'Institut du Film français ou dans les luxueux locaux des services culturels de l'ambassade de France, en haut de la V Avenue près du Metropolitan Museum. Il se dit qu'une robe de soirée de Marilyn serait conservée dans cette représentation française, bien cachée, et dévoilée en de rares et précieuses occasions, comme l'incantation d'un fantôme… dont le rayonnement continue de nous parvenir et de nous toucher, tout particulièrement ici où l'on a su, depuis longtemps, voir en elle autre chose qu'une blonde écervelée, à savoir une femme curieuse, exigeante, désireuse de se perfectionner et de se cultiver. Une enfant radieuse, pour reprendre la belle expression de Truman Capote.

La lettre de Marilyn à Georges Auric :

Tout d'abord laissez-moi vous adresser mes plus plates excuses pour le long retard pris à répondre à votre lettre et à votre télégramme.

Comme vous le savez sans doute, j'ai travaillé sur un film à Hollywood durant les quatre derniers mois et demi. J'avais vraiment espéré venir à Paris pour y recevoir la récompense dont vous m'avez si gentiment gratifiée. Cependant, la nature est intervenue et j'attends un enfant. En raison de récentes complications concernant la grossesse, mon médecin m'a interdit toute espèce de voyage.

Je ne peux pas vous dire assez fort combien j'ai attendu cet événement et j'espère que vous comprendrez que seule une circonstance aussi importante à mes yeux pouvait m'empêcher de venir.

S'il y a une façon pour moi de coopérer à cet événement, à travers un message personnel ou un télégramme ou une conversation téléphonique transatlantique ou tout autre moyen dont vous auriez l'idée, je serai très heureuse de le faire. Faites-moi s'il vous plaît savoir quand la date exacte sera fixée. Avec mes voeux les plus sincères pour tous les membres de l'Académie et à nouveau mes plus chaleureux remerciements pour ce grand honneur qui m'est fait, Marilyn Monroe Miller 

10 août 2012

Le Nouvel Observateur 9/08/2012

lenouvelobs_coverLe magazine français Le Nouvel Observateur n°2492, paru le 9 août 2012 consacre un article de 5 pages à Marilyn Monroe (chapitre 5, par François Forestier).
 prix: 3,50 

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Chapitre 5 : le dernier film de Marilyn
Par François Forestier
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 Le tournage des « Misfists » s'achève dans l'amertume. Le 16 novembre, Gable meurt d'une crise cardiaque. Pour tous, c'est Marilyn qui est coupable… © DR  

Avec « The Misfits », de John Huston (1961), Marilyn Monroe quitte le cinéma et entre dans la folie.

Marilyn est déchaînée. Une haine noire sourd d'elle. Elle humilie constamment son mari. Elle lui fait porter son café. Elle refuse d'apprendre ses répliques. Elle demande qu'il récrive le scénario. Elle fait savoir publiquement qu'elle vient d'avoir une aventure avec Yves Montand, sur le tournage du « Milliardaire ». Arthur Miller, abattu, reste devant sa machine à écrire, et, par la fenêtre, contemple les montagnes dans le désert du Nevada. Des bouffées de vent apportent des nuages de poussière et les petits buissons d'alfafa roulent sur la terre violette, brûlée par le soleil. L'eau de Pyramid Lake s'évapore en brouillant la lumière. Il fait une chaleur folle : 55 degrés. L'apparence d'innocence, le masque de fragilité de Marilyn sont tombés : il ne reste plus qu'une harpie vulgaire, au vocabulaire de harengère et à l'allure d'une virago. Derrière Marilyn, la Gorgone.

Flash-back. Arthur Miller a eu l'idée des « Misfits » deux ans avant, lors du tournage du « Prince et la Danseuse ». A Londres, il a couché sur le papier l'histoire de deux cow-boys réduits à chasser des mustangs sauvages pour les vendre comme chair à Canigou. Dans les derniers espaces libres, ces survivants d'une autre époque prennent les chevaux au lasso et savent que ces palominos vont devenir de la pâtée pour chiens. Gay et Guido croisent sur leur chemin un autre homme, Perce, et un triangle amoureux s'installe avec la belle Roslyn, qui a toujours été traquée par les hommes comme ces chevaux… Dans l'esprit d'Arthur Miller, ce scénario est un cadeau d'amour pour Marilyn. Du moins, en 1957 : à ses yeux, alors, elle était une victime, une innocente éternellement abusée par les hommes, toujours utilisée comme objet sexuel. Mais, deux ans plus tard, son regard a changé : Marilyn est un monstre, Miller le voit bien. Elle manipule les gens, joue avec les sentiments, couche pour faire mal ; elle détruit, elle cingle. Il n'y a plus aucune douceur en elle. Les gens sont émus par sa vulnérabilité ? En fait, elle est aussi vulnérable qu'une écharde en Téfon. D'ailleurs, quand Miller lui a fait lire le script, elle l'a trouvé bête, sans intérêt et, c'est clair, elle ne tournera pas ce… ce… ce machin, mi-western, mi-drame.

1959. Les mois ont passé. Marilyn s'enfonce dans son paradis artificiel : elle prend une douzaine de pilules le soir. Autant pour se réveiller, avec un bloody mary. Elle dort nue dans un lit bouchonné, et son chien s'oublie sur les disques de Frank Sinatra qui traînent partout. Elle refuse de tourner le remake de « l'Ange bleu » avec Spencer Tracy. Elle se moque d'Arthur Miller, qui n'arrive pas à vendre son scénario aux producteurs. Elle refuse d'intervenir auprès de John Huston que Miller aimerait contacter. Après tout, elle a tourné avec Huston « Quand la ville dort », elle le connaît. Mais le cinéaste la connaît aussi : il sait qu'elle a été call-girl, qu'elle n'est qu'une « pauvre fille » abîmée et abrutie par les drogues, il la tient en médiocre estime. Il est au courant des deux overdoses qu'elle vient de faire, avant d'être sauvée au dernier moment. Finalement, quand Miller remet le scénario à Huston, celui-ci aime. Il ne craint qu'une chose : la folie de Marilyn. Et ses retards chroniques. Pourtant, récemment, elle a fait un effort : pour accueillir Nikita Khrouchtchev, président du Conseil des Ministres de l'URSS, lors de sa visite aux Etats-Unis et à Disneyland, elle a été à l'heure. Billy Wilder, qui vient de souffrir mille morts pendant le tournage de « Certains l'aiment chaud » à cause des absences de sa star, remarque immédiatement : « C'est Khrouchtchev qui doit mettre en scène le prochain film de Marilyn. »

John Huston contacte d'abord Robert Mitchum. Celui-ci lit « The Misfits », n'y comprend rien et donne comme consigne : « Dites à Huston que je suis mort. » Clark Gable, pressenti, est plus malléable. Il accepte. Marilyn est ravie, elle a toujours pensé qu'il aurait pu être son père de rêve. Si beau, si viril, le king Gable… Montgomery Clift, à peine remis d'un accident terrible qui l'a défiguré, bourré d'alcool et d'analgésiques, obtient le rôle de Perce, le cow-boy solitaire. Le tournage est fixé au 18 juillet 1960, non loin de Reno, Nevada. Trois jours plus tôt, la Convention du Parti démocrate a désigné JFK comme candidat officiel, au grand plaisir de Marilyn. Dans le désert, la production s'installe, avec parasols, réserves d'eau, génératrices. La star, dans sa caravane, répète avec Paula Strasberg, l'âme damnée de Marilyn, qui exaspère tout le monde en traînant derrière l'actrice comme une tique grasse. Lee Strasberg, le prophète de l'Actors Studio, arrive et s'habille immédiatement en cow-boy d'opérette. Son Stetson est plus grand que lui. Il refuse d'intervenir pour calmer Marilyn. Il n'est là que pour la persuader de jouer dans un film dont il a le projet, « Rain », d'après Somerset Maugham. Huston, découragé, va jouer son cachet au casino et, au petit matin, tombe dans le lit de sa maîtresse, Marietta Tree, une militante de gauche. Marilyn jette les vêtements d'Arthur Miller dans la poussière, le vire de sa caravane, le plante là, au vu et au su de tous. Et elle rejoint secrètement JFK au Cal Neva, un hôtel de la mafia dans lequel Joe Kennedy, le père du futur président, possède des actions, conjointement avec Sam Giancana, le parrain de Chicago. Peut-être Marilyn est-elle heureuse, pour quelques heures, sur la terrasse de l'un des bungalows du Cal Neva, au bord du lac Tahoe…

Jour après jour, Marilyn est en retard. Sous un soleil de plomb, l'équipe attend. Clark Gable, qui se sent mal, tempête. Il s'en prend à « Monty » Clift, qui est venu avec son amant. Quand il le traite de tapette, l'autre lui répond : « C'est celui qui dit qui en est. » Il ravive ainsi un passé ignoré : Clark Gable, l'idole des femmes, a débuté à Hollywood en accordant ses faveurs à des homosexuels réputés. Du coup, Gable se tait. L'ambiance est terrible. Une photographe autrichienne au visage de garçon traîne : rien n'échappe à Inge Morath, qui a traversé la fin de la guerre dans un camp de prisonniers ukrainiens. Elle voit, comme tous, que Marilyn n'a plus de regard. Ses yeux sont vitreux : elle prend au moins vingt pilules de Nembutal et des injections d'Amytal, deux barbituriques très dangereux, prescrits par le psy de Marilyn, Ralph Greenson, qui a jeté depuis longtemps aux orties son éthique professionnelle. Sa cliente rate ses scènes, puis s'enferme dans sa caravane et braille contre Mller. Paula Strasberg, pour 3 000 dollars par semaine, se contente de lire « Comment gagner au Craps » dans ces moments-là, et se bourre aussi d'analgésiques. Elle a un cancer des os. Lee, son mari, s'en va.

Au beau milieu du tournage, les montagnes, au loin, s'enflamment. Un incendie ravage la Sierra Nevada, les lignes téléphoniques et électriques sont coupées, la climatisation est en panne, la ville entière est plongée dans le noir. Marilyn s'assied et boit du champagne en contemplant le rougeoiement de l'horizon. Au dernier étage du Mapes Hotel, une fenêtre reste allumée : Arthur Miller a pris soin de faire brancher sa chambre sur un générateur de la production. Il récrit son scénario, jugé trop long, trop lent. Il n'arrive pas à trouver le point nodal de son « western moderne ». Il ne le trouvera jamais. Le feu éteint, Marilyn essaie de reprendre. Elle titube. Huston décide de l'envoyer subir une cure de désintoxication. Le tournage est interrompu.

Dix jours plus tard, Marilyn, bourrée de vitamines, revient, apparemment en forme. Huston commence par une scène difficile, où Roslyn est couchée dans un lit, et Gay (Clark Gable, en l'occurrence bien nommé), assis, dialogue avec elle. Une prise : ratée. Une autre prise : ratée. Sept prises sont jetées à la poubelle, car Marilyn savonne son texte. En désespoir de cause, elle a recours au plus vieux truc du monde : au beau milieu de la scène, elle fait glisser le drap et révèle un sein nu. Huston, dédaigneux : « Remballe ça, Marilyn. On connaît. » Elle se retire dans sa chambre, vexée. Elle reprend des pilules. Elle ne se lave plus. Arthur Miller change d'hôtel. John Huston règle ses dettes de jeu, se soûle copieusement, participe à une course de chameaux, lit le scénario de 800 pages de son prochain film, « Freud, passions secrètes », et le jette. Décidément, Jean-Paul Sartre, l'auteur de ce pensum, qui fonctionne aux « uppers » (amphétamines), ne sait pas écrire pour le cinéma, se dit Huston. Le tournage des « Misfits » s'achève dans l'amertume. Gable repart au plus vite retrouver sa femme enceinte. Il ne verra pas son enfant naître : le 16 novembre, il meurt d'une crise cardiaque foudroyante. Pour tous, c'est Marilyn qui est coupable. Elle s'enfuit au Mexique, pour divorcer loin des gazettes indiscrètes. Elle en profite pour rendre visite à Frederick Vanderbilt Field, un héritier fauché, membre du Parti communiste. Le FBI se met en alerte rouge. Elle est espionnée constamment. D'autant plus qu'elle fréquente JFK, l'ennemi juré de John Edgar Hoover, qui constitue un solide dossier pour faire chanter le futur président des Etats-Unis. Marilyn regrette le chien d'Arthur Miller, Hugo, un vieux basset lent. Elle partageait avec lui ses coupes de champagne, et le chien s'endormait en pétant.

