13 septembre 2022

Teaser, 09/2022

2022-09-09-teaser-france Teaser
n°115

pays: France

mensuel - mois de Septembre 2022
paru le 09 septembre 2022
prix: 5,90 €

Article intérieur de 2 pages sur la critique du film
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10 pages sur la génèse du film "Blonde, Quinze ans de réflexion"

- sommaire -
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- critique -
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- article -
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- magazine proposé avec 2 couvertues différentes
couverture alternative: le film "Athena" -
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BLONDE : chronique
> Par Aurélien Allin ; en ligne sur cinemateaser.com 

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Andrew Dominik parfait son entreprise d’observation de figures réelles par la fiction et invite le spectateur à une proposition de cinéma sensorielle, subjective et expérientielle, pour qui le mot chef-d’œuvre semble avoir été inventé.

À son meilleur, le cinéma est pure empathie, dans sa définition la plus littérale : il dépasse la simple compréhension et propulse le spectateur dans le cœur, la tête et les pompes d’un personnage. Il parvient à en détailler et à en partager intimement la spécificité, la singularité et la subjectivité. Le roman « Blonde » de Joyce Carol Oates, dont « la synecdoque [était] le principe », se plongeait déjà dans la subjectivité de Marilyn Monroe. Il usait de la fiction pour remodeler le mythe afin d’en faire jaillir une vérité humaine fragmentaire plus que biographique. Son adaptation par Andrew Dominik décuple cet effet empathique, peut-être parce qu’un film ne connaît pas les interruptions de la lecture et que le cinéma synthétise diverses formes d’Art – peinture, photographie, musique ou littérature. BLONDE s’impose ainsi instantanément en bulle sonore et visuelle, sensorielle, expérientielle, où Marilyn plonge ses yeux dans ceux du spectateur pour un tête-à-tête de 2h47 entre confession et soliloque, entre rêve et cauchemar.

« You will have to shoot around her » (« Vous allez devoir tourner sans elle »), hurle Monroe en quittant le plateau de CERTAINS L’AIMENT CHAUD. Andrew Dominik fait exactement le contraire : dans BLONDE, rien ni personne n’existe à part Marilyn, autour de Marilyn. Seuls comptent ses sentiments, son visage, son corps, ses traumas et comment ceux-ci influencent son existence. Pour ainsi mettre en scène ce qu’elle ressent, pense, vit et imagine, le cinéaste s’appuie tout d’abord sur Ana de Armas, dont la ressemblance et le mimétisme ne sont que la partie émergée, presque réductrice, d’une prestation remarquable de nuances, capable de joindre dans un même mouvement la puissance à la fragilité. Il construit aussi un puzzle formel à la fois soigneusement réfléchi et aux atours d’aléatoire. Les cadres, pour la plupart resserrés, enferment Marilyn dans son image – tout le film est d’ailleurs inspiré de photographies et images d’époque, effet saisissant de voir tout un inconscient collectif visuel prendre vie, loin de toute reconstitution académique. Flou des arrière-plans, vignettage, aberrations : tout, dans la splendide photo de Chayse Irvin, vient obstruer « l’autour ». Lorsque les cadres respirent davantage, la ligne d’intimité qui relie le spectateur à Monroe se distend, comme si l’on perdait peu à peu l’actrice. Chaque plan plus large hurle ainsi sa solitude – Marilyn, seule dans la foule d’une salle de cinéma où le tout-Hollywood l’admire à l’écran ; seule face à une foule rugissante qui l’observe filmer la scène de la grille soufflante de SEPT ANS DE RÉFLEXION. Par de constants passages de la couleur au noir et blanc ou par d’incessants changements de ratios, BLONDE saute sans transition de la proximité du banal à l’iconique image cinéma, Marilyn n’existant jamais vraiment uniquement dans l’une ou l’autre, les deux sphères constamment poreuses. Andrew Dominik atteint ici une maîtrise absolue de son langage, jouant autant d’une foule d’images marquantes, choquantes ou évocatrices, que de la puissance du hors champ. Rares sont les films qui évitent aussi scrupuleusement les plans d’exposition et refusent avec autant d’efficacité le contre-champ. Rares aussi sont les cinéastes embrassant avec autant de passion le mauvais goût pour toucher à la subjectivité de leur protagoniste – des draps qui se transforment en chutes du Niagara ; des étoiles en spermatozoïdes.

Absolument fidèle au roman de Joyce Carol Oates alors qu’il en élague des parties entières (l’orphelinat, le premier mari, le tournage des DÉSAXÉS ou du PRINCE ET LA DANSEUSE…) et use d’ellipses brutales ainsi que d’allers-retours temporels, BLONDE recrée puis réinvente la réalité par la fiction. D’aucuns jugeront l’entreprise problématique. Mais comment pourrait-il en être autrement, puisque BLONDE cherche à figurer et partager un ressenti forcément trop intime et trop subjectif pour s’embarrasser du factuel ? La confusion entre fiction et réalité infuse en Marilyn-même, qui alimente notamment son audition pour TROUBLEZ-MOI CE SOIR de souvenirs personnels. Ce qu’entreprend BLONDE n’a rien à voir avec une exactitude historique mais tout avec une réalité humaine, où l’on accède à une vérité de Marilyn parmi d’autres. Celle-ci, tour à tour bouleversante, captivante, repoussante ou révoltante, raconte le rêve hollywoodien, ses fantasmes éculés de perfection, la concupiscence toxique qui en découle. Dans ce songe-cauchemar, Marilyn apparaît autant bloquée sur des rails qui lui refusent tout libre arbitre, que maîtresse de sa seule solution de repli : l’autodestruction. Au point que, lors de quelques saillies particulièrement éloquentes, BLONDE bascule de l’onirisme au film d’horreur, des bébés hurlent dans des tiroirs, des visages se déforment, des silhouettes hantent les ombres. Là, comme dans la synecdoque chère à Joyce Carol Oates, de la silhouette de l’icône émerge celle d’une femme et, derrière elle, celle de millions d’autres. BLONDE n’a peut-être pas le tampon d’authenticité de la biographie. Il a mieux : celui du très grand cinéma.

D’Andrew Dominik. Avec Ana de Armas, Adrien Brody, Bobby Cannavale, Xavier Samuel, Julianne Nicholson. États-Unis. 2h47. Sur Netflix le 28 septembre
Note: 5 étoiles sur 5


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10 septembre 2022

TV - BLONDE au JT - 10/09/2022

Journal Télévisé - France


Un sujet a été diffusé au journal télévisé de France 2 (JT de 13 heures)
ce samedi 10 septembre 2022:
"Marilyn sa vie à l'écran"

- video en ligne:  JT 13h de France 2

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Après la projection de "Blonde" au Festival de Deauville le 09 septembre, les réactions des spectateurs sont mitigés; l'avis général étant celui d'un film très sombre.
Puis on découvre Ana de Armas lors de son discours à Deauville: "Elle était vraiment incandescente. C'était un privilège et un rêve que je ne pensais même pas avoir de lui donner vie à l'écran."
Le réalisateur Andrew Dominik est interviewé sur le tapis rouge: "Pour incarner Marilyn Monroe, il fallait quelqu'un de rayonnant pour comprendr epourquoi il y a eu tout ce tapage autour d'elle."


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"Blonde" présenté au Festival de Venise et Deauville

Festival Mostra de Venise, Italie
Venice Film Festival, Italy

2022-09-08-venise-ana-photocall-02  Ana de Armas et Adrien Brody sont arrivés ensemble le jeudi 08 septembre 2022 à bord d'un bateau-taxi au Festival de Venise, pour y présenter le film "Blonde". Ils ont posé devant la foule de photographes puis ont donné une conférence de presse, où Ana a déclaré: "Si l'on met de côté la star, elle était une femme comme moi, du même âge. (...) Le film honore les moments où elle était Marilyn, mais j'avais aussi beaucoup de liberté pour recréer les moments où elle était la vraie femme derrière le personnage."

 Ana de Armas and Adrien Brody arrived together on Thursday September 08, 2022 aboard a water taxi at the Venise Festival, to present the film "Blonde". They posed in front of the crowd of photographers and then gave a press conference, where Ana said: "If you put the star aside, she was a woman like me, the same age. (...) The film honors the moments when she was Marilyn, but I also had a lot of freedom to recreate the moments when she was the real woman behind the character."