Noël arrive. Marilyn passe la soirée avec les Strasberg, puis, seule, s'abandonne au désespoir : « Je suis Marilyn, Marilyn, Marilyn », répète-t-elle. Elle veut être une autre. Elle appelle son ancien mari, Joe DiMaggio. Il lui a envoyé des fleurs. Ils passent le 25 décembre ensemble, la main dans la main. Le 31 janvier 1961, la première de « The Misfits » a lieu à New York. Marilyn apparaît. Elle est l'ombre d'elle-même. Arthur Miller est là, avec celle qui deviendra sa femme, la photographe autrichienne. Inge Morath et Arthur Miller vont rester unis pendant quarante ans, jusqu'à la fin. Il écrira un livre triste, sur ce tournage, intitulé : « la Fin du film ». On peut y lire : « La vie, la joie de vivre n'est plus qu'une poussière pétrie par la haine la plus ordinaire. » Le public et la critique sont très tièdes, devant « The Misfits », oeuvre entre deux genres, insaisissable, longue et… en noir et blanc.

C'est le dernier film de Marilyn Monroe. Un mois plus tard, elle est internée. 


« Dear Mister Montand… »
le 12/08/2012
Par Bernard Comment
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 © DR / © Bruce Davidson-Magnum  

Chaque semaine, l'éditeur des écrits et dessins de la star nous offre un document rare. Aujourd'hui, une lettre adressée à Yves Montand, avec qui elle eut une brève et puissante histoire d'amour.

Le 21 septembre 1959, Marilyn Monroe se rend au Henry Miller's Theater, à Broadway, pour la première du one-manshow d'Yves Montand, un spectacle qui va connaître un énorme succès auprès du public new-yorkais. Arthur Miller étant retenu par l'écriture d'une nouvelle version des « Misfits » à rendre d'urgence, elle est accompagnée par Montgomery Clift, un de ses futurs partenaires dans le film à venir de John Huston.

Le ton de la lettre qu'elle dicte trois jours plus tard à sa secrétaire est à la fois prudent et chaleureux. Elle est adressée à l'Algonquin Hotel, où réside Montand. On ne sait si le mot « escort » se réfère à Montgomery Clift ou s'il désigne des gardes du corps. Cela ressemble en tout cas à une formalité, les excuses obligées pour un rendez-vous manqué, mais tout autant à une façon de prendre date. La séduction a-t-elle déjà opéré ? Quelques mois plus tard, Marilyn devait déclarer à la presse : « Avec Marlon Brando, et juste après mon mari, Yves Montand est l'homme le plus séduisant que j'aie rencontré. » La loyauté conjugale portée à son terme.

Le couple Miller-Monroe retournera ensemble voir Montand sur les planches quelques jours plus tard, et c'est Arthur (lié à Montand et Simone Signoret depuis que le couple avait interprété une mise en scène des « Sorcières de Salem », en 1956) qui insistera pour que le rôle de Jean-Marc Clément dans « Le Milliardaire » soit confié au chansonnier et acteur français, malgré ses piètres capacités dans la langue anglaise qui lui inspirèrent, à ses propres dires, une terreur au moins équivalente à celle qui s'emparait de Marilyn au moment d'apparaître devant les caméras. Gregory Peck, initialement pressenti, ayant fait défaut, la Fox accepte sans gaieté de coeur cette substitution, pour un film dont le scénario est de toute façon peu prometteur (Arthur Miller a dû y mettre la main, pour améliorer ce qui pouvait l'être).

Le tournage de « Let's Make Love » (titre autrement évocateur que « le Milliardaire »…) démarre le 9 novembre 1959, mais connaît de nombreuses interruptions, et prendra son véritable envol au printemps 1960. Marilyn et Montand se retrouvent bientôt seuls dans leurs bungalows du très chic Beverly Hills Hotel, et une puissante histoire d'amour se noue entre eux, qui confère peut-être ses rares moments de magie au film. Cette relation clandestine est vite connue des échotiers, dont des espions sont traditionnellement planqués dans les jardins de l'hôtel. Les époux trompés réagiront avec calme et dignité, et l'affaire cessera avec le départ d'Yves Montand vers l'Europe et le Japon.

En été 1960, peu après la fin de l'idylle, et au sortir d'une courte hospitalisation intervenue durant le tournage très tourmenté des « Misfits », Marilyn écrit une lettre à Lester Markel, responsable de l'édition dominicale du « New York Times », pour lui suggérer de consacrer un long article à Yves Montand, « non seulement un bon acteur, un merveilleux chanteur et danseur plein de charme, mais aussi un des hommes les plus attrayants qui soient » (brouillon de lettre à paraître dans le volume issu de l'intégralité des archives que les Editions du Seuil publieront en automne 2013).
Yves Montand, lui, fut parfois condescendant (et non dépourvu d'un certain machisme) dans sa description de l'idylle qui le lia à Marilyn.

On ne sait pas très bien ce que Marilyn ressentit quand l'oscar de la meilleure actrice fut attribué à Simone Signoret pour son rôle dans « Room at the Top » de Jack Clayton. En tous les cas, et pour s'en tenir à une preuve tangible, elle garde une beau souvenir de son aventure, puisqu'elle écrit, dans le post-scriptum d'une longue lettre adressée le 1er mars 1961 à son psychanalyste de Hollywood, le Dr Ralph Greenson : « From Yves I have heard nothing - but I don't mind since I have such a strong, tender, wonderful Memory » (« D'Yves je n'ai aucune nouvelle, mais cela m'est égal. J'en ai un souvenir fort, tendre, merveilleux »). Les femmes ont parfois plus d'élégance dans leurs souvenirs que les hommes…

02 août 2012

Le Nouvel Observateur 2/08/2012

lenouvelobs_coverLe magazine français Le Nouvel Observateur n°2491, paru le 2 août 2012 consacre un article de 4 pages à Marilyn Monroe (chapitre 4, par François Forestier).
 prix: 3,50  


Marilyn Monroe, ange et démon
Par François Forestier
en ligne
sur nouvelobs.com  

Avec "Le Prince et la Danseuse", le conte de fées de Marilyn Monroe, dont on commémore le 50e anniversaire de la mort, tourne au cauchemar.

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Une collection unique de près de 4.000 photographies de Marilyn Monroe, dont certaines jusqu'à présent non publiées, sera exposée en août en Pologne avant d'être mise aux enchères, a indiqué vendredi le quotidien Gazeta Wyborcza. (c) Afp

Marilyn, vêtue d'une robe sombre en velours, le cou orné d'une rangée de perles, descend l'escalier de marbre blanc. C'est une apparition magique. Laurence Olivier la prend par le bras, la mène vers son fauteuil. La conférence de presse pour annoncer le tournage du "Prince et la Danseuse" est prometteuse : Laurence Olivier, le plus grand acteur du monde, et Marilyn Monroe, la femme la plus célèbre du cosmos. Merveilleux casting.
Les journalistes, hypnotisés, demandent à Marilyn : "Vous allez continuer avec l'Actor Studios ?" Elle bat des cils, sa gorge palpite. Elle répond : "Je voudrais me développer de toutes les façons possibles." Silence. Laurence Olivier prend la parole : "Miss Monroe a un talent... Mmm... Extraordinaire pour vous faire croire une minute qu'elle est une petite chose coquine et, la minute suivante, vous convaincre qu'elle est une ravissante idiote", dit-il. Les photographes shootent au niveau du genou, espérant prouver que Marilyn ne porte rien sous sa culotte. L'atmosphère est électrique. Soudain, la bretelle de la robe de Marilyn cède. La salle devient dingue. Marilyn se rajuste, gênée, innocente, rougissante. Une assistante apporte une épingle de nourrice. Marilyn la lui a remise juste avant l'"accident".

"Fais comme si tu étais une bouteille de ketchup"

Depuis qu'elle est tombée sous de l'empire de Lee Strasberg, le gourou de l'Actor Studio, Marilyn s'emploie à devenir une tragédienne. Elle répète Eschyle, martèle Shakespeare, énonce James Joyce. L'épouse de Lee, Paula Strasberg, une sorte de sorcière adipeuse en djellaba noire et éternellement coiffée d'un chapeau de paille, cornaque Marilyn tout le temps, à prix d'or - 1 500 dollars la semaine. Les metteurs en scène deviennent fous, de voir cette ombre sinistre souffler des âneries à l'oreille de la blonde. "Fais comme si tu étais une bouteille de ketchup" ou "imagine une brosse à dents très sale", voilà les indications scéniques de la Strasberg.

Le précédent réalisateur de Marilyn, Joshua Logan, a failli verser dans la rage baveuse, pendant le tournage de "Bus Stop". Maintenant que la star est sa propre productrice, personne ne peut plus la contredire. Elle navigue entre son psy et son médecin, et fait des efforts pathétiques pour plaire à son nouveau mari, Arthur Miller, auteur dramatique en vogue. Lequel est empêtré dans ses déclarations devant la Commission des Activités anti-américaines. Soupçonné d'être communiste, il est invité à balancer des noms, comme son ex-ami Elia Kazan. Il ne le fera pas. Il finaude, se dérobe, a signé une pièce anti-McCarthy, "Les Sorcières de Salem". Cet intellectuel avec cette blonde ? C'est l'union de la Belle et de la Bête, daube la presse.

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  Laurence Olivier à Marilyn : « Soyez sexy. » Catastrophe : c'est exactement ce qu'elle ne veut pas entendre. © DR  

Quand Marilyn et Miller sont arrivés en Angleterre pour « Le Prince et la Danseuse », ils ont été accueillis comme des seigneurs. Flanqués de quatre motards, ils ont été déposés à Parkside House, un manoir géorgien qui jouxte le palais de Windsor. Onze chambres à coucher, un parc privé, une armée de valets, thé à tous les étages. Mais la réception fastueuse masque le mépris de Laurence Olivier pour le maigre talent de dramaturge de Miller. De plus, Olivier est noyé dans les problèmes que lui pose son épouse, la sublime Vivien Leigh, qui le cocufle allégrement avec un autre acteur, Peter Finch, avant de s'offrir, nue sous un manteau de fourrure, au premier passant venu. C'est que lady Olivier a sombré dans une schizophrénie agressive. Sir Laurence, qui doit interpréter le rôle principal et mettre en scène le film, compte sur Marilyn pour redorer son blason. Il est sous le charme, absolument.

Tandis que Miller se met à écrire une adaptation de l'une de ses pièces, Marilyn se rend à l'essayage. Elle est dans son état non-Marilyn : blême, le cheveu gras, le regard égaré. Laurence Olivier est stupéfait. Derrière elle, à trois pas, Paula Strasberg. La magie s'effrite instantanément. On débarbouille l'actrice, on la maquille, on l'éclaire. Ouf, c'est réparé. Le conte de fées entre le grand-duc Charles de Carpathie et la danseuse Elsie, surnommée The Coconut Girl, peut commencer. Mince histoire d'amour, dans la tradition des pâtisseries viennoises - tout repose sur la légèreté, la drôlerie, la vivacité. C'est ce que Laurence Olivier essaie d'expliquer à Marilyn. Celle-ci le regarde comme une huître morte. Paula Strasberg murmure à l'oreille de l'actrice. Sir Laurence se contient pour ne pas faire expulser cette Carabosse. Le 30 juillet 1956, le tournage débute. Marilyn arrive une heure en retard. Le deuxième jour, deux heures. Le troisième… Les acteurs anglais sont ponctuels, connaissent leur texte, n'ont pas besoin de se chauffer comme les derviches de l'Actors Studio. Laurence Olivier se consume de colère. Marilyn, elle, pense qu'au contact de ce shakespearien renommé un peu de son éclat va déteindre sur elle. C'est son obsession. Le soir, avec Arthur Miller, elle ne songe qu'à sortir de son rôle de bimbo. Son mari l'observe avec dépit : il a épousé la plus belle créature du monde, il se retrouve avec une névrosée bourrée de pilules, torturée par son image, dévorée d'angoisse, agressive, agaçante. Il espérait être avec Marilyn, il est avec la Poison.