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2022-09-08-venise-ana-carpet-02  Plus tard, les acteurs ont foulé le tapis rouge du Palazzo del Cinema, où a été diffusé le film en avant-première.
Adrien Brody a traversé le tapis rouge dans la journée avec sa compagne Georgina Chapman.
Plus tard, Ana de Armas a créé la surprise en étant accompagnée de Brad Pitt, co-producteur de "Blonde" mais aussi à l'affiche du film "Bullet Train". L'actrice était vêtue d'une sublime robe rose nacrée plissée, de Louis Vuitton.
Après la projection, le film a reçu une véritable standing ovation de la part du public pendant près de 11 minutes.

 Later, the actors walked through the red carpet at the Palazzo del Cinema, where the film premiered.
Adrien Brody walked the red carpet during the day with his girlfriend Georgina Chapman.
Later, Ana de Armas created a surprise by being accompanied by Brad Pitt, co-producer of "Blonde" but also actor for the film "Bullet Train". The actress was dressed in a sublime pearly pink pleated dress, from Louis Vuitton.
After the screening, the film received a standing ovation from the audience for almost 11 minutes.

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Festival de Deauville, France
Deauville Film Festival, France

Le 'biopic' sur Marilyn Monroe "Blonde", qui doit sortir sur Netflix le 28 septembre prochain et qui dure 2H45, a été projeté pour la première fois en France vendredi 09 septembre 2022 en hors compétition au Festival de Deauville.
C'est vêtue d'une belle longue robe blanche et les cheveux attachés que l'actrice Ana de Armas a foulé le tapis rouge de Deauville, aux bras de Andrew Dominik, le réalisateur.

The 'biopic' on Marilyn Monroe "Blonde", which is due to be released on Netflix on September 28 and which lasts 2:45, was screened for the first time in France on Friday September 09, 2022 out of competition at the Deauville Festival.
There was wearing a beautiful long white dress and her hair tied up that actress Ana de Armas walked the red carpet in Deauville, with Andrew Dominik, the director.

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2022-09-09-deauville-ana-award  C'est avant la projection du film que le prix du Nouvel Hollywood lui a été décerné. Initié en 2011, ce prix récompense "le talent, la passion et l'engagement de comédiens et comédiennes sur le sentier de la création". Une distinction attribuée par le passé à Ryan Gosling (2011), Jessica Chastain (2011) ou encore Daniel Radcliffe (2016).
  L'actrice Marine Vacth et Arnaud Desplechin, président du jury, lui ont remis le prix du Nouvel Hollywood. Le président du jury a salué la capacité de l'actrice de 34 ans à "embrasser le cinéma dans tous ses genres, avec une couleur qui n’appartient qu’à vous, dans tous vos rôles. (...) "Je voudrais que vous sentiez dans cette salle l'amour du public français", a-t-il dit.
C'est devant les 1 500 festivaliers présents dans la grande salle du Centre international de Deauville (CID) que Ana de Armas a déclaré, très émue, les larmes aux yeux: "Je suis profondément honorée d'être ici ce soir. Je veux surtout remercier l'une des personnes que j'apprécie le plus : Andrew Dominik. Avec Blonde tu m'as offert le plus beau des cadeaux".
"Je suis profondément honorée d’être ici ce soir, dans cette belle ville et ce merveilleux festival. C’est un grand privilège de me tenir ici sur cette scène où tant d’artistes incroyables m’ont précédé. Cela ne semble pas réel… " précisait celle.
Elle a aussi rendu hommage à sa famille, ses parents qui l’ont soutenu dans son désir de jouer la comédie.

It was before the screening of the film that the New Hollywood prize was awarded to her. Initiated in 2011, this prize rewards "the talent, passion and commitment of actors and actresses on the path to creation". A distinction awarded in the past to Ryan Gosling (2011), Jessica Chastain (2011) or Daniel Radcliffe (2016).
The actress Marine Vacth and Arnaud Desplechin, president of the jury, presented her with the New Hollywood prize. The president of the jury praised the ability of the 34-year-old actress to "embrace cinema in all its genres, with a color that belongs only to you, in all your roles. (...) "I would like that you feel in this room the love of the French public", he said.
It was in front of the 1,500 festival-goers present inthe audience of the International Center of Deauville (CID) that Ana de Armas declared, very moved, with tears in her eyes: "I am deeply honored to be here this evening. I want especially to thank one of the people I appreciate the most: Andrew Dominik. With Blonde you gave me the most beautiful gift".
"I'm deeply honored to be here tonight, in this beautiful city and this wonderful festival. It's a great privilege to stand here on this stage where so many incredible artists have gone before me. It just doesn't feel real “ she specified.
She also paid tribute to her family, her parents who supported her in her desire to play comedy.

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sources web:
Sites parismatch.com, premiere.fr, francetvinfo.fr, actu.fr
Site Officiel Festival de Deauville
Page officielle Instagram Blonde The Film 


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30 août 2022

Première, 09/2022

2022-09-premiere-france-cover Première
n°532

pays: France

mensuel: mois de septembre 2022
paru le 24 août 2022
prix: 5,50 €

Article intérieur de 6 pages sur le film "BLONDE" production Netflix: "Blonde obsession". 

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27 juillet 2022

Vanity Fair France 08/2022

2022-08-vanity_fair-france Vanity Fair
n°103

pays: France
numéro d'août 2022
parution: 27 juillet 2022
prix: 4,90 €

Marilyn Monroe en couverture: le mythe Marilyn renaît sur Netflix
Article intérieur de 18 pages.

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Le mythe Marilyn à l'épreuve de Netflix
> Par Olivier Bouchara; en ligne sur  vanityfair.fr
 

Vanity Fair vous emmène en exclusivité dans les coulisses du film événement de Netflix, Blonde, avec les confidences de Joyce Carol Oates.

Il existe mille bonnes raisons de revoir Certains l’aiment chaud (1959) : admirer le génie comique de Billy Wilder, voyager en train couchette avec une fiole d’eau-de-vie cachée dans les socquettes, ou revivre une énième fois le tango endiablé entre Jack Lemmon et ce vieux Joe E. Brown, lorsque chacun tente d’imposer sa cadence à l’autre sur fond de quiproquo amoureux. J’en ajoute ici une nouvelle : le plaisir de réécouter le dialogue entre Marilyn Monroe et Tony Curtis. S’en souvient-on? La malheureuse meneuse de revue pense avoir enfin trouvé l’héritier de ses rêves, là par hasard sur la plage, et elle entreprend de le ramasser comme un coquillage avec cette espèce de candeur mêlée de sex-appeal :
« Vous ai-je déjà croisé quelque part ? lui demande-t-elle.
– Probablement pas.
– Vous descendez à l’hôtel ?
– Pas du tout.
– Votre visage m’est familier.
–Vous m’avez peut-être vu dans les journaux ou les magazines comme Vanity Fair.
– Oui, c’est forcément ça », souffle-t-elle, rêveuse.

Drôle de clin d’œil du paradis : soixante ans presque jour après jour après sa mort, c’est elle qui vit plus que jamais dans nos esprits et dans nos pages, jusqu’à la « une » de ce numéro – vous aurez reconnu une photo de la séance réalisée par Douglas Kirkland en novembre 1961. Il y a bien sûr une explication éditoriale à ce choix de couverture très sixties : à la rentrée, Netflix va enfin diffuser Blonde, le biopic sur Marilyn Monroe aussi annoncé que redouté, et il me semblait nécessaire de vous en livrer les secrets. Privilège de Vanity Fair : notre journaliste, Sylvie Bommel, a pu découvrir une version quasi finale du film début juin, en secret, dans le sous-sol d’un hôtel parisien. Elle s’est ensuite entretenue avec le réalisateur Andrew Dominik et la romancière Joyce Carol Oates, auteure du best-seller éponyme qui a inspiré le scénario. Lisez son récit,c’est vertigineux. On y parle de cinéma, mais aussi de pouvoir, de séduction et de la représentation de la femme au XXe siècle, laquelle n’a pas tant évolué que cela avec le temps. « Je n’aurais jamais pensé qu’un metteur en scène homme puisse autant s’immerger dans la conscience féminine, confie Joyce Carol Oates. Blonde est un film féministe. »

Nous y voilà. Si le destin de Norma Jean Baker ne cesse de nous fasciner, c’est parce qu’il revêt une dimension universelle. Combien de petites filles délaissées par leur père adoré se sont jetées dans les bras du premier garçon venu et s’y sont vite ennuyées, écrit notre journaliste. Et combien de femmes ont été un jour flattées de séduire un homme avec leur cerveau avant de découvrir qu’une autre partie de leur corps l’intéressait au moins autant.