Laurence Olivier, costumé en aristocrate d'opérette, se tourne vers Marilyn et, juste avant que la caméra ne se mette en marche, lui dit : « Soyez sexy. » Catastrophe : c'est exactement ce qu'elle ne veut pas entendre. Elle est donc utilisée, une fois de plus, pour sa sensualité ? Pas pour son talent ? Elle fuit, s'enferme dans sa loge, appelle Lee Strasberg à New York, pleure la nuit, tempête dans les onze chambres à coucher, rage. On s'est moqué d'elle. Miller se cache la tête sous l'oreiller. Elle ouvre le carnet de notes de son mari, lit : « J'ai pensé avoir épousé un ange, je me suis trompé. » Là, Marilyn craque complètement. Elle a déjà été abandonnée par son père, par sa mère, par son producteur, par ses deux premiers maris. On la laisse tomber une fois de plus ? Miller repart aux Etats-Unis, pour apparaître devant les inquisiteurs. Marilyn avale des poignées d'anxiolytiques et boit du champagne. Puis elle couche avec le gentil assistant, Colin Clark, qui fera de cette aventure un livre - non, deux. En attendant, Laurence Olivier se retrouve avec deux folles : sa femme, qui vient de faire une fausse couche, et son actrice, qui est camée. Quand Arthur Miller revient, il fait grand cas de se montrer à la première londonienne de sa pièce « Vu du pont ». Il demande sa carte de membre du Comedy Club, devant les photographes. Pour ce faire, il doit certifier qu'il est éligible et que sa femme n'est pas « indésirable ». Il certifie énormément.

Lee Strasberg arrive au studio. Il lui est interdit d'entrer, il reste à la grille. Sa femme, qu'Olivier surnomme « The Beast », tempête. Marilyn plonge dans un marécage opiacé. Son look se détériore. Elle ne se souvient plus de son texte. Le directeur photo, Jack Cardiff, qui a travaillé avec Huston sur « African Queen » et avec le tandem Michael Powell-Emeric Pressburger, fait tout pour camoufler les dégâts. Par moments, Marilyn retrouve son éclat, sa vivacité, sa fraîcheur. Puis elle retombe dans une aboulie pâteuse, et déserte le plateau le lendemain. Ravie, elle écoute Lee Strasberg lui expliquer qu'elle est géniale, que Laurence Olivier est un acteur surestimé, qu'elle n'est pas jugée à sa vraie valeur. Son mari pense qu'elle est une « pute emmerdante », dit-elle à Strasberg. Arthur Miller rétorque que c'est faux, et que les Strasberg sont des serpents venimeux. L'ambiance est bien pourrie. Pour alléger, Miller emmène Marilyn à Stratford-upon-Avon, visiter le lieu de naissance de Shakespeare. La presse anglaise note que le couple fait chambre à part, désormais. Un adolescent enamouré campe devant le manoir, jour après jour, une fleur à la main. Finalement, Marilyn sort, lui adresse quelques mots et le remercie pour la belle rose. Puis elle l'embrasse sur la bouche. Un demi-siècle plus tard, le vieil homme est encore émerveillé.

De fable charmante, « le Prince et la Danseuse » vire au cauchemar. Quand Laurence Olivier demande à Marilyn de se déplacer pour être dans l'axe de la caméra, celle-ci rétorque : « Vous ne me voyez pas. Pas la peine d'être ici, alors », et elle s'en va. Milton Greene, l'associé de Marilyn, ex-photographe devenu producteur, s'alarme de la note de téléphone (la psychanalyse longue distance, c'est cher), des retards, du budget qui explose. Un jour que Marilyn attend avec Paula dans sa loge, l'assistant fait savoir au metteur en scène que la star est prête. Il entend Laurence Olivier, gentleman exquis, pair du royaume, dire  : « Qu'elle aille se faire foutre. » Et Marilyn recommence ses caprices : alors que l'équipe attend, elle commande des robes, des chaussures, des ensembles. Le 29 octobre, elle est officiellement présentée à la reine, devant laquelle elle fait une jolie révérence, en robe lamée or, bretelles de topazes. Sur les clichés, Sa Majesté regarde avec curiosité le décolleté très ajusté de sa voisine de palier. Mais peut-être jauge-t-elle les topazes…

Le tournage s'achève en novembre, avec onze jours de retard. Avant de rentrer aux Etats-Unis, où Arthur Miller a finalement été très légèrement condamné pour avoir « manifesté du mépris pour la cour » et non pour ses opinions de gauche, le couple se rend à une soirée, pour rencontrer deux acteurs français : Simone Signoret et Yves Montand. Deux ans plus tard, Marilyn tournera « Le Milliardaire » avec ce dernier. Le 13 juin 1957, « le Prince et la Danseuse » sort au Radio City Music Hall, l'une des plus belles salles de New York. A cette occasion, Marilyn, apparemment heureuse, décrit à la presse la petite maison au bord de la mer où elle passe ses vacances avec son mari, « juste assez grande pour nous et des enfants », et, au détour d'une interview, dit : « La seule chose dont j'aie peur, c'est de moi-même. » Elle a raison : sa consommation de pilules s'accroît, ses absences aussi. Bientôt, elle sera internée. Mais, pendant le tournage du « Prince et la Danseuse », un événement mondain a eu lieu : Grace Kelly est devenue princesse de Monaco. Or, il y a un an, c'est Marilyn qui a été approchée pour être l'élue. Elle a simplement répondu : « Monaco ? C'est où, ça ? » Elle a failli vivre l'histoire du « Prince et la Danseuse », en vrai. Bientôt, le destin va lui offrir une deuxième chance, un deuxième prince : JFK. Elle rêvera de devenir première dame. A l'époque, pas question d'être la « first girl-friend ».

Le plus étonnant, c'est que le film de Laurence Olivier, s'il est fade et mou, n'existe que par la présence de Marilyn. Les orages, les angoisses, l'amertume, rien ne transparaît : Marilyn est lumineuse, parfois un peu rêveuse, mais si sexy, si touchante, on ne voit qu'elle. Le « plus grand acteur du monde », à côté, est aussi sensuel qu'un ravier à margarine. Il a de la prestance, de l'allure, du style, mais il est déplacé. Il voudrait être Cary Grant, il n'est que l'ombre de sa manchette. Marilyn va bientôt tourner son chef-d'oeuvre absolu : « Certains l'aiment chaud ». C'est là que Tony Curtis, exaspéré, déclarera : « Embrasser Marilyn, c'est comme embrasser Hitler », comparaison discutable mais pittoresque. Surtout, l'espoir de fonder un foyer va fondre comme un glacier sous réchauffement climatique. Déjà, Arthur Miller s'éloigne. Le jour de leur mariage, il a offert à sa fiancée un bracelet en or. Avec ces mots : « A à M, juin 1956. Maintenant et à jamais. »

Le bonheur ? Jamais.

Lire l'intégralité de l'article de François Forestier, "Marilyn, ange et démon", dans "le Nouvel Observateur" du 2 août 2012.
sur le site  cinema.nouvelobs.com   


Marilyn : « Merci de m'aider à sauver ma vie »
le 4/08/2012
Par Bernard Comment
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sur cinema.nouvelobs.com

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 © KOBAL-AFP-© DR  

Chaque semaine, l'éditeur des écrits et dessins de la star - mandaté par la famille Strasberg - nous offre un document rare. Aujourd'hui, une lettre inédite à Lee Strasberg

Durant les premiers mois de 1956, Marilyn Monroe, désormais new-yorkaise, quitte sa nouvelle ville d'adoption pour se rendre sur le tournage de « Bus Stop ». Elle rentre d'abord à Hollywood, après plus d'un an d'absence, puis se rend à Phoenix (Arizona) et à Sun Valley (Idaho), avant de revenir à Los Angeles où elle réside au luxueux hôtel Chateau Marmont, sur Sunset Boulevard (elle y retrouve Arthur Miller, pour des amours encore clandestines à ce moment-là). Le réalisateur de « Bus Stop », Joshua Logan, était incertain au départ sur le choix de Marilyn et s'était renseigné auprès de Lee Strasberg, qui l'avait chaleureusement recommandée, convaincu de l'énorme talent d'actrice de celle que les studios de Hollywood s'efforçaient d'enfermer dans un rôle de blonde sexy et superficielle. Elle tenait ainsi l'occasion de démontrer son talent, avec un beau rôle complexe, dirigée par un cinéaste de talent.

Quatorze mois plus tôt, en décembre 1954, alors que le monde du cinéma la reconnaissait enfin comme une star en l'honorant d'un grand dîner de gala après les énormes succès, coup sur coup, de « Niagara », « Les hommes préfèrent les blondes » et « Comment épouser un millionnaire », elle avait quitté la Côte Ouest pour se rendre à New York, à la fois pour y fonder une société de production cinématographique (avec le photographe Milton Greene) et pour suivre les cours de Lee Strasberg à l'Actors Studio. La décision de ce déplacement est vertigineuse, et exceptionnelle : aucune star n'a jamais renoncé à l'éclat de la gloire pour aller se perfectionner sur les bancs d'une école, fût-elle hautement prestigieuse.

Ce choix, au demeurant, ne manque pas de cohérence. En effet, la formation de Marilyn au métier de comédienne s'est toujours faite sous les auspices du grand maître russe, Stanislavski. Ce choix est dû au départ à un certain hasard, lorsque la Columbia donne comme coach à sa starlette Natasha Lytess, formée à cette tendance de l'art dramatique. Cela relève ensuite d'une vraie décision, quand Marilyn va suivre l'enseignement de Michael Tchekhov, le neveu d'Anton, lui aussi apôtre de Stanislavski. Et c'est donc en bonne logique que Marilyn se rend à New York auprès de Lee Strasberg, un des fondateurs de l'Actors Studio, dont la « méthode » consiste à se fondre totalement dans le personnage, à s'imprégner de ses goûts, de ses réflexes, de sa façon de vivre et de sentir (en complément, Lee Strasberg encourageait ses étudiants à entreprendre une psychanalyse, ce que fit Marilyn dès les premiers mois de 1955). De fait, le génie de Marilyn tenait à ce qu'elle ne jouait pas, mais qu'elle était - à l'écran comme sur les photos. Dans son livre « Tu vois, je n'ai pas oublié », Montand ne dit pas autre chose : « Marilyn était un être d'exception dans la mesure où c'était sa lumière intérieure qui lapropulsait à l'avant-scène, devant les projecteurs. Si tu crois en Dieu, tu peux dire que c'est Dieu seul qui produit une lumière pareille, une lumière que ne maîtrise pas celui qu'elle habite… Marilyn soufrait de ne pas être une actrice reconnue, mais ce n'était pas véritablement une actrice : elle se situait bien au-delà du jeu. »

Dans les coulisses de « Bus Stop » se joue un petit drame. Natasha Lytess n'est plus là, elle a été évincée par Paula Strasberg, la femme de Lee, qui sera le coach de studio de Marilyn jusqu'à la fin, au grand dam parfois de célèbres réalisateurs (George Cukor, John Huston) supportant mal cette double commande où le commentaire sur les scènes tournées et la nécessité de les refaire ou non appartenait davantage à Paula qu'à eux-mêmes.

Ce qui est sûr, c'est que Lee Strasberg a joué un rôle déterminant dans la vie et la carrière de Marilyn. Il a d'emblée cru en elle, qu'il considérait comme une nouvelle Duse, promise à une étincelante carrière sur les planches. Il avait compris que ses peurs et sa fragilité devaient devenir sa force, et que seules la technique et la discipline pourraient lui permettre d'exprimer son fragile équilibre au bord de l'abîme. Marilyn se sentait enfin comprise.

Ce brouillon de lettre sur papier à en-tête du Chateau Marmont aurait dû figurer dans « Fragments ». Il se trouve simplement qu'il était classé par erreur dans les courriers reçus par Marilyn (des archives qui feront l'objet d'un gros volume à paraître en automne 2013 aux éditions du Seuil), et n'a été découvert que quelques mois après la publication des écrits intimes. Il m'a paru qu'en cette date anniversaire il était légitime de faire paraître le texte dans « le Nouvel Observateur », qui avait consacré sa couverture à Marilyn lors de la sortie de « Fragments », en octobre 2010, ce qui permettra à chacun de glisser les deux pages ici présentes dans le livre, comme un précieux complément. Je suis, à titre personnel, évidemment touché par cette lettre où Marilyn se compare à « un poisson hors de l'eau » (ce qu'elle était en effet, perdue parmi la foule des cyniques), le titre d'un de mes romans…

La lettre de Marilyn à Lee Strasberg

Cher Lee,

Si je n'avais pas trouvé le moyen de me mettre au travail je serais (comme je l'ai toujours été depuis que j'ai une conscience) un poisson hors de l'eau - agitée et rêvant (à des choses impalpables auxquelles je n'ai pas accès) et cent fois plus nerveuse, et totalement désespérée. Je reste mal organisée - mais j'entrevois même légèrement mes responsabilités pour moi-même et pour les autres qui m'ont aidée et même ceux qui m'ont abîmée et qui sont tous mes autres moi-même, dans ce que j'endure, ce que par miracle je parviens à faire. Mais Lee, pourquoi est-ce que ça doit être si douloureux ? sauf que j'éprouve plus fortement que jamais à quel point l'être humain est dans la survie.

J'essaye d'être même plus sociable que je l'ai jamais été mais les gens semblent prendre cela à tort pour une sorte de [mot manquant] et pour une faiblesse revendiquée qui et comme les poulets - qui donnent des coups de bec à ceux qui sont malades et s'affaiblissent - jusqu'à ce que je sente que je vais tout lâcher et mourir - par leur faute et surtout par la mienne - je suis certaine que tout ceci semble absurde - mais je vous remercie de votre patience. Et de laisser Paula à mes côtés - elle m'aide - même parfois elle a la bonne idée - ainsi je peux parler avec elle et parfois avoir l'espoir de m'identifier à sa présence féminine et chaleureuse alors que toutes les autres personnes avec qui je parle se mettent à penser que je débloque et leur grande inquiétude - semble me terrifier - la crainte qu'ils aient raison avec leur inquiétude.

Merci, merci, merci de m'aider à sauver ma vie.

Peut-être que je ne serai jamais capable de faire ce que je veux faire - mais au moins j'ai de l'espoir. Je ne sais pas comment je joue - je sais juste que je peux rester concentrée, au moins une partie du temps - et que les exercices que j'ai appris en cours peuvent toujours marcher à condition que je les convoque franchement.

Merci.

Amitié

M

Mon amitié à Suzie et Johnnie

(*)Susan et John, les deux enfants de Lee et Paula Strasberg.

27 juillet 2012

Le Nouvel Observateur 26/07/2012

lenouvelobs_26juilletLe magazine français Le Nouvel Observateur n°2490, paru le 26 juillet 2012 consacre un article à Marilyn Monroe (chapitre 3, par François Forestier).
 prix: 3,50 


 Chapitre 3: Et Marilyn créa l'émeute
Par François Forestier
en ligne
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lenouvelobs_27juillet  

Avec « Sept Ans de réflexion » (1955), de Billy Wilder, Marilyn Monroe, dont on célèbre le 50e anniversaire de la mort, devient un mythe universel.

C'est un chaos indescriptible. Les voitures sont pare-chocs contre pare-chocs, la foule est compacte, les policiers à cheval tentent de se faufiler, des photographes se bousculent et des projecteurs sont installés sur les toits, comme pour un bombardement. Un petit homme, le chapeau noir de travers, court : il vérifie que tout est bien en place, que la vitrine du Trans-Lux Theatre, cinéma coincé entre une boutique de fleuriste et un coiffeur, est nettoyée et que la caméra est bien située. Billy Wilder est un perfectionniste qui travaille avec un chronomètre en main. Les gags et les répliques de son film, « Sept Ans de réflexion », vont être millimétrés, alésés. Survolté, il finit par s'asseoir, le coeur au bord des lèvres. L'acteur principal, Tom Ewell, est là, les mains dans les poches. La foule grossit.

Marilyn, elle, se prépare dans la chambre de son hôtel. Elle a mis une robe blanche, s'est fait coiffer méticuleusement et, l'angoisse vissée à l'estomac, attend en buvant du champagne et en gobant des calmants. Son mariage avec Joe DiMaggio, surnommé le Yankee Slugger (le « frappeur yankee »), est une déception : le joueur de base-ball est de plus en plus renfrogné, de plus en plus jaloux, de plus en plus terne. Le soir où Marilyn est arrivée au restaurant de Toots Shor en robe moulante, tous les copains ont immédiatement remarqué qu'elle ne portait pas de culotte. DiMaggio, rageur, a envoyé son épouse s'acheter un slip, manu militari. Toots Shor, le pote de toujours de Joe, a secrètement ouvert une petite caisse pour faire des paris : combien de temps le mariage va-t-il durer ? Moins d'un an, dit-il. Marilyn est une allumeuse.
La planète entière la désire. C'est l'idéal féminin, le top de l'érotisme, le rêve américain par excellence. Partout où Marilyn passe, c'est l'émeute. Quand elle a été au Japon pour son voyage de noces, en janvier, elle a été accueillie comme une vamp. Avec un peu d'étonnement, elle a constaté que son mari était une sorte de divinité, là-bas. Quand elle a chanté en Corée pour les soldats, elle a failli déclencher une autre guerre. Il n'y a pas, il n'y aura jamais, de star comme Marilyn Monroe. Elle adore ces milliers de regards qui la désirent, elle n'est heureuse qu'à ces moments-là. Puis elle éteint sa lampe intérieure et sort dans la rue, méconnaissable, les cheveux gras, le visage démaquillé, et personne ne la remarque. Elle s'est inventé un nom : Zelda Zonk. Et cette Zelda, personne n'en veut. Seule à la maison, elle ne se lave même pas. Sa femme de ménage ramasse les crottes du chien, le linge sale, les draps bouchonnés.

Billy Wilder attend. Marilyn a l'habitude d'arriver en retard, un peu par caprice, un peu pour se faire désirer, un peu par trac. Même à son mariage, en janvier dernier, elle était en retard. Wilder lui suggère d'aller prendre des cours « chez Patek Philippe, en Suisse, pour arriver à l'heure ». Son peu d'assiduité a valu à Marilyn d'être mise à pied sans solde par le studio. Elle s'est consolée en rendant visite à Joe Mankiewicz, le réalisateur d'« Eve », qui prépare « Blanches Colombes et vilains messieurs » avec Marlon Brando et Frank Sinatra. Pour le rendez-vous, elle s'est vêtue comme une showgirl, décolleté plongeant, robe moulante, rouge à lèvres flashy et moue de petite fille. Mankiewicz, qui n'a que mépris pour cette gisquette manipulatrice, la regarde et dit : « Allez vous rhabiller, Marilyn. » Elle est congédiée comme une soubrette.

« Sept Ans de réflexion » est une pièce de théâtre de George Axelrod, un scénariste de radio qui a travaillé avec Jerry Lewis et Dean Martin. Montée en 1952 au Fulton Theatre, la pièce a été un triomphe : elle raconte l'aventure estivale d'un type marié, dont l'épouse et les enfants sont en vacances, avec sa délicieuse voisine. Titre original : « The Seven Year Itch », traduisez : « la Démangeaison de sept ans ». Dès qu'elle a été montée, Charlie Feldman, l'imprésario de Marilyn, en a acheté les droits. Mais, immédiatement, la censure est intervenue. Il a fallu couper des répliques, changer la fin : pas question que le quidam couche avec la créature. Tout se passera dans sa tête et restera un rêve masturbatoire. Marilyn en rajoute. Quand un reporter lui a demandé si, pour ses photos déshabillées, en 1949, elle n'avait rien mis, elle a répondu : « Si. La radio. »

Il est 1 heure du matin. La foule s'est épaissie. Une voiture arrive. Marilyn en sort. C'est comme un ouragan. Elle porte une robe plissée qui frétille au moindre coup de hanche, le dos est nu, et le décolleté est maintenu par deux bretelles fragiles, qui peuvent glisser à tout moment. Pas de soutien-gorge. En 1954, c'est une incitation à l'émeute des frustrés, à la jacquerie des voyeurs. Les projecteurs s'allument, les flashs crépitent, les cordons de police menacent de se rompre. Billy Wilder, qui a été gigolo à Vienne et qui connaît la valeur d'une mise en jambes érotique, demande à Marilyn de prendre quelques poses sur une grille de métro. Elle s'échauffe. Wilder se réfugie derrière la caméra et donne le top moteur. Un grondement se fait entendre, un puissant souffle d'air surgit du sol, et les trois ventilateurs - ce sont en fait des pales d'avion - se mettent en route. La robe de Marilyn se gonfle, ondule, retombe. Les spectateurs en redemandent. Les flics aussi. Chacun envie les trois machinos qui actionnent les ventilos, ils ont le meilleur job du monde. Marilyn est belle à mourir.

Joe DiMaggio est cocu, et comment ! Il est jaloux, mais, malgré sa surveillance, Marilyn s'échappe. Elle passe ses journées avec Hal Schaefer, un petit musicien sympathique, elle a eu une aventure avec Frank Sinatra, elle n'hésite pas à faire entrer le livreur du pressing ou le visiteur de passage. A chaque fois, elle constate la même réaction incrédule : « Je vais coucher avec… Marilyn ? » Du coup, deux fois sur trois, les élus ont une réaction molle et sont privés de leurs moyens. Marilyn Monroe intimide, Zelda Zonk pas du tout. Elle vient de tourner « La Rivière sans retour », et Robert Mitchum l'a prise en affection tout en se moquant gentiment d'elle, après avoir passé quelques nuits avec elle. En revanche, le metteur en scène, Otto Preminger, a piqué des colères phénoménales à cause des retards de l'actrice et de la présence envahissante de la coach autoritaire, Natasha Lytess. Puis Marilyn a incarné une chanteuse de cabaret dans « La Joyeuse Parade ». Elle est fatiguée de ces rôles de bimbo. Elle veut devenir tragédienne, comme Duse ou Sarah. Déclamer du Shakespeare, scander du Yeats, la main vers le ciel. Faire des rôles « sérieux », bon sang de bonsoir.

Walter Winchell, le journaliste vedette de la radio, cherche Joe DiMaggio. Il le trouve au bar du Saint Regis, en train de siroter une bière. Il l'invite à venir sur le plateau. Le Yankee Slugger fait des ronds avec son verre. Il se fait tirer l'oreille. Il n'a pas envie. Winchell insiste. Finalement, DiMaggio le suit. Quand les deux hommes parviennent sur Lexington Avenue, c'est le souk. Il y a même des types suspendus aux toits. Les projecteurs balaient la foule. Impossible de s'approcher. DiMaggio veut s'en aller, quand un flic le repère. Il lui fraie un chemin. Miraculeusement, les gens s'écartent devant le seigneur des stades. DiMaggio entend des cris : « Plus haut ! Plus haut ! Encore ! » Et il voit une scène de rêve et de cauchemar. Le désir et la rage se télescopent en une déflagration atomique. Marilyn, la robe levée, montre ses cuisses. Ses jambes. Ses fesses. Elle a beau avoir mis deux culottes superposées, on voit bien qu'elle n'est pas une blonde naturelle. Les épaules nues, le visage levé vers le ciel obscur, elle danse, elle bouge, elle glisse, elle rabat cette satanée robe qui s'envole à nouveau, elle est offerte aux hommes, à tous les hommes. Elle fait un strip pour la planète entière. Joe DiMaggio s'étouffe de rage. Il est le cornard magnifique.

Il regarde les hommes, autour de lui, qui gueulent « Encore ! Encore ! », les yeux fixés sur l'entrejambe de sa femme. Il a envie de cogner. Il s'en va. Marilyn, inquiète, demande à Billy Wilder s'il pense que ça va durer, cette soirée. Non, répond Wilder, on a presque fini. Menteur, va ! Ils ne lèveront le camp qu'à 5 heures du matin, avec le petit jour. DiMaggio, effondré, s'est réfugié chez Toots Shor. Celui-ci regarde son copain de toujours et lui dit  : « Tu croyais quoi ? C'est une pute ! Une pute ! » Joe s'en va. Il ne reverra plus jamais le malappris. La procédure de divorce est engagée quelques jours plus tard.

A Los Angeles, DiMaggio, désespéré, demande au journaliste Sidney Skolsky  : « Toi qui sais tout, dis-moi, Il y a un autre homme ? » Il y en a dix, vingt, mais Skolsky ne dit rien. Une semaine plus tard, il revoit Marilyn lors d'une fête donnée en l'honneur de « Sept Ans de réflexion » : il y a là Claudette Colbert, Humphrey Bogart, Gary Cooper, James Stewart, Loretta Young et Clark Gable, cet homme que Marilyn a tant admiré dans son enfance. L'hôte, Charlie Feldman, est accoudé à la silhouette de Marilyn, robe soulevée, découpée dans du carton. « J'ai l'impression d'être Cendrillon », dit-elle. Dehors, un détective privé surveille la nouba. Il a été engagé par Joe DiMaggio pour espionner la belle infidèle.
Puis elle s'envole pour New York, où elle rejoint son nouvel amant, le photographe Milton Greene, avec qui elle va créer une société de production. Elle disparaît du radar de Hollywood. Zanuck, enragé, essaie de la retrouver, la convoque, lui envoie du papier bleu, la traque. Rien à faire. Zelda Zonk, anonyme, s'est fondue dans la foule. « Sept Ans de réflexion » est un triomphe, certes, mais Marilyn a trouvé une famille d'adoption : celle de Greene. Comme un coucou, elle niche dans le refuge d'autrui. Elle devient amie avec l'épouse de Greene. Elle lit des livres, écrit des bouts-rimés, patauge dans la piscine, rêve de jouer Grouchenka dans « Les Frères Karamazov ». Elle ne veut plus de « sex rôles ». Elle rompt avec la 20th Century Fox, malgré son contrat. C'est une décision maladroite, qui va lui coûter sa carrière, et, probablement, sa vie.