Me revient à l’esprit une anecdote racontée par le poète Norman Rosten dans Marilyn, ombre et lumière, un hommage à son amie publié en mai dernier par les éditions Seghers. Un jour, Marilyn confie à un critique de cinéma son désir de jouer Grouchenka, le personnage féminin central des Frères Karamazov. « Ah bon, et comment vous écrivez son nom ? tente de la piéger le petit malin.
– Cela commence par un G », répond-elle avec esprit.

Comme en écho à cette histoire, Blonde la met en scène à table avec son écrivain de mari, Arthur Miller, qui fait mine de l’écouter au sujet de son prochain livre. Marilyn n’est pas dupe, et on l’entend alors murmurer : « Il se demandait seulement quelles choses obscènes et désespérées cette bouche avait faites. » Bonne lecture.


Marilyn, le film qui bouscule la légende
> Par Sylvie Bommel; en ligne sur vanityfair.fr
 
> article in english on vanityfair.com 

C’est l’événement de la rentrée sur Netflix : la sortie de Blonde, avec Ana de Armas dans le rôle de Marilyn Monroe. Sylvie Bommel a pu voir une première version de ce biopic si attendu, puis s’est entretenue avec le réalisateur Andrew Dominik et l’auteure Joyce Carol Oates. Alors, shocking ?

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Ana de Armas avec Adrien Brody dans le rôle de l'écrivain Arthur Miller, le troisième et dernier mari de Marilyn.
2022 © Netflix

À quoi tient un mythe ? N’eut-elle abusé des eggnog punchs et des barbituriques, Marilyn Monroe serait peut-être encore de ce monde. Elle aurait 96 ans, l’âge de la grand-mère, voire de l’arrière-grand-mère de nombre d’abonnés de Netflix pour qui Marilyn, sa vie, son corps, son œuvre, c’est de l’histoire aussi ancienne que le plan Marshall. Parions pourtant qu’ils se précipiteront en septembre pour découvrir Blonde, un long-métrage très attendu dans tous les sens du terme, puisque la plate-forme américaine de streaming a annoncé sa production en 2016.

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Image du tournage de Blonde.
Ici, le réalisateur Andrew Dominik tente de reproduire à l'identique
une célèbre photo du couple Marilyn Monroe - Joe DiMaggio.
Matt Kennedy / Netflix © 2022

Andrew Dominik, le metteur en scène, mûrit ce projet depuis une quinzaine d’années, ce qui lui a laissé le temps de changer deux fois d’actrice principale avant de retenir l’Hispano-Cubaine Ana de Armas. Soit par ordre de non-apparition à l’écran : Naomi Watts et Jessica Chastain. En toutes choses, ce Néo-Zélandais qui partage sa vie entre Los Angeles et l’Australie aime réfléchir avant d’agir. C’est donc par mail qu’il a préféré répondre à mes questions. Dont celle-ci à laquelle il fallait penser (ne me félicitez pas) : « Mais pourquoi donc un film sur Marilyn ? » June 10, 2022. From Andrew to Sylvie : « I saw an opportunity to describe an adult life through the lens of mistaken childhood beliefs & trauma. » (« J’avais envie de décrire une vie d’adulte à travers le prisme des traumatismes et des croyances erronées de l’enfance. ») Preuve est ainsi faite qu’une réponse intéressante peut surgir d’une question anodine.