Les avocats entrent dans la danse. Zanuck est impitoyable. L'un de ses affidés déclare : « Marilyn est stupide. Elle est mal conseillée. » Convoquée par le studio pour faire des tests pour son nouveau film, curieusement intitulé « Comment devenir très, très populaire », elle ne daigne même pas se présenter. Elle préfère s'inscrire à l'Actor's Studio, et prendre des cours avec Lee Strasberg à New York. Celui-ci, soutenu par sa femme, Paula, va devenir le confident, le gourou, l'analyste, le professeur et, finalement, l'héritier de la Monroe. Avec lui, elle va se réinventer. Assise dans la salle du Studio, intimidée, les ongles sales, le regard perdu, elle passera des heures à absorber les théories philosophiques, les considérations sur le métier d'acteur, les conseils psychanalytiques. A l'autre bout de la ville, un homme se rend au théâtre pour les répétitions de sa pièce, « Vu du pont ». Arthur Miller passe tous les jours devant la silhouette en carton de Marilyn, robe envolée.

Les plans tournés à New York, la nuit du 15 septembre 1954, ne seront jamais utilisés. Ils seront refaits en studio. En fait, il ne s'agissait que d'un coup de publicité.


Marilyn dessine
le 28/07/2012
Par Bernard Comment
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Chaque semaine, l'éditeur des écrits et dessins de la star - mandaté par la famille Strasberg - nous ofre un document rare. Aujourd'hui, le dessin d'une femme allongée après l'amour.

Lors de mes premières visites à Anna Strasberg, j'avais remarqué, suspendu au mur, un dessin à la sanguine et un jour mon hôte me révéla qu'il y en avait plusieurs autres. C'était à la fin de la conception du livre « Fragments », on aurait pu les ajouter à l'ensemble, mais j'eus tout de suite l'idée qu'il fallait faire un livre à part, et ne pas mélanger ce petit trésor plein de fraîcheur avec des textes qui relevaient d'une autre intention, d'un autre besoin. On peut écrire dans l'urgence, pour retrouver un semblant d'équilibre dans les « sables mouvants » de la vie. Pour le dessin, même quand il s'agit d'une esquisse, on a plus de distance, on regarde, on observe, on se souvient, et on dépose cela sur la feuille, en quelques traits plus ou moins appuyés.

Tout comme elle n'était pas poète, Marilyn n'était pas dessinatrice ni artiste. Mais elle avait, à l'évidence, un regard et un coup de crayon. Une sorte de grâce. Et des images de référence dans la tête. En voyant ce dessin, on pense à des poses classiques, comme autant de Vénus dans les tableaux de la Renaissance, ou encore à la très érotique série du « Peintre et son modèle » de Pablo Picasso. L'amante dort allongée sur le dos, les seins fermes et pointés en l'air, sans doute repus de l'amour à peine consommé (ou, variante possible : en attente de l'étreinte à venir). C'est un corps offert, littéralement ouvert, aux alléchantes courbes qui inspirent la vigueur de l'homme au premier plan, qu'un élan semble pousser vers l'avant. On ne sait pas très bien comment interpréter la position du bras gauche : en appui sur le bord du lit, ou amorçant une caresse ? Ce qui est très beau, c'est l'énergie qu'on sent sur le visage de ce personnage sans même le voir, une tension portée vers l'objet de son désir - assouvi ou non.

La plupart des dessins de Marilyn sont titrés par elle-même, et la légende apporte son poids d'informations, d'ironie décalée ou de contre pied - comme dans le verre de champagne qu'elle esquisse (« A Glass of Champagn the Morning After ») pour le reverser aussitôt dans le désenchantement du lendemain.

Pour compléter ces dessins inédits et souvent touchants et en faire un livre, il m'a semblé évident de faire apparaître une très belle série totalement inconnue de photos faites par le réalisateur Joshua Logan au soir du dernier jour de tournage de « Bus Stop », en marge d'un dîner donné dans sa propriété de Hollywood par un des fondateurs de la Fox, William Goetz, par ailleurs grand collectionneur d'art. L'actrice, mi-enjouée, mi-lunaire, y prend la pose devant des tableaux de Manet, Cézanne, Van Gogh, Bonnard, Picasso, et face à une sculpture de Degas.

Encore fallait-il une couverture. Pour « Fragments », j'avais opté pour un cliché sombre, nocturne, d'une Marilyn entre peur, stupeur et tristesse, qui correspondait à la tonalité du livre. Pour ce petit volume intitulé « Girl Waiting » (c'est la légende d'un des dessins), je voulais quelque chose de plus joyeux et lumineux, et j'ai enfin pu exploiter une photo que j'avais depuis longtemps en tête, découverte sur le site cursumperfcio.net (une mine de renseignements et de découvertes), qui montre une Marilyn rieuse, solaire, irradiante sous son chapeau de paille. Par recoupements successifs, j'ai acquis la certitude que la photo a été prise par Arthur Miller avec un Leica, en amateur, dans la torpeur légèrement venteuse de l'été à Amagansett au bout de Long Island. La femme de tous les rêves est saisie dans sa simple vérité, sans apprêt aucun, la bouche ouverte par le rire, les yeux mi-clos, plus belle que jamais, comme un pied de nez naturel, vibrant, vivant, à l'icône figée dans laquelle Hollywood avait cru pouvoir l'enfermer. On a l'impression de l'entendre rire dans la lumière du soleil.

Né en Suisse en 1960, Bernard Comment est écrivain, scénariste (pour Alain Tanner) et traducteur d'Antonio Tabucchi. Directeur de la collection « Fiction & Cie » au Seuil, il est l'éditeur de « Fragments », qui regroupe les écrits intimes, poèmes et lettres de Marilyn Monroe. Il est l'auteur, entre autres, de « l'Ombre de mémoire » (1990), « Roland Barthes, vers le Neutre » (1991), « Même les oiseaux » (1998) et « Tout passe », Bourse Goncourt de la nouvelle 2011.

20 juillet 2012

Le Nouvel Observateur 19/07/2012

lenouvelobs_19juillet_num2489Le magazine français Le Nouvel Observateur n°2489, paru le 19 juillet 2012 consacre un article à Marilyn Monroe (chapitre 2, par François Forestier).
 prix: 3,50  


 Chapitre 2: Si sexy, si drôle
Par François Forestier
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Avec « Les hommes préfèrent les blondes » de Howard Hawks (1953), Marilyn Monroe fixe à jamais son image de blonde évaporée et craquante.

Marilyn est en retard. Maquillée, vêtue d'une robe fuchsia, gantée de magenta, décorée de bracelets en diamants et d'un impressionnant collier truffé de pierres précieuses, elle reste dans sa loge, le souffle court. Le metteur en scène, Howard Hawks, l'attend. La co-vedette, Jane Russell, l'attend. Le chorégraphe, Jack Cole, l'attend. L'équipe entière attend, dans un décor de bonbonnière géante. Tout est rose, même les joues des boys en jaquette. La production est paralysée. Marilyn aussi. La vérité est simple : toutes les nuits, elle répète les répliques avec son coach, l'omniprésente Natasha Lytess, puis prend des pilules pour dormir. Le matin, elle avale des cachets pour se réveiller puis elle répète les chorégraphies minimales qu'elle doit exécuter plus tard.

Marilyn est fatiguée, et terrifiée par la caméra. Dans « Les hommes préfèrent les blondes », elle sait qu'elle n'a pas droit à un seul faux pas, à une seule note tremblée. C'est le film qui fixera à jamais son image, celle de la blonde évaporée, naïve et roublarde, chasseuse de diamants, spirituelle et vive. Une version live de Betty Boop, donc. Finalement, elle prend une gélule jaune, sort de sa loge, évite de trébucher sur les câbles qui jonchent le studio, et arrive sur le plateau, à peine une demi-heure après l'heure requise. Agacé, mais retenu, Hawks crie : « En place ! » Dix minutes passent. On tourne.

C'est un livre drôle et nerveux. « Les hommes préfèrent les blondes » est né dans les années 1920 dans le Santa Fe Chief, le train qui mène les stars de Hollywood à New York. Anita Loos, scénariste en vogue et personnalité spirituelle, remarque que Douglas Fairbanks, son valet, son secrétaire et leurs amis se précipitent pour descendre la valise d'une bimbo qui n'a rien demandé. Or Anita Loos est petite, et personne ne lui donne un coup de main. « De toute évidence, il y avait une différence entre elle et moi. Mais qu'était-elle, cette différence ? Elle était blonde platinée et moi, j'étais une brunette. » Le roman, savoureux, sera adapté au théâtre en 1926, au cinéma en 1928 (ce film est perdu aujourd'hui), et exhumé un quart de siècle plus tard par Hawks, le réalisateur aristocratique de « Scarface ».

Alors que Darryl Zanuck, le patron électrique de la 20th Century Fox, s'interroge sur la popularité de Marilyn - qui est adorée du public, mais peu rentable au cinéma - et note que ses films n'attirent pas les foules, Hawks lui dit : « Darryl, tu te trompes. Tu essaies de lui faire jouer des rôles réalistes. Or elle n'est pas réaliste. C'est un personnage de dessin animé. » La suite est simple : « Faisons une nouvelle version des « Hommes préfèrent les blondes » ! » Marilyn accepte. Le titre lui plaît. Elle ne sait pas qu'Anita Loos a écrit une suite, intitulée « … Mais ils épousent les brunettes ».

Justement, il est question de mariage. Depuis quelques mois, Marilyn sort avec une mégastar, le plus grand joueur de base-ball des Etats-Unis, Joe DiMaggio. Grand, gracieux, divin sur un stade, DiMaggio est un homme silencieux, bougon, avec de grandes dents de lapin, peu amène dans le civil. Sa carrière est terminée, mais son aura persiste. Partout, il est reçu comme un empereur. Même Kopa ou Zidane ne connaîtront jamais pareille adulation. Au Japon, il est révéré. A New York, personne n'a le droit de s'approcher de sa table quand il est au restaurant. Il ne paie rien - il est avare - et traîne une sorte de mélancolie distante avec ses potes, avec lesquels il ne parle que de sport.

Marilyn et DiMaggio ? Un couple détonant. Partout où ils passent, les foules s'amassent. La célébrité de l'un démultiplie la notoriété de l'autre. Ils sont stars au carré. L'ennui, c'est que DiMaggio est jaloux comme un tigre. Il sait que Marilyn a eu des amants à la pelle, qu'elle est capable de faire une faveur au livreur de pizza, de coucher avec le plombier, de visiter Zanuck dans son bureau ou, simplement, de faire plaisir au premier venu, par gentillesse. Ce mélange de naïveté et de sensualité l'agace : il décèle chez cette fille une forme de manipulation, ce que Mankiewicz a nommé « un masque d'innocence », mais il est décidé. Ils vont se marier, elle fera la cuisine, ils auront des petits DiMaggio, elle abandonnera le cinéma et toute cette pourriture, et ils vivront heureux en regardant les matchs à la télé. « Le show-biz, c'est pas fait pour une fille comme toi », répète-t-il à sa fiancée. Il se trompe lourdement, le niais. Elle n'est pas faite pour lui, voilà tout.

Le tournage a lieu fin 1952. Ni Marilyn ni Jane Russell ne savent chanter ni danser. De mai à novembre, elles ont travaillé dur, apprenant les pas, s'accordant au rythme, cherchant l'accord. La brune aux seins comme des obus a essayé de convertir sa nouvelle amie à la religion des Christian Scientists. La blonde atomique a répondu en donnant un ouvrage de Freud à Jane. Elles en sont restées là. La vraie différence est évidente sur le plateau : Jane Russell bouge comme un veau marin ; Marilyn possède la grâce. A peine a-t-elle commencé à jouer les premières scènes que l'évidence s'est imposée : autant Jane Russell est facile, autant Marilyn est pénible, car sa répétitrice, Natasha Lytess, surveille chaque seconde. Quand l'actrice entend : « Coupez ! », elle se tourne d'abord vers Natasha, pour voir si elle a son assentiment. L'autorité du metteur en scène est minée. Howard Hawks n'est pas homme à se laisser déposséder. Il vire la fâcheuse. Marilyn perd sa béquille, elle redouble d'anxiété. Joe DiMaggio vient rendre visite à sa fiancée sur le plateau, reste quelques minutes, observe les regards - libidineux, selon lui - des hommes présents, et s'en va, fâché.

Une semaine plus tard, Marilyn reçoit une très mauvaise nouvelle : Gladys, sa mère, qui habite en Floride, a disparu. Puis elle réapparaît à Los Angeles, folle à lier. Le pire cauchemar de Marilyn revient à la surface. Elle a peur de finir dingue. Après tout, son arrière-grand-mère s'est pendue, sa grand-mère est morte dans une camisole de force, son grand-père a été rongé par une syphilis stade tertiaire, sa mère a essayé de tuer Marilyn bébé plusieurs fois. Et Gladys a tenté de se suicider en avalant ses draps. Marilyn se souvient d'une femme qu'elle n'a jamais vu sourire, qui n'a pas eu un geste de tendresse, et qui l'a abandonnée chez des inconnus. Pendant le tournage des « Hommes préfèrent les blondes », Marilyn cherche de l'argent pour faire interner sa mère. Howard Hawks lui en prête. Mais la folie rôde. Les pilules, voilà la solution.

Un nouvel imprésario vient visiter Marilyn : Charlie Feldman. Il ressemble au loup de Tex Avery Suave, petite moustache, sympathique, bronzé, il aime les filles, les invite dans sa maison transformée en musée (il a des Manet, des Renoir, des Picasso, même deux Van Gogh), et préfère les beautés un peu cassées. Sa dernière fiancée, Capucine, se jettera par la fenêtre, persuadée d'être la réincarnation d'un chevalier des croisades. Marilyn est faite pour lui. D'ailleurs, elle fréquente beaucoup les fêtes, chez Feldman. C'est là qu'elle a couché avec Elia Kazan, dans l'une des chambres du fond, il y a quelques années. Feldman fait la cour à Marilyn, qui n'a signé avec lui aucun contrat. Elle promet, mais doit faire des essais pour une robe. Feldman s'en va. Marilyn n'honorera jamais sa promesse, c'est dans sa nature, cette esquive perpétuelle. La robe est en lamé or fin, très fin. C'est comme si on avait coulé de la peinture sur le corps.

D'ailleurs, Marilyn précise aux journalistes présents qu'elle ne porte pas de dessous, ni soutien-gorge ni culotte. Simplement pour cette robe ? « Non. Je n'en porte jamais. » La température monte d'un cran. Puis, la journée de travail terminée, Marilyn se rend à un cocktail organisé par le magazine « Photo-play ». Les invités (hommes) ont les yeux comme des projecteurs de défense antiaérienne. Les femmes ont la haine. Joan Crawford, 48 ans, regarde cette rivale de 24 ans, et déclare : « Les actrices, en général, sont des ladies. Celle-ci ne mérite qu'un haussement d'épaules. » Crawford appelle à un boycott des femmes dans tout le pays. Elle a simplement oublié : vingt ans plus tôt, elle a joué dans des films pornos. Maintenant, elle est devenue bégueule ? Un journaliste, ravi, note que l'arrière-train de Marilyn fait penser à « des chiots qui se battent sous un drap de soie ».

Le tournage s'achève. Le film précédent de Marilyn, « Niagara », est un succès. Mais, chacun le sent, « Les hommes préfèrent les blondes » va être un triomphe, et la chanson « Diamonds are a Girl's Best Friends » va casser la baraque. Charlie Feldman n'en croit pas ses yeux, Zanuck non plus. Sur l'écran, Marilyn est drôle, elle a un timing comique inné, elle est sexy, elle est vulnérable, elle est parfaite. Feldman téléphone à Marilyn, en pleine nuit. Celle-ci se réveille, titubante. Elle est sous barbituriques, épuisée. Feldman sait qu'elle vacille. Il s'inquiète. Une autre de ses clientes, Vivien Leigh, l'épouse sublime de Laurence Olivier, vient d'être internée après avoir arraché ses vêtements dans un avion, récité en boucle les répliques d'« Un tramway nommé désir », et tenté de se jeter dans le vide.

Feldman annonce qu'il va faire une grande fiesta pour la sortie du film, qui est une réussite totale, dit-il. Marilyn se recouche. Elle se prépare à tourner une nouvelle comédie, tirée d'un roman de Doris Lilly, une journaliste à la plume vive et drôle (injustement oubliée aujourd'hui) : « Comment épouser un millionnaire ». Elle y reprendra son rôle de blonde évaporée, de Betty Boop allumeuse mâtinée de Bécassine. Le personnage, désormais, est parfaitement au point. Mais Marilyn se sent prisonnière d'une image dégradante : elle voudrait jouer des rôles tragiques, la reine Christine ou Anna Karénine. Bref, être prise au sérieux. De plus, avec Joe DiMaggio, elle s'ennuie. Il a beau avoir la réputation d'avoir un outil de la taille de sa batte de base-ball, il est aussi gai qu'un bras de fauteuil sous la pluie. Il se lève de son lit, puis parcourt les bandes dessinées du journal, boit une bière, et reste silencieux pendant des heures en mangeant des cacahuètes.

Quand sort le film, c'est immédiatement un triomphe. La critique adore. Le public aussi. Marilyn, en quelques jours, devient une superstar. Zanuck est ravi. Il aligne immédiatement deux nouveaux scénarios pour sa vedette : « Rivière sans retour », « La Diablesse en collant rose ». Mais Marilyn veut qu'on augmente ses cachets. Elle exige un droit de regard sur ses scénarios. Et sur le choix des metteurs en scène. Notamment, elle aimerait tourner avec George Cukor, homosexuel raffiné et réalisateur stylé. Pas question, répond Zanuck, qui envoie un homme de main discuter. Celui-ci est reçu par Joe DiMaggio, qui fronce les sourcils et évoque la possibilité d'un sérieux coup de pied au cul. L'envoyé de Zanuck revient, penaud. Les ennuis commencent. On ne défie pas impunément le plus grand studio de Hollywood.

Marilyn va bientôt imprimer ses mains dans le ciment devant le Chinese Theatre, et épouser son joueur de base-ball. Jane Russell se souviendra de leur collaboration avec un peu d'étonnement : « Marilyn avait tellement, tellement envie de devenir une star que c'en était douloureux. » Dévorée par l'ambition, l'esprit mangé par la folie, l'âme corrodée par la peur, Marilyn va se rendre à la party de Charlie Feldman, où elle arrivera très, très en retard. Là, un homme bronzé va lui glisser son numéro de téléphone. Il est marié, mais peu importe : sa femme est l'épouse la plus trompée des Etats-Unis. Il est beau, il est sénateur, il est riche. Il se nomme John Fitzgerald Kennedy. L'orchestre joue une chanson de Sinatra, « I Only Have Eyes for You ».


Les sanglots de Marilyn
le 22/07/2012
Par Bernard Comment
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Chaque semaine, l'éditeur des écrits et dessins de la star mandaté par la famille Strasberg - nous ofre un document rare. Aujourd'hui, un long texte-poème rimbaldien…

Les textes écrits par Marilyn Monroe sur des rectos et des versos de feuilles de papier (ici le papier à en-tête d'un palace new-yorkais) posent la question de l'enchaînement des fragments qui les composent, et du sens qu'il faut attribuer aux fèches qui les jalonnent. Le travail de transcription et d'agencement des documents qui forment le livre « Fragments » (Seuil, 2010) a souvent été ardu, il supposait beaucoup de patience, de longues recherches, un peu d'intuition, ou de la chance, et parfois une illumination (comme quand j'ai fnalement compris que ce que je lisais comme « stairs of stairs », littéralement « escaliers d'escaliers », était en fait une faute d'orthographe et signifiait « stares&stares », « regarde et regarde »).

Lorsque nous avons organisé une soirée de lecture par Anna Mouglalis pour le lancement du livre, au Théâtre de la Madeleine, à Paris, la comédienne m'a livré une interprétation différente de la consécution logique du présent texte, et après mûre réfexion, je lui donne tout à fait raison. Contrairement à ce qui est imprimé dans l'édition grand format, je pense en effet avec elle que les premières lignes en haut à gauche, « Sad sweet trees-/ Iwishforyou-rest /but you must be wakeful », suivent la direction de la flèche placée au-dessus, et se rattachent en fait au bas du verso, ce qui entraîne une modifcation de la traduction (la correction a été faite pour l'édition de poche, qui vient de paraître en Points).

C'est ainsi aux « arbres tristes et doux » que s'adressent les dernières lignes, pour évoquer leur soufrance et leur solitude quand ils ont perdu la couverture de leurs feuilles. Mais cette vision mélancolique des arbres nus est aussitôt contrebalancée par l'idée du nouveau qui s'agite déjà dans leurs membres, et qui s'épanouira au printemps. La mort, la vie. La déréliction, la joie. Les bruits et Klaxon de la ville, le feuve silencieux. Le calme revenu dans les rues, mais un grondement au loin, celui de choses inconnues qui inspirent la peur et pire, la terreur. Dans la plupart des textes de Marilyn, on retrouve ce mouvement de balancier. Il a souvent été dit d'elle qu'elle était bipolaire. Le rythme de son écriture procède de cette bipolarité, mais il serait hâtif et abusif d'y voir simplement un symptôme : c'est aussi et avant tout un des grands moteurs de la poésie.

Lorsqu'elle s'installe à New York, en 1955, la star loge d'abord au Gladstone Hotel (52e Rue et Lexington Avenue), de janvier à avril, puis au prestigieux Waldorf-Astoria jusqu'à la fin de la même année. Elle y occupait un appartement de trois pièces au 27e étage, du côté de Lexington Avenue, et y avait probablement une vue sur East River, pas très loin. Ensuite, elle se rapprochera sensiblement du fleuve en allant s'établir à Sutton Place, dans un appartement de son associé de l'époque, le photographe Milton Greene, avec qui elle avait fondé une société de production cinématographique et qu'elle congédiera deux ans plus tard, pour soupçons d'incorrections et sans doute sur la pression d'Arthur Miller, devenu son mari en juin 1956.

C'est sur le papier à en-tête du Waldorf-Astoria que Marilyn a écrit, et griffonné parfois, certains de ses plus beaux textes, comme celui-ci, qui saute du présent à un passé très récent (la veille), des rues au fleuve, du chaud au froid, et qui ressemble parfois à une « Illumination » de Rimbaud, dans ses effets de juxtaposition et de contraste. Marilyn Monroe n'a jamais prétendu être écrivain, ou poète, mais elle avait une intense relation au monde, au temps, qui l'ouvrait à la fulgurance poétique.

« C'était quoi maintenant »

[Hôtel Waldorf-Astoria, New York]

C'était quoi maintenant - il y a un instant - qui était important et maintenant a fui - comme le mouvement rapide d'un instant passé - peut-être que je m'en souviendrai parce que ça faisait comme si ça allait devenir mien. Tant et tant de lumières dans les ténèbres transformant les immeubles en squelettes et la vie dans les rues.

A quoi pensais-je hier dans les rues ? ça semble si loin, si ancien et la lune si pleine et sombre. C'est mieux qu'on m'ait dit quand j'étais enfant ce qu'elle était sinon je ne pourrais pas la comprendre maintenant.

Bruits d'impatience des chauffeurs de taxi toujours conduisant qui ils doivent conduire - rues chaudes, poussiéreuses, verglacées pour pouvoir manger et peut-être épargner pour les vacances, pendant lesquelles ils conduisent leurs femmes à travers tout le pays pour visiter leurs familles à elles. Ensuite le feuve - la partie faite de pepsi cola - le parc - dieu soit loué pour le parc. Mais je ne cherche pas à voir ces choses je cherche mon amant. C'est bien qu'on m'ait dit ce qu'était la lune quand j'étais enfant. Le feuve silencieux s'agite et remue dès que quelque chose passe dessus, le vent, la pluie, les gros bateaux. J'adore le feuve - jamais affecté par quoi que ce soit.

C'est calme maintenant et le silence est seul exceptés le grondement de tonnerre des choses inconnues et au loin des coups de tambour très présents, et sauf des cris perçants et le murmure des choses, et les bruits aigus et soudain étouffés en gémissements au-delà de la tristesse- terreur au-delà de la peur. Le cri des choses, vague et trop jeune pour être encore connu.