Adulée, convoitée, désirée… mais jamais comblée

Reprenons. Tout avait mal commencé le 1er juin 1926 à Los Angeles pour la petite Norma Jeane Baker, un nom qu’elle préférait à celui que lui imposera Ben Lyon, un producteur de la 20th Century Fox certain que l’allitération en M lui porterait chance. Enfant non désirée d’un géniteur mal identifié, dont on sait seulement qu’il s’évanouit dans la nature avant même sa naissance, et de Gladys, une femme instable qui sera bientôt diagnostiquée schizophrène paranoïde, Norma passe la majeure partie de son enfance entre familles d’accueil et orphelinat. Voilà pour le traumatisme évoqué par le réalisateur. Quant à la croyance erronée, c’est celle insufflée par Gladys selon laquelle le père absent était aussi beau que Clark Gable, qu’il avait toujours la photo de sa fille chérie dans son portefeuille et qu’un jour, sûrement, il viendrait l’embrasser. Nul besoin d’avoir écouté intégralement les vingt-sept séminaires de Lacan pour comprendre que Norma Jeane (dont le « e » sautera à l’adolescence), qui appelait ses maris par le doux surnom de Daddy, était en recherche de figure paternelle protectrice. On comprend mieux pourquoi elle susurrait si sensuellement dans Le Milliardaire et en français dans le texte : « Mon cœur est à papa, you know le propriétaire... »

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Ana de Armas, entourée de Xavier Samuel (dans le rôle de Charlie Chaplin Jr)
et d'Evan Williams (qui joue le fils d'Edward G. Robinson).
Matt Kennedy / Netflix © 2022

Blonde n’est pas un biopic classique, un genre qui héroïse trop souvent le personnage-sujet en illustrant les épisodes les plus extraordinaires de sa vie. Blonde conte plutôt un destin qui, à quelques détails près, pourrait être celui de la première venue : une femme en quête d’amour va devenir une grande séductrice. Aidée par sa plastique et un sex-appeal inné (c’est moins courant, je le concède), elle sera adulée, convoitée, désirée, possédée par de nombreux amants, dont le rpésident de son pays. Mais jamais comblée pour autant, jusqu’à sa mort à l’âge de 36 ans.

« Marilyn était si peu sûre d’elle, si exigeante, que c’était difficile pour quiconque de l’aimer et même de l’aider »

Le scénario est adapté du best-seller paru en 2000 et également titré Blonde, de Joyce Carol Oates, la grande écrivaine américaine deux fois nominée pour le prix Nobel de littérature et lauréate du Femina étranger pour Les Chutes en 2005. Blonde s’inspire de la vie de l’actrice, mais se revendique comme un roman et en aucun cas une biographie. Au téléphone, Joyce Carol Oates m’explique d’ailleurs que Marilyn Monroe, c’est un peu Emma Bovary à Hollywood. « Toutes les deux sont des jeunes femmes qui ont une vision très romantique et probablement irréaliste de l’amour. Marilyn était si peu sûre d’elle [unsecure, en anglais], si exigeante, que c’était difficile pour quiconque de l’aimer et même de l’aider. Beaucoup d’hommes, dont son deuxième mari, le joueur de base-ball Joe DiMaggio, ont essayé pourtant avant de reculer, effrayés. »

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La chorégraphe Denna Thomsen et Ana de Armas sur le tournage de Blonde.
Matt Kennedy / Netflix © 2022 

J’ai vu une version quasi finale de Blonde un matin de juin dans la salle de projection privée d’un hôtel parisien. Quasiment seule face au grand écran, escortée par trois représentants de Netflix pour s’assurer que mon téléphone restait bien dans mon sac, et dans le but de préparer mes entretiens avec le réalisateur et Joyce Carol Oates. Oui, oui, avant les plus famous des Hollywood reporters, ceux qui, de la fenêtre de leur bureau, peuvent admirer le soleil se coucher sur le bien nommé Sunset boulevard avant d’aller boire une Bud ou deux au bord de la piscine de Brad Pitt. Petite précision à l’intention des suspicieux (je ne les blâme pas, on voit tant de choses pas nettes-nettes de nos jours) : je n’ai reçu aucune enveloppe ni signé aucun document m’enjoignant en échange de ce privilège extraordinaire à aimer ce film et à le faire savoir. Mais je le jure sur la tête de toutes les blondes de ma famille, moi comprise, Blonde est un film qui m’a « embarquée » pour parler comme les critiques de l’émission « Le masque et la plume ». Autre formulation : je ne me suis pas ennuyée une minute des 166 que dure le film.

Retrouvez la suite du récit de Sylvie Bommel dans le numéro 103 de Vanity Fair, en kiosques le 27 juillet 2022


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