Les sanglots de la vie même. Arbres tristes et doux - je vous souhaite - le repos mais vous devez rester sur vos gardes.

Vous devez souffrir - de la perte de votre or sombre quand votre couverture de feuilles déjà mortes vous quitte Forts et nus vous devez être - vivants quand vous regardez la mort droit devant penchés sous le vent Et portez la souffrance et la joie du nouveau dans vos membres. Solitude - soyez calmes.

(Traduit par Tiphaine Samoyault)

13 juillet 2012

Le Nouvel Observateur 12/07/2012

lenouvelobs_12juillet_num2488Le magazine français Le Nouvel Observateur n°2488, paru le 12 juillet 2012 consacre un article de 5 pages à Marilyn Monroe (chapitre 1, par François Forestier).
 prix: 3,50  

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Chapitre 1 : Une bimbo nommée désir 
Par François Forestier
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Avec « Quand la ville dort », de John Huston (1950), Marilyn Monroe, dont on célèbre le 50e anniversaire de la mort, faisait ses vrais débuts au cinéma…

Marilyn, lovée sur un canapé, se déplie, se déploie, se lève, s'étire voluptueusement et s'avance, dans un clair-obscur suggestif. Féline et innocente, gamine et dangereuse, elle demande : « C'est quoi, l'idée, de me regarder comme ça, oncle Lon ? » L'idée ? Elle est évidente sur le visage du bon tonton, nettement plus âgé que sa pensionnaire. Il l'embrasse, lui souhaite bonne nuit, et elle s'en va, ondulante, ravie et lasse d'être une fille entretenue. Elle sort du salon, du cadre, et, bientôt, de la vie de l'oncle Lon. Elle entre dans la légende. La scène dure soixante-quinze secondes.

Dans « Quand la ville dort », justement, personne ne dort. Les truands complotent, la police patauge, la cité bouillonne, les filles allument les clients et Marilyn danse devant un juke-box, tandis qu'un homme va mourir dans un pré en regardant un cheval bai. Le film est inoubliable. John Huston, le réalisateur, s'en souvenait avec malice, trente-quatre ans plus tard : « Je n'étais pas convaincu par Marilyn, au début… Elle me paraissait… trop… trop… » Evidemment : elle était venue pour le casting en robe décolletée, moulante, vêtue comme une houri, persuadée d'arracher le rôle par sa seule sensualité.

Las ! C'était mal connaître Huston, ex-boxeur, bagarreur, buveur, joueur, dur à cuire, tombeur, grande gueule, amateur de chevaux et de cigares. Les effets de hanches lui déplaisaient. Les vues plongeantes sur la « gorge de la vallée » le laissaient indifférent. Il aimait les Irlandaises, les filles avec du répondant, pas les vahinés. Il regarda la bimbo, et chercha ailleurs. L'un des financiers du studio, plus sensible au charme des blondes, le convainquit de prendre Marilyn, faute de quoi il ferait saisir les pur-sang de Huston, pour dettes impayées. Deux minutes plus tard, le cinéaste acceptait Marilyn. « Je ne l'ai pas regretté », disait-il, une tequila ananas à la main, dans sa maison de Mismaloya, non loin de Puerto Vallarta, au Mexique, en regardant la mer. « C'était une présence exceptionnelle… brillante sur l'écran. » Puis, en agitant les glaçons dans son verre : « Mais c'était une pauvre fille, oui, une pauvre fille. »

Pauvre fille, certes. Née dans une famille folle, élevée dans des foyers d'accueil, tripotée par des pères de substitution, violée par les mêmes, Norma Jeane Mortenson se souvenait d'une enfance passée à fuir les mains des hommes, et d'une photo de Clark Gable, son papa de rêve, son idole lointaine. Elle avait traversé une partie de la guerre à travailler dans une usine de parachutes, vêtue d'une salopette dont la seule qualité était d'« agir comme une cape rouge devant le taureau ». Traduisez : la salopette mettait le feu aux joues des ouvriers de l'usine Radioplane Munitions. Elle aurait pu mettre le feu aux poudres.

C'est Ben Lyon, l'acteur de « Hell's Angels », le film de Howard Hughes, qui la repéra, lui trouva un nom, et lui présenta le milliardaire cinglé. Celui-ci, passionné par le volume mammaire de ses protégées - il fut l'inventeur du soutien-gorge de Jane Russell, qui n'en avait nul besoin - prit la petite blonde en belle amitié. Puis l'oublia très vite. Pour trouver son indépendance, Marilyn, en chemin, s'était mariée. Avec simplicité, elle était devenue l'épouse du fils d'une voisine, Jim Dougherty, lequel ne tarda guère à partir en mer, pour se battre contre les Japonais. Seule - pas pour longtemps -, Marilyn passa des soirées à écouter les chansons de Frank Sinatra : « For Me and My Gal », « Black Magic », « Night and Day ». Son père avait pris la poudre d'escampette. Sa mère était internée, après de multiples tentatives de suicide. Norma Jeane ne savait rien faire, sinon créer le désir des hommes. Elle devint Marilyn, qui, elle, sut prendre la lumière comme personne.

Regardez les photos : cet éclat, cette peau, ce visage… Le malheur caché qu'on lit dans les yeux, le sourire mélancolique qui dit : « Aimez-moi », le nez mutin, le corps fabriqué pour le plaisir… Jamais, dans l'histoire du cinéma, il n'y eut ce mélange explosif, à haute combustion : l'innocence et la volupté, la promesse de la débauche et l'assurance de la pureté. Chaque homme, devant Marilyn, se sent obligé de la protéger. Chaque femme, face à elle, se sent contrainte de la dorloter. Quand Marilyn bat des cils, le coeur des durs s'agrandit. Quand elle se penche pour rattacher un bas, ce n'est plus le coeur qui est en extrasystole. Elle est un rêve d'érotisme, une promesse de douceur. Il y a de la magie chez cette femme, une sorte de rayonnement que seule la caméra capte. Dans la vie, elle est simplement jolie. A l'écran ou en photo, elle est sublime. Toute l'image est aspirée par elle, chaque pixel est contaminé par l'effet Marilyn. Elle éclipse ses partenaires, éteint la statue de la Liberté, mange la pellicule. Elle suscite le désir et la pitié, cocktail fissile. Marilyn, c'est la blonde atomique du cinéma.

L'année qui a précédé le tournage de « Quand la ville dort », elle a posé nue pour le photographe Tom Kelley accessoirement membre du jury de Miss Univers. Pour 50 dollars, elle a offert son corps, allongée de trois quarts, et fait rêver tous les camionneurs. Puis elle a joué dans un film mou des Marx Brothers, « La Pêche au trésor », titre qui décrit exactement l'ambition de sa vie. Ben Lyon, le recruteur de Howard Hughes, l'a envoyée rencontrer les patrons des studios : il lui a fait une lettre de recommandation. Un peu étonnée, Marilyn a vu les producers lire le petit mot, contourner le bureau, défaire leur braguette. Sans discuter, elle a joué un air de flûte enchantée, à chaque fois. Plus tard, on apprendra que la lettre était succinte : « Cette fille fait des pipes du tonnerre. » Abusée, comme d'habitude. Hollywood, a-t-elle compris, est une machine à broyer. Puis elle a été prise en main par un petit imprésario, Johnny Hyde. Celui-ci fut son ange gardien, son directeur de conscience, son gentil organisateur. Il était minuscule, marié, père de famille, et malade du coeur. De son vrai nom Ivan Haidabura, ce mini-Russe avait trente et un ans de plus qu'elle ; elle avait vingt centimètres de plus que lui.

Il lui fit refaire le nez, le menton, les seins, les dents et insista pour qu'elle lise Proust. Il voulut l'épouser. Elle refusa. Johnny Hyde lui obtint le rôle de Miss Caswell, une intrigante, dans « Eve », beau film de Mankiewicz. Le réalisateur utilisa Marilyn, ne vit en elle qu'une lorette écervelée, et, l'apercevant sur le plateau avec « Lettres à un jeune poète » de Rilke, il se borna à sourire, un peu apitoyé. Comme le dit avec une pointe de sarcasme George Sanders, l'acteur principal d'« Eve » : « En la présence de Marilyn, il était difficile de se concentrer. » Puis, plus tard, il constata qu'« elle n'était pas une solitaire. Elle était juste « seule" ». Mankiewicz la qualifia de « diplômée de l'école de théâtre de Copacabana », quelque chose comme « licenciée de l'université de Pigalle », disons. Ce n'était pas mal trouvé. Ses amis du cours de théâtre (le vrai) admiraient son port du blue-jean. Marilyn, en attendant des rôles plus consistants, s'installa chez sa répétitrice, Natasha Lytess, une grande asperge autoritaire. Elle vint, accompagnée de son chihuahua qui s'oubliait partout. Les visiteurs marchaient dans les merdes. Marilyn n'y voyait aucun inconvénient. On était à Hollywood.

Marilyn se mit en quête d'un rôle. Johnny Hyde vint à mourir, désolé de ne rien léguer à cette fille si gentille, si… tentante. Son coeur russe céda, c'était dans la logique des choses. Il lui avait dit : « Si je meurs, tiens-moi danstesbras, et je revivrai. » Elle le fit, une demi-heure durant. Mais Johnny Hyde était bien parti, il ne revint pas. Les témoins de cet enlacement avec un cadavre pensèrent que la fille était folle. La famille mit une interdiction absolue à la présence de Marilyn aux funérailles. Celle-ci s'acheta une petite robe noire, et avala des pilules roses, blanches, bleues. Natasha Lytess consola la jeune actrice 24 ans - et corrigea son articulation. « La moindre remarque, c'était comme un coup de couteau, pour elle. Elle avait l'impression qu'on lui faisait des reproches terribles. »

Marilyn passa dans des films sans importance, et fit une publicité pour Royal Triton Gasoline, la pompe à essence en main. Un acteur débutant, joli garçon, fils d'une fausse lady folle à lier - laquelle avait été inséminée par son docteur avec une cuillère à confiture - et d'un gentleman anglais qui s'était suicidé, écrasé par la harpie, la séduisit. Il se nommait Peter Lawford, il était courtois et drôle, un peu fade, mais tellement charmant ! Marilyn l'invita dans sa chambre, Lawford posa le pied dans une crotte de chien et tourna les talons. Il allait devenir le beau-frère de John Fitzgerald Kennedy, et servir de rabatteur au président des Etats-Unis. Pour Marilyn, ce fut un rôle grandiose : favorite du roi.

Un peu déboussolée au début des années 1950, Marilyn rencontra Pat De Cicco, avocat véreux, maquereau, ami de Howard Hughes et mafieux probable. Il la casa dans l'écurie de Joseph Schenck, producteur au visage sévère d'empereur romain, né en Russie, beau-frère de Buster Keaton. Schenck était en business avec les gangsters de Hollywood et avait été condamné à un an de prison pour avoir détourné de l'argent et soudoyé un syndicat. Président des Artistes Associés, il était véreux, oui, mais qui ne l'était pas ? Il intégra Marilyn dans son harem tarifé. Elle servait des boissons fraîches aux invités, leur tenait compagnie quand ils jouaient aux cartes, et les accompagnait dans leur lit. Elia Kazan, de passage, en profita, puis la plaignit. C'était bien dans sa manière de faux-cul.

Il partit tourner « Viva Zapata ! », son récit quasiment autobiographique. Kazan se voyait comme le personnage de la fin, entouré d'ennemis, incompris, tiré à vue - il ne tarda pas à se couler dans le rôle de victime hautaine, en se transformant en abjecte balance devant la Commission des Activités anti-américaines. En attendant, dès que sa femme fut partie du plateau, il fit venir Marilyn, son petit « dessert ». Elle resta au bord du Rio Grande quelques jours, coucha avec Marlon Brando, et repartit. Kazan travaillait alors sur un sujet noir, la corruption sur les quais. Son scénariste, Arthur Miller, remarqua Marilyn. Il écrivit plus tard : « Il émanait d'elle quelque chose comme de la douleur. » Sur le moment, il l'évita, redoutant sa « voracité infantile ». Elle illuminait, dit-il, « une vaste plaine de ténèbres ». Il allait l'épouser, bien plus tard.

« Quand la ville dort » sortit sur les écrans, et « Eve » aussi. La 20th Century Fox, dirigée par l'arrogant Darryl Zanuck, prit Marilyn sous contrat. Zanuck la testa dans son bureau. Juste avant, Marilyn tenta de voir celui qu'elle croyait être son vrai père, devenu fermier. Marié, père de famille, il refusa de la voir. Marilyn se mit à exister sous les projecteurs, redevenant Norma Jeane le soir. Belle le jour, souillon la nuit. Maquillée devant les photographes, malpropre chez elle. Actrice en attente d'un emploi, girl à vendre chez Joe Schenck. Trois ans après « Quand la ville dort », elle allait devenir star, et monter au firmament. Ce fut son bonheur et sa damnation. Marilyn, si belle, si fragile, si… Seule, absolument.


Marilyn : « Merci de m'aider à sauver ma vie »
le 16/07/2012
Par Bernard Comment
en ligne
sur cinema.nouvelobs.com 

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Chaque semaine, l'éditeur des écrits et dessins de la star - mandaté par la famille Strasberg - nous offre des documents rares. Aujourd'hui, un poème sur les ponts.

En janvier 2009, lorsque je me rends à New York pour le premier rendez-vous avec les ayants droit de Marilyn Monroe, je m'attends à des bureaux ultramodernes, dans un building de la Skyline. Au lieu de quoi je me retrouve dans un bel appartement ancien de l'Upper West Side, tapissé de livres, photos et affiches, avec une magnifique vue sur Central Park. C'est ici qu'a vécu Lee Strasberg, le mythique fondateur de l'Actors Studio, et Marilyn y passa de nombreuses nuits, à essayer d'écraser ses angoisses, comme des mégots, dans un verre de champagne ou d'eau. Je suis en retard de vingt minutes, le trafic pour venir de Greenwich Village, et un peu de désinvolture française sans doute. Stanley Buchthal, qui a fixé la rencontre, est furieux sous son masque aimable. Anna Strasberg, elle, m'accueille avec beaucoup de chaleur.

La conversation démarre et bientôt elle raconte une anecdote en me regardant droit dans les yeux : quand Marilyn avait demandé à Lee Strasberg de pouvoir travailler avec lui, en cours privés, il lui avait d'abord répondu négativement, sous le prétexte qu'elle était toujours en retard, et comme elle lui avouait son incapacité absolue à être à l'heure, il lui donna le simple conseil d'arriver… en avance. A bon entendeur.

Au deuxième rendez-vous, je suis donc arrivé vingt minutes trop tôt pour déposer en signe annonciateur un grand bouquet de pivoines - qui allaient se révéler être les fleurs préférées d'Anna Strasberg. La confiance était établie.

Lors de la rencontre initiale, je n'avais vu, rapidement, que quatre ou cinq documents, extraits de chemises en plastique contenues dans un épais classeur. Et le premier texte que j'ai eu sous les yeux, c'était le poème sur les ponts. A vrai dire, je me disais qu'on allait me montrer des écrits sans intérêt, ou sans autre intérêt que celui d'être de la main de Marilyn. Mais devant ce petit poème en prose, avec ses ratures, avec sa profondeur et son balancement, j'ai tout de suite eu la conviction qu'il s'agissait de tout autre chose, et que j'allais découvrir un véritable trésor : une exploration des gouffres, une tension extrême vers la vérité et la sincérité, un enregistrement « en direct » des secousses d'une âme.

Le pont est un thème important dans la littérature américaine, comme un emblème de la capacité à relier les deux rives d'un fleuve, ou peut-être, fantasmatiquement, les deux côtes d'un continent. Quelques uns sont mythiques, dont le Brooklyn Bridge, que Marilyn emprunta souvent dans les premiers temps de sa nouvelle vie à Manhattan, pour aller dans les hauteurs de Brooklyn où vivait notamment Norman Rosten, un poète talentueux devenu bien vite un ami proche et qui allait beaucoup l'encourager dans l'écriture (elle lui avait soumis quelques feuillets), et où elle allait ensuite développer son idylle avec Arthur Miller.

Il y a ici d'emblée une aspiration à la mort, au suicide, et la tentation d'aller sur un grand pont majestueux pour escalader le parapet et se jeter à l'eau. Mais précisément, la beauté du célèbre pont l'arrête dans son élan, et réflexion faite elle se rend compte que chaque pont est beau à sa façon, peut-être dans cette capacité de liaison et d'union qui toute sa vie fit tant défaut à Marilyn.

Peut-être est-ce l'effet de la découverte, de la primeur, mais ce texte a toujours eu ma préférence entre tous ceux écrits par Marilyn. Il esquisse en quelques lignes tout un drame intérieur, des mouvements contradictoires, l'appel de la mort et le triomphe de l'instinct vital. On y retrouve Marilyn Monroe telle qu'en elle-même, à la fois radieuse et désespérée, impulsive et réfléchie, doutant de soi jusqu'à l'anéantissement et habitée par un formidable appétit de vie.

Le poème de Marilyn :

« Oh comme j'aimerais être morte… »

Oh comme j'aimerais être morte - absolument non existante partie loin d'ici - de partout mais comment le ferais-je Il y a toujours des ponts - le pont de Brooklyn Mais j'aime ce pont (de là tout est si beau et l'air est si pur) lorsqu'on y marche cela semble paisible même avec toutes ces voitures qui vont comme des folles en dessous. Donc il faudrait que ce soit un autre pont un pont moche et sans vue sauf que j'aime chaque pont en particulier - il y a quelque chose en eux et d'ailleurs je n'ai jamais vu un pont moche

(traduction de Tiphaine Samoyault)

25 mai 2008

Marilyn et JFK

Marilyn et JFK
Catégorie: essai
Auteur: François Forestier

book_Forestier_2008_cover_1Prix éditeur : 19.50 Euros
Date de sortie :
15 mars 2008
297 pages - Broché
Langue : français
Éditeur : Albin Michel
Collection : Essais Doc.
Genre : Essai
ISBN-10: 2226183981
ISBN-13:
978-2226183989
Ou le trouver ? sur le site de l'édition Albin Michel - et en commande sur
fnac et sur amazon
Lire le 1er chapitre (en fichier format pdf): Forestier1erchapitre
Des extraits du livre sur le site de l'express et sur soirmag.be

Biographie de l'auteur (son site François Forestier)
Particulièrement documenté, servi par une écriture superbe, le récit de François Forestier, journaliste au Nouvel Observateur, romancier et biographe, dévoile le portrait inédit et dérangeant d'une Amérique sordide, où les grands marionnettistes politiques, les gangsters et les milliardaires s'affrontent dans une lutte sans merci.

Présentation de l'éditeur
L'histoire semble connue. Pourtant, elle n'a jamais été racontée. La star la plus désirée d'Hollywood et le président le plus charismatique des Etats-Unis ont eu une liaison qui a duré dix ans avant de se transformer en love story sous haute surveillance. Enregistrés par la Mafia, mis sur écoute par le KGB, filés par la CIA, les amants n'ont jamais été seuls. Voyeurisme d'Etat, chantage, manipulation, élections truquées, argent sale, tout y passe : Marilyn Monroe, au bord de la folie, et JFK, à la frontière du scandale, se sont croisés. Et, peut-être même, aimés. Mais, tandis que le Président écoute Marilyn chanter " Happy Birthday ", la guerre de l'ombre fait rage. Il y aura des morts.

Interview de François Forestier par Isabelle Monnart pour DHnet.be
"
Mon univers n'est pas celui du consensus gentil et sympathique, ce qui m'intéresse, c'est de montrer l'envers du décor. Et s'il est noir ou peu recommandable, tant pis, c'est comme ça. Du coup, le contraste est d'autant plus fort avec les instants de sentiments vrais. Je pense qu'entre Marilyn et Kennedy, il y a eu de petits moments, des étincelles. Mais qu'ils étaient confrontés à fortes parties. Les univers dans lesquels ils se mouvaient étaient particulièrement sordides."
Vous avez eu accès à des documents inédits pour écrire ce livre. Vous dites vous même que presque tout a été détruit...
"Effectivement, beaucoup de choses ont été détruites. Mais il n'y a pas une ligne de dialogue dans mon livre qui ne soit pas vraie. Ce sont des choses qui ont soit déjà été reproduites, soit utilisées. En revanche, c'est que j'ai eu accès, au fil de mes 40 ans de carrière de journaliste cinéma, à des gens qui m'ont parlé de Marilyn. J'ai interviewé Billy Wilder quatre fois, John Frankenheimer qui était un ami de Bobby Kennedy, j'ai été voir John Huston chez lui au Mexique. Tous ces gens ont évoqué Marilyn soit avec tendresse, soit avec mépris. J'ai fait mon choix dans tout ça. Et puis, j'ai croisé ça avec les informations dont je disposais déjà. On a raconté tellement de bobards sur elle et sur lui... "
Marilyn et JFK étaient sous écoute permanente : des milliers de micros truffaient leurs vies...
"C'était le cas, je ne me permettrais pas d'inventer ce genre de chose. Quand j'ai commencé à écrire ce livre, je savais qu'il me faudrait plus que leur histoire d'amour. La deuxième histoire qui est venue s'imbriquer dans la première, ce sont ces micros. Il y en avait partout et tout le temps. Quand l'appartement de Marilyn a été racheté par Veronica Hamel, elle a fait faire des travaux de rénovation. C'est là qu'on a découvert qu'il y avait, au bas mot, quatre jeux de micros cachés dans les plâtres et les stucs."
Vous avez signé un livre sur Howard Hugues et sur Onassis. Vous y aviez croisé les Kennedy...
"Exactement. J'ai découvert que l'univers des Kennedy était absolument terrible. Le père, Jo, n'était peut-être pas aussi fou qu'Howard Hugues, mais il était aussi peu recommandable. Quant à Jackie, on se doute bien qu'elle n'avait pas épousé Onassis par amour. Devant la masse de choses écrites sur cette famille, j'avais un peu peur. Mais je me suis lancé et je me suis dit Pourquoi pas y aller à fond et parler de Marilyn ?"
Pour vous, Marilyn n'a pas été tuée par les Kennedy, elle ne s'est pas suicidée ?
"Les Kennedy n'avaient pas besoin de la tuer : il suffisait de la faire interner. Il y avait des antécédents de folie dans sa famille. C'était une femme suicidaire, mais une actrice ne met pas fin à ses jours dans un état de crasse comme celui dans lequel on l'a trouvée. Et puis, dans le mois qui a précédé sa mort, elle avait quand même fait trois overdoses. Pas des petites. La quatrième a été fatale. C'est une femme qui ne savait pas à quel point elle était malade."
Le temps passant, des archives vont s'ouvrir. Vous pensez qu'on y découvrira encore des choses ?
"Oui, je pense. Celles de la CIA s'ouvriront en 2028 et on aura accès aux rapports d'autopsie de JFK, par exemple. Rien que ça révélera des choses : on pourra savoir combien de balles l'ont touché, où était le tireur."


Des Critiques...
* Selon le figaro :"François Forestier dévoile les dessous glauques et sulfureux d'une idylle qui tourna à la tragédie (...) avec un style incisif, documenté et cru, alignant les faits, recoupant les infos et menant l'enquête à la façon d'un privé maraudant entre les studios d'Hollywood Boulevard, les motels de Las Vegas, la Maison-Blanche et les rives de Hyannisport"...
* L'Avis d'un lecteur (posté sur fnac.com): Ce livre est un ramassis de ragots. Contrairement à ce qui est dit en 4ème de couverture il n'y a aucun document, aucune preuve de quoi que ce soit. JFK et Marilyn sont gratuitement sali et on ne parle que des faits à sensation Je suis outrée de voir un tel ouvrage publié alors que tant d'autres de qualité ne trouvent pas d'éditeur français.
* Mon Avis en Bref...
Je n'ai pas lu ce livre et bon nombre d'admirateurs de Marilyn qui l'ont acheté, ne veulent même pas le lire en entier, tellement ce livre dépeint d'une façon grossière Marilyn, en faisant de simples accumulations de rumeurs sans spécifier les sources ! Il y a énormément d'erreurs, parfois l'auteur s'appuyant même sur le roman fiction Blondes (avec l'anecdote de la tentative de suicide de la mère de Marilyn qui aurait avalé ...des draps!) et d'autres faits relatés complètement faux (comme l'année 1954 marquée par le tournage de Niagara et Gentlemen Prefer Blonds, tournés respectivement en fait en 1952 et 1953)... Je pense il faut lire ce livre comme une fiction, mais surtout ne pas le relier à une certaine réalité des faits des deux protagonistes Marilyn et JFK.


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Posté par ginieland à 19:19 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
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